Medhi Benatia ne fait jamais les choses à moitié. Encore moins lorsqu’il s’agit de l’Olympique de Marseille, où chaque mot prend une dimension particulière. Invité sur RMC dans l’After Foot, le directeur du football de l’OM a déroulé sa vision sans détour, en mélangeant ambition assumée, explications tranchantes et mises au point fermes. Entre ses ambitions pour le club, sa lecture de la Ligue des champions, ses remarques récurrentes sur l’arbitrage et sa mission personnelle à Marseille, l’ancien défenseur n’a esquivé aucun sujet. Son discours, abrupt par moments et étonnamment transparent, détonne dans un paysage où la communication se fait souvent prudente. Benatia, lui, ne semble pas vouloir de ce costume-là.
Getty ImagesAmbitions de l’OM, objectifs, arbitrage, LFP… la nouvelle sortie choquante de Medhi Benatia
AFPUn dirigeant qui revendique ouvertement l’ambition marseillaise
Depuis son arrivée en 2023, Medhi Benatia n’a eu de cesse de répéter qu’il voit grand pour l’OM. Et cette nouvelle sortie médiatique l’a encore prouvé. Le club reste sur une deuxième place en Ligue 1 la saison dernière et occupe aujourd’hui la troisième marche du podium, à deux unités du RC Lens et juste derrière un PSG toujours menaçant. Dans ce contexte resserré, l’ancien international marocain ne veut pas entendre parler d’attentisme ou de discrétion.
Pour lui, l’OM ne peut pas jouer petit bras. La pression naturelle du club renforce sa vision. L’environnement marseillais pousse chaque responsable à viser plus haut, même lorsque les écarts financiers ou sportifs semblent importants. Benatia l’assume : pour lui, l’OM n’a aucune raison de viser autre chose que la première place. L’idée ne relève pas d’une forme de prétention gratuite. C’est simplement, selon ses mots, la logique de ce club. « Ce n’est pas de l’arrogance, mais nous, on ne regarde pas spécialement les autres. Quand tu es l’Olympique de Marseille, tu as envie de faire chaque année un peu mieux que la précédente », confie-t-il. Une phrase lourde de sens dans un championnat où les ambitions phocéennes suscitent souvent scepticisme ou moquerie.
Il pousse même plus loin : « Et ce n’est pas se mettre une pression supplémentaire. C’est ce qu’on s’est dit au départ. Si tu as fini deuxième à je ne sais plus combien de points du Paris Saint-Germain (19 points, ndlr), cette année, tu dois être ambitieux. Tu dois te dire que tu as envie d’aller chercher là haut (être premier). Et à la fin si tu finis deuxième à deux points, tu dis bravo, vous avez été meilleurs ».
À travers ces mots, Benatia déroule sa colonne vertébrale : aller toujours plus haut, ne jamais reculer, même lorsque le PSG ou d’autres mastodontes semblent hors d’atteinte.
AFPObjectif prioritaire : rejouer la Ligue des champions en 2026-2027
La Ligue des champions occupe une place centrale dans le projet marseillais. Non pas pour la gloire immédiate, mais pour la stabilité structurelle du club. À mi-parcours de la saison européenne 2025-2026, l’OM occupe la 21e place du classement général et reste en mesure d’atteindre les barrages. La victoire contre Newcastle (2-1) au Vélodrome lui a permis de respirer un peu, mais le chantier reste conséquent.
Benatia, lui, voit plus loin que la simple qualification dans le top 24. Il ne cherche pas à se satisfaire d’un objectif intermédiaire. Ce qui compte, c’est l’avenir, pas seulement le présent. « Finir dans le top 24 de la C1 ? Pour moi, pour le coach, pour Pablo (Longoria), pour l’actionnaire: c’est quelque chose qui nous plairait », annonce-t-il. Mais très vite, il nuance, rappelant que l’important, c’est d’être au rendez-vous la saison suivante. Il insiste : « Mais la récompense serait d’être (encore) en Ligue des champions l’année prochaine, forcément. »
Puis il enfonce le clou : « Aujourd’hui si tu passes dans le top 24 et que tu finis quatrième de Ligue 1, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas besoin de ça. » L’ancien défenseur admet ainsi que la régularité en Ligue des champions, bien plus que l’exploit ponctuel, doit devenir la norme à Marseille.
Il développe aussi sa vision du projet : « Je suis en mission. Ma mission c’est de faire en sorte que ce club où je suis arrivé il y a presque deux ans et où il n’y avait rien, j’essaye chaque jour de faire un pas vers ce qui est un club stable avec tout ce que ça comporte. Donc avec une continuité. »
Benatia se montre lucide sur l’historique du club, et un chiffre l’a marqué : « Avant de venir, je regardais alors que je ne suis pas trop axé sur les stats, ça fait plus de 13 ans que l’OM ne s’est pas qualifié deux fois d’affilée en Ligue des champions. » Pour lui, changer cette anomalie constitue presque une obligation morale.
AFPL’exigence d’un projet qui doit tenir debout sur la durée
La Ligue des champions représente donc un pilier économique et sportif. Benatia ne se voile pas la face : sans participation régulière à cette compétition, l’OM expose son projet à des turbulences d’ampleur. Il insiste sur la nécessité d’accumuler les présences au plus haut niveau, non seulement pour jouer des matches prestigieux, mais aussi pour crédibiliser le modèle marseillais.
Dans son discours, la notion de continuité revient sans cesse. Marseille, selon lui, ne peut plus se permettre de repartir de zéro tous les dix-huit mois. Que ce soit dans le recrutement, dans la structuration interne ou dans la dynamique sportive, tout doit se construire pierre par pierre.
Il rappelle pourtant que le club reste sous pression permanente. Entre les attentes populaires, la ferveur unique du Vélodrome et l’exigence médiatique constante, chaque faux pas peut devenir un incendie. Dans cette atmosphère toujours électrique, Benatia cherche à maintenir un cap logique, centré sur la croissance progressive du club.
Getty Images SportLe top 24 à portée de main, mais l’OM ne veut pas se tromper de combat
Relancé par les consultants de l’After Foot sur les objectifs européens, Benatia reconnaît que l’OM possède le potentiel pour franchir un nouveau palier cette saison. Mais il refuse de vendre du rêve sans solidité derrière. Il n’élude pas les difficultés.
Selon lui, le standing du club impose une certaine réussite en Europe, mais les réalités du contexte marseillais rendent cette mission plus complexe qu’il n’y paraît. « Aujourd’hui quand on se concentre sur mon objectif, moi mon objectif est encore plus grand. Quand on me cite les adversaires qu’on va jouer, je suis encore plus d’accord sur le fait que chaque doit se mettre dans la tête qu’on va le faire et qu’on va le passer ce tour. C’est à portée de main. Malheureusement, il y a la réalité du contexte marseillais, à l’Olympique de Marseille, qui fait que c’est difficile. Parce que tu dois gagner 5-0, tu ne dois pas prendre de but… »
Ce passage illustre parfaitement la tension permanente dans laquelle évolue l’OM. Le moindre match devient une épreuve où chaque détail compte.
AFPBenatia et l’arbitrage : un virage annoncé, mais pas totalement assumé
Le directeur du football marseillais a aussi tenu à clarifier sa position sur l’arbitrage. Son passé récent joue contre lui : suspension lourde par la LFP, intervention sur la pelouse, prises de parole répétées sur les réseaux sociaux… Mais cette fois, il assure vouloir prendre du recul.
Il affirme : « Je sais que ça ne sert à rien ». Une phrase qui sonne comme un aveu d’impuissance. Il ajoute qu’il ne souhaite plus alimenter les polémiques, même s’il a récemment publié une image d’une action litigieuse lors du match contre Toulouse.
Il raconte même une discussion avec l’arbitre : « Je suis allé voir M. Wattellier à la fin du match en lui disant: ‘il y a faute là-bas, pourquoi vous ne sifflez pas?’. Il me dit: ‘non, pour moi, tout est correct.’ ‘Ben écoute, si pour toi, tout est correct, c’est toi le patron, il n’y a pas de souci, alors’. »
Benatia admet qu’il réagit instinctivement. « Pourquoi vous associez toujours ma réaction d’après-match à un résultat? La première fois que j’ai parlé en France d’un arbitre, c’était à Lyon (2-3, en septembre 2024) où on avait gagné à 10. » Une manière de dire qu’il suit son instinct, pas la frustration.
Il poursuit avec une forme de lucidité : « L’arbitrage, ce n’est pas une cause perdue mais ce n’est pas moi qui vais changer les choses, c’est clair et net ».
Il reconnaît aussi que l’OM bénéficie parfois de décisions favorables. Concernant l’expulsion de Gautier Lloris contre Le Havre, il lâche : « Au Havre, j’étais avec le président (Roussier) et j’ai dit: ‘c’est une erreur’. »

