Sarah Bouhaddi : "Il nous manquait la force collective qu'on a construit aujourd'hui"

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EXCLU GOAL - À quelques jours du début de l'Euro, la gardienne de l'équipe de France revient sur une saison chargée et l'évolution des Bleues.

Du haut de ses 118 sélections avec l'équipe de France, Sarah Bouhaddi est la gardienne de l'équipe de France depuis de nombreuses saisons. Après un nouveau triplé Championnat-Coupe de France-Ligue des champion avec l'Olympique lyonnais, la joueuse de 30 ans entend bien poursuivre la série avec l'Euro qui se déroulera du 18 juillet au 6 août aux Pays-Bas.

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On est obligés de commencer par ce tir au but qui donne la victoire à l'OL en Ligue des champions... Vous en rêvez encore ?

Je le regarde encore mais ce qui est marrant c'est qu'on retient le tir au but et pas ma prestation d'ensemble. C'est aussi un peu frustrant mais c'est le football, on retient plus les buts que les arrêts ou les performances générales. 

Un nouveau triplé est venu achever une saison extraordinaire. Lyon est-elle la meilleure équipe de l'Histoire du football féminin en Europe ? 

On n'a pas encore dépassé toutes les équipes au niveau historique. Il nous resterait à enchaîner avec un nouveau triplé pour marquer l'Histoire. Je pense qu'en terme d'effectif, on est vraiment la meilleure équipe d'Europe mais les autres équipes ont la possibilité de nous faire tomber donc il faut être prudent là dessus. Sur un match tout peut arriver mais dans la continuité, nous sommes là. 

Cela fait 11 ans que l'OL remporte consécutivement le championnat. Ce n'est plus une domination, c'est une dictature...

Ça fait trois ans qu'on peaufine ça tous les jours et ça nous apporte les victoires aujourd'hui. On a les joueuses pour évoluer haut et proposer un jeu très bien développé. Ça sera difficile pour les autres équipes de nous rattraper mais on a aussi vu qu'on pouvait perdre des points comme face à Paris en fin de saison. On est dans une régularité importante et pour nous c'est très bien. 

Comment fait-on pour garder le même niveau d'exigence dans ce contexte ?

On vient à l'OL pour gagner des titres, pour jouer la Ligue des champions et jouer des finales. On sait que ce sont des échéances qui arrivent plutôt en deuxième partie de saison donc il faut être concentré tous les week-ends pour être prêtes. On sait qu'en cas de mauvaise performance la critique tombe très vite. J'ai aussi un âge où je dois travailler plus et rester bien concentrée. Je dois me maintenir en forme tous les jours, sur le terrain et en dehors. 

Comment l'OL peut-il encore progresser ?

Tout le monde pense que c'est facile mais le quotidien nous démontre que ça ne l'est pas. On se pose les bonnes questions en début de saison, on se donne les objectifs et on essaye de les atteindre. Il y a des résultats, ça se voit de plus en plus au niveau européen. En France on n'est pas prêtes de lâcher notre titre. 

Qu'est-ce que l'arrivée du PSG a changé dans le paysage du football féminin français ?

C'est le club de la capitale qui a une équipe qui essaye de nous faire tomber. Forcément ça a plus d'impact pour nous dans notre implication. Montpellier a aussi fait une très bonne saison, je pense que l'arrivée de Paris a aussi permis aux autres équipes de s'endurcir et de progresser. Ça aide le championnat à se développer. 

Les deux grandes équipes françaises s'internationalisent avec beaucoup de joueuses étrangères. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour le football français ? 

Si on regarde par le prisme de l'Euro, on aurait pu se dire que c'était embêtant parce que les joueuses françaises ont eu un peu moins de temps de jeu. Ça peut être une menace pour certaines mais avoir des étrangères dans le championnat de France veut surtout dire qu'il est intéressant et qu'il donne envie. 

Qu'est-ce qui a manqué jusqu'ici à l'équipe de France pour aller chercher un titre ?

Il nous manquait une force collective qu'on a réussi à construire aujourd'hui. Le nouveau sélectionneur et son staff ont apporté quelque chose d'énorme. Ce qui se passe aujourd'hui en équipe de France, je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Cette force collective va nous emmener très loin.

Olivier Echouafni s'inscrit-il dans la rupture ou dans la continuité de ce qui se faisait avant ?

Pour le premier stage, il avait pris les mêmes joueuses qui étaient là auparavant. Après il s'est fait son idée de ce qu'était le football féminin et il a mis sa ligne directive à lui. Aujourd'hui, ça nous fait beaucoup de bien. Il prend du recul par rapport à ce qui se faisait avant, il est entouré de personnes très professionnelles. 

Que pensez-vous de l'Islande, de l'Autriche et de la Suisse, vos 3 premiers adversaires à l'Euro ?

On a une poule assez costaude. Même si on n'entent pas particulièrement parler de ces nations là, l'Islande a un jeu très physique et atypique, l'Autriche nous avait donné du fil à retordre il y a 3-4 ans et la Suisse se développe avec une coach allemande qui a su instaurer son jeu. Il va falloir se méfier. Notre objectif est de passer les quarts de finale même si on a toutes en tête de pouvoir gagner cet Euro. 

Avez-vous déjà regardé le tableau et ce à quoi pourrait ressembler votre parcours ?

Non. On en a un peu parlé et l'objectif premier reste les quarts de finale. Si on veut être championnes d'Europe, il faut prendre toutes les équipes donc on va mettre les calculs de côté. 

Propos reccueillis par Julien Quelen, à Clairefontaine.

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