Joao Felix Benfica 2018-19Getty Images

Porto - Benfica, Bruno Lage a ressuscité les Aigles

En un peu plus d'un mois, Bruno Lage a redonné de l'espoir aux supporters des "Encarnados". Quatrième de Liga Nos début janvier à sept points du FC Porto après seulement quinze journées, éliminé dès les phases de poules de la Ligue des champions de manière décevante, Benfica était parti pour réaliser une saison galère et vierge de trophées. Poussif dans le jeu, à court d'idées et de solutions, des cadres en perdition, un entraîneur miraculeusement sauvé par son président après une lourde défaite à Munich fin novembre, rien n'allait plus chez les Aigles. Et la défaite contre Portimonense a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Exit Rui Vitoria, en poste depuis trois ans et demi, remplacé par Bruno Lage, l'entraîneur de l'équipe réserve depuis le début de saison. Une décision charnière pour la saison de Benfica. Nommé en intérim, le technicien de 42 ans a vite été confirmé dans l'exercice de ses fonctions et a même été blindé à la mi-février. Ses dirigeants, conscients d'avoir sous la main l'homme adéquat, l'ont prolongé jusqu'en juin 2023 avec une clause libératoire de 10 millions d'euros. Il faut dire que Bruno Lage a connu des débuts très réussis à la tête des Aigles. Au moment de sa prolongation de contrat, l'entraîneur portugais comptait dix victoires pour une défaite toutes compétitions confondues avec un succès record (10-0) contre le Nacional. Son unique échec était face au FC Porto, dans des conditions polémiques, en demi-finale de la Coupe de la Ligue.

Un changement tactique fondamental

PS Benfica Rui Vitoria Bruno Lage Bilan V2

Benfica n'est plus la même équipe avec Bruno Lage. Les Aigles sont passés en mode rouleau compresseur. L'arrivée de l'ancien adjoint de Bruno Carvalhal n'a pas seulement provoqué un déclic psychologique. Résumer son travail à cela serait lui manquer de respect. La première cassure entre Bruno Lage et son prédécesseur a été tactique. Cantonné à un 4-3-3 sous Rui Vitoria, le nouveau technicien de Benfica a, lui, jugé plus juste de passer dans un 4-4-2 ou 4-2-3-1 en fonction des situations, avec un pur neuf et un joueur tournant autour en neuf et demi. Et s'il a réalisé cette modification drastique c'est parce qu'il avait une idée, même deux, derrière la tête.

L'une d'entre elles était d'accompagner un Haris Seferovic trop isolé dans le 4-3-3 de Rui Vitoria. Et le moins que l'on puisse dire c'est que Bruno Lage a remis le Suisse dans le droit chemin et son nouveau système de jeu lui sied à merveille. Sur ses quinze buts inscrit en Liga Nos cette saison, Haris Seferovic en a marqué onze depuis la nomination de Bruno Lage, le tout en seulement huit matches. Mais si le Suisse cartonne autant et que Bruno Lage a décidé de jouer à deux devant, c'est aussi et surtout pour mettre João Felix dans un fauteuil et donner les clés du camion au gamin de 19 ans.

Une grande confiance placée en la jeunesse dorée

Joao Felix Benfica 2018-19Getty Images

Utilisée sur un côté avec Rui Vitoria, la pépite portugaise rayonne en neuf et demi, lui, le numéro dix de formation. L'explosion de João Felix au plus haut niveau coïncide avec l'arrivée de Bruno Lage et ce changement de dispositif. Remplaçant avant la nomination du technicien de 42 ans, l'international espoirs est devenu titulaire indiscutable. Il est le plus beau symbole du travail et de la réussite de Bruno Lage. Son association avec Haris Seferovic fonctionne à merveille (deux buts inscrits sur une passe décisive du Suisse, deux passes décisives pour Seferovic). Sur les huit derniers matches de Liga Nos, João Felix a inscrit six buts, délivré quatre passes décisives et une prestation mémorable lors du derby de Lisbonne face au Sporting.

Si João Felix est l'exemple le plus parlant, plus globalement, Bruno Lage a décidé de faire confiance aux jeunes. Une caractéristique très marquée chez lui et qui une nouvelle fois marque une rupture avec Rui Vitoria. Ces dernières semaines de nombreux jeunes, avec plus ou moins de temps de jeu et de responsabilités, ont fait leurs débuts ou ont eu leurs chances avec l'équipe première. Jota (meilleur buteur de l'Euro U19 l'été dernier), Florentino Luis, Ferro (qui devrait être titulaire face à Porto) ont fait leurs débuts sous Bruno Lage. Conscient de l'excellent vivier dont il dispose pour les avoir côtoyé pendant une demi-saison en équipe réserve, lui qui a entraîné les jeunes de Benfica pendant huit ans (de 2004 à 2008) et ayant notamment vu passer Gonçalo Guedes, Rony Lopes ou encore Bernardo Silva, le Portugais utilise cette jeunesse talentueuse avec parcimonie.

Un management psychologique

Benfica Galatasaray Jota Corchia

Outre ses côtés tacticiens et formateurs, Bruno Lage a également compris comment gérer son groupe d'une main de maître. À l'image d'Haris Seferovic ou de Rafa Silva, le Portugais a réussi à redonner confiance à certains, mais aussi à relancer et donner leurs chances à ceux qui étaient au placard. Sébastien Corchia et Andreas Samaris notamment ont remis le nez à la fenêtre tandis qu'il a réintégré Adel Taraabt en équipe première, lui qui avait été écarté par Rui Vitoria. Bruno Lage a montré qu'il est un véritable meneur d'homme capable de gérer les égos, de faire confiance aux jeunes et de contenter tout le monde.

En moins de deux mois, tout en conservant le même effectif, Bruno Lage a donné une toute autre allure à Benfica. Les Aigles ont retrouvé leur magie dans le jeu et séduisent avec une attaque de feu ayant inscrit 33 buts en huit matches, mais ils se sont surtout totalement relancés en Liga Nos. Avant le Classico sur la pelouse du FC Porto, Benfica n'est qu'à un point de son rival historique, est en bonne passe pour atteindre la finale de la Coupe du Portugal, et s'apprête à affronter le Dinamo Zagreb en huitièmes de finale de la Ligue Europa, une compétition dans laquelle les Aigles ont brillé par le passé et peuvent nourrir de réelles ambitions. Avec ses principes, son management et ses convictions tactiques, Bruno Lage a redonné des couleurs à ce Benfica 2018-2019. Rui Vitoria est parti, longue vie à Bruno Lage.

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