Barça : Coutinho, c'est quoi le problème ?

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(C)Getty Images
Arrivé en grandes pompes il y a un an à Barcelone, Philippe Coutinho accuse le coup. Tentatives d'explications de cette mauvaise période.

Ce sont peut-être les joueurs les plus chers de l'histoire qui parlent le mieux de leur prix. Tous ou presque s'accordent à se détacher de ces sommes folles qui planent au-dessus d'eux, comme pour fuir cette épée de Damoclès et la pression qui va avec. Une pression qui, parfois, peut virer au sentiment d'oppression. Philippe Coutinho n'en est pas là, mais c'est bien sous le prisme de son transfert que le petit Brésilien est disséqué, pour le meilleur et pour le pire, depuis qu'il a rejoint Barcelone il y a un an pour 160 millions d'euros bonus compris. Un transfert qui l'avait placé comme le troisième joueur le plus cher de l'histoire. Or, cette saison, Coutinho a pu diffuser l'impression de perdre son football. Alors quel est le problème ?

Il ne s'est pas imposé dans le milieu à 3

Le mariage entre Philippe Coutinho et Barcelone ressemblait à une évidence parce qu'il revenait dans les médias depuis des années comme ces refrains qui impriment le crâne. Avec sa frappe de mule et ses pieds de velours, Coutinho était devenu Roi en Angleterre, où Jürgen Klopp lui avait octroyé un rôle sur-mesure à Liverpool. Mais malgré cela, tout, chez lui, appelait à le voir briller en Liga. Son registre, son gabarit, son intelligence, sa polyvalence. Une idée confirmée par ses premiers mois, avec des copies consistantes et la perspective de voir en lui un potentiel successeur à la légende Andrés Iniesta - toutes proportions gardées.

On dit des chiffres qu'ils ne disent pas tout, mais ils ne mentent pas non plus. Entre janvier et juin 2018, Philippe Coutinho avait compilé 10 buts et 5 passes décisives avec sa nouvelle tunique, un bilan comptable moins flatteur sur cette première partie de saison (6 pions, 5 offrandes). Pour Ignasi Oliva, correspondant à Barcelone pour Goal, la première cause est tactique. Coutinho était à son aise dans un rôle de numéro 10 à la fin de son passage en Angleterre. Un rôle qu'il n'a pas retrouvé à Barcelone. "Il est arrivé à Barcelone pour devenir le remplaçant d'Iniesta, mais il n'a pas le même profil et il est n'est pas vraiment apte à s'illustrer dans un milieu à trois", constate Ignasi Oliva. "Valverde a essayé de l'intégrer dans un milieu à 4 pour le mettre à l'aise mais ça a affecté l'équilibre de l'équipe, qui a été irrégulière en début de saison en partie à cause de ça".

Il souffre de la comparaison avec Dembélé

Le deuxième axe à explorer est mental. Philippe Coutinho était le deuxième joueur prisé par le Barça avec Ousmane Dembélé la saison passée. Ces deux-là ne se ressemblent pas, mais ils sont liés par leur destin. Par cet espoir qu'ils suscitent dans une période de transition. Par leur statut, tout simplement. Et même par leur poste. Car c'est à gauche - seule place offensive libre dans cette machine de guerre depuis le départ de Neymar - que le Français est utilisé. La vie de Dembélé à Barcelone n'est pas un long fleuve tranquille, loin de là. Mais son instinct, sa folie, ses rushs et son jeu déstructuré ont leur charme. Ils tranchent avec le profil plus classique de Coutinho. "Coutinho a eu l'air très affecté par sa situation", continue Ignasi Oliva. "Quand Dembélé a été blessé ou puni, il n’avait pas la même concurrence, mais maintenant Dembélé marque et se montre décisif, son rôle est devenu plus secondaire. Il était le premier joueur remplacé contre Levante et son premier match de Copa contre Levante à Ciutat de Valencia a été terrible".

PS Coutinho Dembele

Stats Opta, TCC 2019/20 (hors sélections).

C'est donc bien Ousmane Dembélé, et pas l'un des innombrables milieux à tout faire de l'effectif (Rakitic, Arthur, Vidal), que Philippe Coutinho doit regarder comme premier concurrent, alors que 4 ou 5 postes semblaient plausibles à son arrivée. "Sachant que Coutinho ne peut jouer que dans un rôle de meneur de jeu et qu'il n'y a qu'un seul possible car Messi et Suarez sont là, il est certain que Dembélé est ajourd'hui devant lui" , ajoute Ignasi Oliva. "La presse et les fans prennent cette concurrence Dembélé-Coutinho comme les deux faces d'une même pièce. Coutinho est le bon gars qui va à l'école et Dembélé est cet élève un peu fou qui fait ce qu'il veut, mais qui le bat en matière d'attitude, notamment parce qu'il marque des buts importants".

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Bien-sûr, tout n'est pas à jeter dans la saison de Philippe Coutinho. Certaines inspirations rappellent son talent, par bribes, à l'image de sa combinaison limpide avec Luis Suarez sur le but de l'Uruguayen contre Eibar dimanche dernier (3-0). Une combinaison estampillée Barça. L'idée d'une erreur de casting n'a pas tarversé les esprits. "C’est le même joueur qu’il était à Liverpool", conclut Ignasi Oliva. "Il a énormément de qualités mais il n'a jamais été constant. À Liverpool, Firmino et Mané étaient les joueurs les plus décisifs derrière Salah..." . Abonné au banc en fin d'année, le petit Brésilien a retrouvé des couleurs et le rectangle vert depuis trois matches, dans la ligne d'attaque, donc, sur le côté gauche. Face au Français, cette différence, qui le fait souffrir, redeviendra un atout. D'autant que le rôle hydride de milieu dans la ligne d'attaque est une casquette que l'immense Iniesta avait aussi en son temps. Mais la comparaison s'arrête là. On ne s'y reprendra plus, promis.

Jean-Charles Danrée (avec Ignasi Oliva)

 

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