Interview - Alain Giresse, sélectionneur de la Tunisie : "La CAN ne sera pas simple et les joueurs le savent"

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Alain Giresse, sélectionneur des Aigles de Carthage, a accordé un entretien exclusif à Goal à un peu plus d'un mois de la Coupe d'Afrique des Nations.

Après le court mandat de Faouzi Benzarti, Alain Giresse a repris en main les Aigles de Carthage en décembre dernier. Passé par le Sénégal, le Mali et le Gabon en Afrique, l'entraîneur français de 66 ans va disputer sa cinquième Coupe d'Afrique des Nations. Il hérite d'une équipe ambiteuse, présente lors de la dernière Coupe du monde en Russie en 2018. L'occasion pour lui de raconter à Goal ses premiers mois en Tunisie, ce qui l'attend en Égypte mais aussi ses liens avec les Girondins de Bordeaux.

Goal : Comment vous sentez-vous à un mois et demi du début de la CAN ?

Alain Giresse : Tout est calé en ce qui concerne la préparation, la mise en place et l’organisation de notre camp de base mais aussi nos matches avant le tournoi (Irak et Croatie en amical). Maintenant je suis dans l’attente de l’arrivée des joueurs en fonction de la fin de saison de chacun. Fatalement, la préparation va démarrer à plus de 23 joueurs.

Du coup où en êtes-vous dans votre réflexion par rapport à la liste ?

Malheureusement, je pars toujours sur un groupe élargi avec des garçons qui nous quittent avant la compétition. Je l’ai fait à chaque CAN disputée. On fait en fonction des blessés et des états de forme.

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Comment procédez-vous pour votre liste ? Avez-vous l’habitude de vous couper du monde pour réfléchir de longues heures ?

Il ne faut pas fantasmer ! Cela se fait petit à petit, j’ai découvert mon groupe en quelques mois avec une reconnaissance physique en mars. On regarde comment on peut changer de système et avec qui. Il faut de la complémentarité et de l’équilibre pour faire face à tout type de situation. Très souvent, en cours de compétition, les équipes changent et on doit être prêt pour répondre à toutes ces problématiques.

Quels changements concrets avez-vous apporté depuis votre prise de fonction il y a cinq mois ?

Le mois de mars m’a permis de mieux prendre connaissance des joueurs avec des appréciations sur chacun d’eux. J’ai pu mieux les découvrir au niveau de la personnalité. Avec les entraînements, qui sont des scanners pour les sélectionneurs, on peut avoir l’état complet du joueur : mental, physique, tactique… Tout ça me permet d’avoir une approche de tous les joueurs.


"On ne peut pas limiter son ambition et se satisfaire de sortir du groupe."


Que visez-vous pour cette CAN en Égypte ?

Vous pensez qu’un entraîneur a besoin que ses dirigeants lui disent de gagner ? Tout le monde sur une phase finale part pour faire le meilleur résultat. On ne peut pas limiter son ambition et se satisfaire de sortir du groupe. On sera bien. On veut aller le plus loin possible dans cette CAN.

Comment évaluez-vous votre groupe avec le Mali, l’Angola et la Mauritanie ?

Il ne faut pas le négliger ! Évidemment, ce n’est pas la poule avec le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud, qui est très très solide mais on a un groupe compact. L’Angola a un caractère un peu plus latin que les autres équipes africaine, la Mauritanie aura de l’enthousiasme et le Mali a de la qualité individuelle. Ce ne sera pas simple et les joueurs le savent.

Msakni ps

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Un mot sur Youssef Msakni qui avait raté le Mondial 2018 sur blessure. Vous le sentez revanchard ?

Je ne me pose pas la question de savoir s’il est revanchard. Il a surtout envie de retrouver la compétition et le haut niveau. Il est avide de ça. Ça n’annulera pas ce qui lui est arrivé avant la Coupe du monde. On ne peut pas le consoler. Maintenant, il se projette sur cette CAN et il doit avoir le rythme nécessaire pour cette compétition.

Plus que jamais, Wahbi Khazri sera-t-il le leader offensif de la Tunisie ?

Il devient fatalement un leader technique comme Msakni. Il a des capacités de haut niveau. Ça va nous donner un plus.

Vous risquez une pénurie de milieux de terrain avec le forfait de Ben Amor et des doutes sur le physique de Ferjani Sassi. Quelles sont vos options pour renforcer l’entrejeu ?

Ferjani (Sassi) n’est pas encore forfait. C’est une lutte contre le temps. En défense on a de la profondeur de banc, en attaque aussi mais au niveau des milieux de terrain, dans les profils de sentinelle, là c’est plus compliqué. On peut avoir des variantes selon les systèmes. Retrouver le même type de joueur... oui ce n’est pas évident.


"On attend de savoir si nos terrains pour s’entraîner seront prêts tout comme le stade pour la compétition"


Selon plusieurs sources, le terrain à Suez où vous jouerez tous vos matches de groupe serait loin d'être prêt. Êtes-vous inquiet ?

Je ne vois pas comment on pourrait déménager en un mois et demi avec les autres équipes. Je l’ai vu lors du tirage au sort le 12 avril, le stade était à rénover et il avait besoin de retrouver des conditions de jeu normales. Pour le terrain d’entraînement, c’est pire car il n’y avait pas un brin de pelouse… On a l’hôtel mais nous sommes dépendants pour le reste. On doit espérer car on attend de savoir si nos terrains pour s’entraîner seront prêts tout comme le stade pour la compétition qui doit retrouver sa qualité d’avant.

Comment vos expériences précédentes en Afrique peuvent vous servir pour cette compétition ?

C’est ma cinquième phase finale. On sait comment on aborde et on prépare ces matches de poule. On connaît de plus en plus le football africain aussi avec des adversaires que l’on a l’habitude de jouer. Ce sont des détails à ne pas négliger.

Si les Girondins vous proposent à l’avenir de devenir ambassadeur comme Jean-Pierre Papin et Niša Saveljić, réfléchirez-vous à cette option ?

C’est un sujet très sensible et délicat pour moi. Oui j’ai rencontré le nouveau propriétaire américain en septembre dernier, avant le rachat, pour évoquer le club et ce qu’il représentait. Comme chaque club possède son identité et ses racines, je pouvais en parler à quelqu’un qui vient d’un autre pays. J’aurais aimé à titre honorifique devenir ambassadeur comme Papin. Ce n’est pas faire preuve d’orgueil mal placé, ça n’aurait pas changé ma fonction actuelle.

DaGrosa Bordeaux


"Je n’ai rien contre Jean-Pierre (Papin) même si pour moi, il représente plus l’histoire de Marseille que de Bordeaux."


Avez-vous refusé concrètement un éventuel poste aux Girondins ?

Je peux vous le dire, je n’ai rien refusé aux Girondins car je n’ai eu aucun retour après cet entretien. Ce titre honorifique... ça flatte toujours. J’ai lu que ce nouveau dirigeant voulait s’entourer d’anciens pour valider l’histoire du club. Il n’a pas dû lire le bon CV du joueur qui a disputé le plus de matches et a inscrit le plus de buts. Je n’ai rien contre Jean-Pierre (Papin) même si pour moi, il représente plus l’histoire de Marseille que de Bordeaux.

Regrettez-vous de ne plus avoir été contacté par la nouvelle direction ?

Oui, je suis un peu amer. Sans réclamer un poste, en me faisant déplacer à Paris pour cet entretien, de le rencontrer puis rien… Quand, par exemple, on voit en Ligue des champions les anciens qui sont autour du club, même s’ils ne marquent pas des buts, c’est une marque de prestige. J’estime qu’à partir du moment que j’ai eu cette rencontre, j’avais aussi le droit à cette reconnaissance.

Avez-vous encore des liens avec le club ?

Chaque fois que j’allais aux matches, j’étais reçu par les présidents que ce soit Jean-Louis Triaud puis son successeur, Stéphane Martin. Je participais aux présentations de l’équipes, à titre amical. C’était devenu, entre guillemets 'automatique'. À partir du moment où ça change, avec une nouvelle direction, c’est à eux d’aller vers les gens, d’accorder ou non un titre comme forme de reconnaissance. En plus, je suis du coin. Je suis un pur girondin.

Propos recueillis par Adrien Mathieu.

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