Portrait - Megan Rapinoe, éternelle rebelle

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La star américaine cultive sa singularité sur le terrain mais aussi ailleurs. À 33 ans, elle continue de défendre plusieurs causes sans relâche.

Une nouvelle fois contre l’Espagne, en 8e de finale, elle est restée de marbre pendant la diffusion de l’hymne américain. En signe de protestation depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, Megan Rapinoe snobe le « Star-Spangled Banner ». Si le président des États-Unis lui a dit que ce n’était pas la bonne attitude à adopter, la joueuse de 33 ans y accorde à vrai dire peu d’importance. Elle expliquait avant le début de la compétition que c’était un "f*** you" adressée au chef d’état de son pays, ni plus ni moins. En compagnie de Carli Lloyd et d’Alex Morgan, elle est l’une des stars de cette équipe américaine venue en France pour conserver son titre acquis quatre ans plus tôt en France. Avant de défier le pays hôte vendredi en quart de finale, retour sur cette icône unique du football féminin.

Une proximité forte avec son frère en prison

Megan Rapinoe était encore étudiante à l'Université de Portland quand elle se fait déjà un nom. Son équipe gagne plusieurs championnats de conférence et remporte même la ligue nationale en 2005. Très vite, et alors qu’elle n’a que 18 ans, son destin va s’accomplir en rejoignant la sélection américaine mais une blessure aux ligaments croisés va freiner sa progression, et l’empêcher de disputer la Coupe du monde 2007. En parallèle, sa vie familiale est bien compliquée avec son frère Brian. Toxicomane depuis le lycée, il rejoint des gangs suprémacistes blancs en prison mais garde une proximité avec sa soeur, avec une correspondance de lettres entretenue pendant plusieurs années. C'est lui qui l'a emmenée taper dans son premier ballon à l'âge de trois ans. À ce sujet, Megan Rapinoe confiait sa volonté de lui tendre la main pour le voir revenir un jour à la maison. "Il a tellement à offrir. Ce serait vraiment dommage s'il ne quittait ce monde que par des peines de prison. Pouvoir le faire sortir, jouer pour lui, et le garder en bonne santé, avec cette perspective différente qu'il a maintenant : c'est comme la meilleure des choses." Il a depuis suivi des cours à l'université, soigné son addiction à la drogue, effacé ses tatouages désolants et entamé sa dernière année de prison.

Pour revenir au terrain, il faut attendre 2011 pour voir Megan Rapinoe se révéler aux yeux du grand public en sélection, avec un mondial remarqué en Allemagne, où elle célèbre notamment son premier but en chantant 'Born in the USA' de Bruce Springsteen face à la Colombie. Si la bannière étoilée échoue en finale face au Japon, derrière elle va réussir le doublé JO-Coupe du monde, où elle s’affirme comme un élément indispensable. Lors du premier Ballon d'Or féminin de l'histoire, en 2018, elle a terminé à la 9e place.

Désignée comme la créatrice de cette équipe, Megan Rapinoe possède les deux pieds. Cette faculté d’ambidextre lui permet d’être un danger constat sur le terrain. Au niveau des responsabilités, son statut de capitaine n’est pas anodin. Devenu un guide, elle fait le lien entre l’ancienne génération (Wambach, Lilly, Solo, Rampone) et celle qui monte en puissance (Lavelle, Pugh, Davidson). Avant le tournoi en France, elle expliquait même en quoi consistait son rôle de relai sur le terrain. "La coach ne pourra pas toujours avoir 35 conversations avec tout le monde. C’est donc notre travail, en tant que complément d’elle-même et du staff technique, de faire passer le message et de s’assurer que tout le monde est sur la même longueur d'onde. Il n’est même pas vraiment nécessaire de revenir à elle (Jill Ellis), mais je pense que nous sommes un groupe où tout le monde veille à ce que tout se passe bien."

Megan Rapinoe USWNT vs Spain Women's World Cup 2019

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Elle mène la lutte pour plusieurs causes sociétales

La native de Redding incarne bien le paradoxe de son pays, où le football féminin domine la scène internationale sans pour autant obtenir les salaires et les primes des hommes, englués à la 30e place du dernier classement FIFA. En 2016, les femmes américaines ont intensifié leur lutte pour l’amélioration des conditions de travail et l’égalité de rémunération. Plus tôt cette année, 28 joueuses ont porté plainte contre leur Fédération, à propos de la discrimination fondée sur le sexe. Rapinoe était l’une des joueuses les plus virulentes de la poursuite, affichant ainsi son évolution en tant que chef de file hors du terrain. Sa guerre ouverte depuis plusieurs jours avec Donald Trump et son refus de se rendre à la Maison Blanche en cas de victoire finale a mis un peu plus en lumière ses idéaux. "J'invite mes coéquipières à réfléchir au sens de la sélection et du bien fait de ce genre de cérémonie face à une administration qui ne partage pas notre chemin", a-t-elle confié en conférence de presse jeudi à Paris. Néanmoins elle affirme que ces joutes verbales avec le 45e Président de l'histoire des États-Unis ne la détourne pas de ses objectifs avec sa sélection. "Je ne suis vraiment pas inquiète pour ce genre de déstabilisation, tout le monde sait qui je suis. J’ai simplement fait un commentaire en plus."

Son combat va bien au-delà du ballon rond puisqu’elle soutient les minorités et la communauté LGBT, après notamment son coming-out en 2012. Ses revendications ne s’arrêtent pas à son pays puisqu’elle a aussi taclé la FIFA à plusieurs reprises. On se souvient notamment de sa sortie il y a deux ans lorsqu’elle avait qualifié l’institution du football mondial de "vieille, mâle et rassise", après la nomination d’une footballeuse amatrice (Deyna Castellanos) au prix de meilleure joueuse de l’année.

En attendant de mener à bout ses combats, Megan Rapinoe se prépare à livrer une autre bataille, contre les Bleues, ce vendredi, au Parc des Princes. "J'espère que ce sera un grand spectacle. Un cirque médiatique. J'espère que ce sera fou, énorme (rires). C'est le match qu'on voulait toutes jouer, celui que tout le monde attendait. On rêve de ça depuis qu'on est petites", a-t-elle indiqué après la qualification contre l'Espagne. Symbole d'une sélection américaine en plein questionnement sur sa place dans la société de l'Oncle Sam, elle ne cesse de clamer son envie de réussir partout. Les joueuses de l'Équipe de France sont prévenues, Donald Trump aussi.

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