La spéciale d'Arjen Robben est une des plus belles signatures du football moderne. Épiée, copiée, répétée, elle n'a pourtant jamais été annihilée au fil des années. Pourquoi ? Parce qu'il la réalise mieux que personne, peut-être. C'est une image qui a ouvert la voie à toute une génération d'ailiers. Elle a changé la vision restrictive du poste. Elle l'a magnifié. Pour comprendre le secret du Néerlandais - qui a mis un terme à sa carrière ce jeudi - décryptons sa spéciale en 4 étapes.
ÉTAPE N°1 : LA FIXATION

Objectif : trouver de l'espace. Qui a dit qu'Arjen Robben n'aimait pas "manger la craie" ? Le Néerlandais a tellement diffusé son action dans les têtes qu'on en oublierait presque qu'il peut aussi l’amorcer le long de la ligne. Robben est un vrai ailier qui ne rechigne pas à se positionner aux extérieurs pour proposer des décalages quand son équipe a le ballon. Sa vitesse de pointe est une arme qu'il utilise souvent en contre, mais il préfère être servi dans les pieds plutôt qu'en profondeur (même sur une longue ouverture). Sa première évaluation de la situation se fait là. C'est une fois servi, après le contrôle, face à ses défenseurs, qu'il prend une première décision. Un double marquage efficace peut alors l'inciter à renoncer.
ÉTAPE N°2 : L'ACCÉLÉRATION

Objectif : déclencher l'action. Arjen Robben puise toute sa force dans la sensibilité qu'il a avec son pied gauche. Après avoir reçu le ballon, l'ailier va repiquer dans l'axe en le caressant de l'extérieur pour s'engouffrer dans l'espace et éliminer (contourner, même) un premier garde du corps, ou continuer à avancer s'il n'a pas d'opposition. Ce circuit est naturel pour un gaucher exclusif comme lui. Malgré le temps qui passe, son physique très sec lui a permis de garder la même explosivité sur les premiers mètres.
ÉTAPE N°3 : LA COURSE EN DIAGONALE

Objectif(s) : garder le ballon, régler la mire, trouver un angle de tir. Peut-être la phase la plus importante. Et la plus longue. Après avoir décidé d'amorcer son action (ou pas), Robben doit ensuite déterminer à quel moment frapper. Cette course oblique vers le but est idéale à cet instant T. Elle peut durer une ou deux secondes comme elle peut en atteindre quatre ou cinq, selon son nombre de touches. Cette course lui permet de trouver le timing de la frappe tout en restant dans une certaine zone de confort, sans se faire prendre le ballon grâce à sa vitesse d'exécution, ses petites foulées et son répertoire de feintes. Son flair, son appréciation de l'espace et du temps font ensuite la différence. Ses adversaires deviennent alors des obstacles sur son chemin. C'est le nombre d'obstacles qui dicte s'il va déclencher la frappe au début (deuxième cas) ou à la fin (premier cas).
ÉTAPE N°4 : L'EXÉCUTION DE LA FRAPPE

Objectif : conclure. Par son habileté pour placer le ballon où il veut, Arjen Robben a l'embarras du choix. Il est intéressant de noter que le Néerlandais maîtrise toutes les surfaces du pied. Il privilégie l'extérieur pour ses conduites de balle, mais c'est avec l'intérieur qu'il enroule ses frappes. Il n'est pas impossible de le voir frapper le ballon du coup de pied, avec la surface supérieure, pour déclencher des frappes sèches à ras de terre au premier poteau (avec une trajectoire plus droite). S'il choisit le second, le Hollandais optera davantage pour un tir à mi-hauteur ou en lucarne. Le positionnement du gardien déterminera aussi cet ultime choix. La distance, enfin, ne lui pose pas de problème. 15, 20, 30 mètres, Robben sait varier. Quand il est déjà dans la surface, il a alors tendance à revenir sur ses pas pour arrondir sa fameuse course. Comme un félin qui reculerait pour mieux sauter. Il est trop tard. Le gardien devient sa proie, condamnée à l'exploit. Ou à s'incliner.




