"Patrick Vieira fait du bon boulot, dans des conditions pas faciles, il y a eu des chamboulements au niveau de la direction. Ce n'est plus un hasard si cette équipe est capable de convertir ces 1-0 en trois points à chaque fois, ou presque. Ils font fructifier leur potentiel", a reconnu Rudi Garcia en marge du choc contre Nice ce dimanche. Une déclaration faisant écho à celle d'Arsène Wenger, au Laureus Award au mois de février, adoubant son ancien protégé : "Je pense que Patrick Vieira a les qualités nécessaires et qu'il va faire une belle carrière".
Les deux hommes ne s'y trompent pas. Après avoir fait ses classes sur le banc de touche des jeunes de Manchester City puis de la filiale du club anglais, New York City, Patrick Vieira a décidé de faire le grand saut l'été dernier pour rejoindre Nice. Succéder à Lucien Favre n'avait rien de facile, tant le Suisse a fait des merveilles, parvenant à qualifier les Aiglons en C1, mais le remplacer avec un effectif décimé et dans les conditions actuelles est une mission encore plus corsée.
Une attaque affaiblie
GettyEt pourtant Patrick Vieira s'en sort comme un chef. Après des débuts compliqués, seulement un point en trois journées, le Français a trouvé son rythme de croisière et emmené les Aiglons où il voulait. Huitième de Ligue 1 avec quarante points en vingt-sept journées, Nice peut encore rêver d'Europe. Les Aiglons pointent seulement à trois points de la cinquième place, détenue par l'ASSE, et à quatre de la quatrième, détenue par l'OM. "On est dans une position qui nous permet de rêver de l'Europe, mais il y a des équipes qui sont mieux armés que nous pour prétendre à cette qualification. Mais nous par rapport à cette position, on a le droit d'y rêver et le droit d'y penser", a confessé l'entraîneur français avant d'affronter l'OM.
Des armes, Patrick Vieira en manque cruellement. Il faut dire que le champion du monde 1998 fait avec les moyens du bord en attaque. Il a été dépouillé de ses meilleurs joueurs dans ce secteur de jeu. La perte d'Alassane Pléa (pesant seize buts, impliqué sur vingt-deux l'an dernier) n'a jamais été comblée, tout comme celle de Mario Balotelli cet hiver. Ce n'est pas faute d'avoir réclamé. Mais Patrick Vieira a vu ses souhaits de recrutement en attaque inexaucé. Myziane Maolida a été son seul renfort dans ce secteur de jeu. Et c'est d'ailleurs, incontestablement, la faiblesse de l'OGC Nice.
20 buts, 40 points
ImagoContraint de faire avec un effectif jeune et inexpérimenté, Patrick Vieira fait preuve d'inventivité, expérimente et parvient à tirer le maximum de son effectif actuel. Avant dernière attaque de Ligue 1 avec seulement vingt buts marqués, Nice manque de talent en attaque. Hormis Allan Saint-Maximin, auteur de six buts en championnat, aucun autre attaquant niçois de métier n'a marqué plus d'un but. Les autres meilleurs buteurs des Aiglons sont Atal (défenseur) et Cyprien (milieu de terrain) avec trois buts ainsi que Walter (milieu de terrain) avec deux buts. Patrick Vieira rentabilise au mieux son effectif. À tel point qu'un but marqué par les Niçois vaut deux points. Le calcul est simple, Nice a marqué vingt buts et récolté quarante points. Une statistique invraisemblable.
L'entraîneur niçois est aussi un excellent gestionnaire. Dans le documentaire "Mister Vieira", l'Intérieur Sport lui étant consacré sur Canal Plus, il encourageait et recadrait ses joueurs, les jeunes comme les vieux, ne cédant pas aux caprices de ses stars tenant tête à Saint-Maximin ou Balotelli, sanctionnant le moindre retard à une causerie (Burner mis sur le banc face à Lyon au profit de Jallet). "Ils ont du mal à voir le collectif, et la conséquence que cela peut avoir dans le groupe. Mon rôle c'est de leur faire comprendre qu'il y a des choses qu'en tant qu'entraîneur je ne peux pas me permettre pour le bien de la vie du groupe", expliquait Vieira dans le documentaire de Canal Plus après avoir refusé une demande de Saint-Maximin pour rester un jour de plus à Lyon pour un baptême. Bref, un management moderne basé sur un équilibre entre proximité et autorité avec ses joueurs à l'image de sa relation avec Allan Saint-Maximin.
Un calme olympien
GettyHicham Mahou, Maxime Pélican, Andy Pelmard, Mohamed Lamine Diaby et Eddy Sylvestre, autant de noms inconnus du grand public qui ont été lancé en Ligue 1 cette saison par l'ancien milieu de terrain d'Arsenal. Profesionnel, persévérant, Patrick Vieira dont la philosophie de jeu est de pratiquer un football de possession, et ce malgré la jeunesse de son effectif, bricole, travaille dans le silence et ce dans un contexte pas toujours simple.
En janvier dernier, c'est toute la direction de l'OGC Nice qui a décidé de plier bagage. Jean-Pierre Rivère, ex-président de Nice, grand artisan de sa venue, et Julien Fournier, ex-directeur général, ont décidé de quitter le navire car ils étaient en désaccord avec certains actionnaires concernant la manière de travailler sur le marché des transferts notamment. Malgré cette tempête en interne, cette confusion empêchant encore une fois l'arrivée de recrues, perdant au passage Mario Balotelli, Patrick Vieira est resté calme, silencieux, faisant front contre vents et marées. "Lâcher, moi ? Jamais !", a martelé plusieurs fois l'entraîneur français durant cette période.
Lors de sa prise de fonctions, le nouveau président, Gauthier Ganaye, indiquait que la priorité était de "rassurer Vieira", conscient de la chance d'avoir le champion du monde 1998 sur le banc de touche du Gym. L'actionnaire majoritaire, Chen Lee, a lui aussi fait part de sa confiance envers son coach. Au vu de l'effectif dont il dispose et de l'imbroglio en interne, la première saison de Patrick Vieira est une réussite sur tous les plans. L'homme de 42 ans a prouvé qu'il a l'étoffe pour devenir un bon entraîneur, mais Nice devra lui donner davantage de moyen pour que l'avenir de Vieira sur le banc niçois ne soit pas une simple illusion.




