Marcelo Bielsa

Lille-OM : que reste-t-il de Bielsa à Marseille ?

Plus de deux ans après son départ, l'ombre de Marcelo Bielsa plane encore sur l'Olympique de Marseille. Le débat n'a jamais été tranché entre ses adorateurs qui lui pardonnent son départ sans préavis avec un bilan sportif moyen et les sceptiques qui ont tourné la page depuis sa démission fracassante au soir d'une première journée de Ligue 1 conclue par une défaite contre Caen (0-1). Mais dans les deux camps, les avis sont de moins en moins tranchés. Les uns ont compris que le technicien argentin n'était pas le Saint qu'ils imaginaient. Les autres lui reconnaissent des qualités en souvenir des belles soirées passées en sa compagnie. Entre les supporters de l'OM et El Loco de Rosario, le divorce a été aussi violent que la passion engendrée par leur relation. Aussi bouillante qu'éphémère. Aussi enflammée que frustrante. Pendant une saison, Bielsa a provoqué la folie, a offert un spectacle ahurissant, a ranimé la passion d'un Vélodrome qui s'éteignait, a relancé les ambitions dans une atmosphère unique. Beaucoup disaient qu'après lui, plus rien ne serait jamais comme avant. C'est un peu vrai tant certains supporters olympiens vivent encore dans la comparaison et l'espoir de revivre cette frénésie de football. Mais aujourd'hui que reste-t-il de Bielsa ?

Au club, presque rien...

Lorsqu'il arracha l'accord de Marcelo Bielsa pour entraîner l'Olympique de Marseille après des semaines de négociations en tous genres, Vincent Labrune eut cette formule : "Je fais une révolution culturelle et structurelle". Culturelle car l'Argentin devait remettre les joueurs au travail et proposer un football jusqu'ici jamais vu. Structurelle car l'ex-sélectionneur du Chili passé par l'Athletic Bilbao devait faire franchir un palier au club marseillais dans son organisation. Sur le premier point, Bielsa a rempli sa mission. Les Gignac, Payet, Lemina, Ayew et compagnie ont bossé comme jamais, appliquant une méthode harassante qui a porté ses fruits pendant six mois avant de connaître un coup de mou fatal au printemps. La 4e place a eu un goût amer après avoir basculé en tête à Noël. Mais l'étroitesse de l'effectif a pesé au moins aussi lourd que l'intransigeance de Bielsa. Sur le second point, l'Argentin n'a pas véritablement laissé une empreinte indélébile. A part quelques travaux à la marge et un parcours santé dans la colline de la Commanderie, rien de notable. Bielsa vivait reclus sans contact avec les employés du club. Sa communication était une énigme pour tous. Son départ n'a surpris personne. Après un an dans le monde Bielsa, l'OM a repris une vie normale...

Toujours des joueurs dans l'effectif

Quand il va se retrouver face à l'OM actuel, Marcelo Bielsa ne va pas reconnaître grand monde. Parmi les dirigeants, aucun survivant de l'ère Louis-Dreyfus-Labrune qu'il a connue. Dans le staff technique, seul Stéphane Cassard a survécu au remaniement qui a suivi le rachat par Frank McCourt et la nomination de Rudi Garcia. Il croisera bien quelques visages connus parmi les membres de l'encadrement. Dans l'effectif, c'est également un autre OM. L'héritage de Bielsa est bien maigre. L'OM a connu tellement de chambardements en deux ans qu'il est presque surprenant de compter quelques joueurs qui ont évolué sous les ordres de l'Argentin. Steve Mandanda, Dimitri Payet (absent pour le déplacement à Lille) et Florian Thauvin en sont les plus beaux représentants. Mais tous ont quitté l'OM avant d'y revenir. Recruté par Bielsa, Lucas Ocampos a lui aussi connu un aller-retour avant de s'imposer avec Garcia. Bouna Sarr et Frank Zambo Anguissa ont été engagés pour la seconde année du technicien mais il est parti avant de vraiment les diriger. Yohann Pelé a lui aussi connu Bielsa quelques semaines seulement. Aujourd'hui en marge du groupe, Rod Fanni est toujours au club. En revanche, il y en a un pour qui rien ne change : Matheus Doria. Ostracisé par Bielsa (0 minute de jeu avec lui), celui que Vincent Labrune présentait comme l'avenir du Brésil en réglant 5 millions d'euros est toujours à la cave. Trois ans après son arrivée, le défenseur n'a convaincu personne. Le temps a donné raison à Bielsa. Même constat pour les espoirs vendus chèrement par l'OM dès le départ de l'entraîneur. Benjamin Mendy, Mario Lemina, Giannelli Imbula ou Michy Batshuayi ont tous rapporté beaucoup d'argent aux dirigeants marseillais.

Marcelo Bielsa

Une cote d'amour qui s'étiole...

Parti alors que sa popularité était au zénith malgré une 4e place et une intersaison ubuesque marquée par un contrat jamais signé, Marcelo Bielsa a pu constater que l'amour des supporters marseillais ne s'est jamais démenti. Pendant plusieurs mois, la crise à l'OM n'a fait qu'alimenter les regrets. Puis vint le temps du feuilleton de la vente avec cette folle rumeur d'un possible retour. Un jour d'août 2016, les Marseillais y ont même cru lorsque France Football a annoncé l'arrivée du tandem Lopez-Bielsa ! Mais le rachat par McCourt a mis fin au fantasme. Puis comme une seconde lame, Bielsa a rejoint Lopez à Lille. Les plus fervents adeptes n'y croyaient pas et pourtant ils ont dû se faire une raison. Leur idole leur faisait une infidélité. Bielsa avait tout de même pris le soin de passer un coup de fil à quelques ultras pour connaître leur sentiment. Ses résultats décevants avec le LOSC ont atténué la folie autour de sa personne et permis à certains de faire leur deuil. Mais les circonstances atténuantes ne lui manquent pas malgré tout...

À Marseille, Marcelo Bielsa conserve une cote d'amour énorme. Le souvenir de cette saison folle, vécue comme une parenthèse enchantée, est encore vivace. Ses adorateurs parlent encore de lui comme d'un demi-Dieu. Actuellement, une exposition se tient au Mucem où Bielsa tient un rôle central. À Marseille, un homme vit dans une camionnette entièrement relookée à l'effigie de son Messie. Pourquoi pareille idolâtrie persiste ? Ses conférences de presse à rallonge et ses entraînements distillés dans les médias du club restent dans toutes les mémoires. Comme certains matches d'anthologie, derniers vestiges d'un OM qui ne fait plus rêver. D'ailleurs, la principale victime a posteriori de Bielsa se nomme Rudi Garcia. Le pauvre entraîneur souffre de la comparaison malgré des résultats corrects. La personnalité de Bielsa hantera ses successeurs pendant de nombreuses années encore. Rarement un coach a autant collé à l'ADN de l'OM. Passionné, exalté, fanatique, respectueux, offensif... Bielsa avait tout pour plaire. C'est sans doute ce qui l'a perdu. Et fait de lui un mythe...

Publicité
0