Même si on n'en est encore qu'au stade des quarts de finale, un premier bilan de l'Euro peut être tiré. Pas celui de la sécurité, ni de l'état des pelouses, bien que cela s'impose également, mais celui du niveau du tournoi. Après le déroulement de 32 des 51 matches de l'épreuve, il ne serait pas exagéré de dire que le niveau global a été relativement décevant lors des poules. La faute à l'élargissement de 16 à 24 sélections participantes à l'Euro ? Ce changement de formule a des avantages mais il est évident que ses inconvénients sont problématiques.
Un premier tour d'un faible niveau
En raison du passage à 24 nations, le spectacle proposé à l'occasion de la phase de poules a été très décevant. Certains noteront qu'il n'y a pas eu beaucoup de scores fleuves (ndlr, seules deux sélections ont marqué plus de deux buts par match) mais ce n'est en rien un indicateur de la qualité des rencontres. La plupart des matches ressemblaient à des rencontres de coupes nationales où l'on assistait à des attaques-défenses, avec une équipe qui avait la maîtrise et qui faisait tout pour marquer et une autre qui se recroquevillait derrière en ayant l'œil sur l'horloge et avec l'espoir de sauver au moins le nul. Ce n'est pas ce qui fait le charme de ce sport et ce n'est certainement pas ce que l'on est en droit d'attendre d'une compétition de ce niveau.
Des tours de chauffe inutiles pour les "élitistes"
Auparavant, l'Euro était un tournoi réservé aux meilleurs du continent. Un quart des sélections affiliées à l'UEFA, seulement, avait le droit de participer à la phase finale. Comme conséquence, on pouvait savourer des matches très ouverts dès le début, avec beaucoup d'engagement et de prises de risques. Mis à part quelques rares exceptions, comme l'alléchant Belgique-Italie, ça n'a guère été le cas en France. Et c'est ce qui invite à s'interroger sur l'idée propre à Michel Platini. A force de vouloir faire plaisir aux pauvres n'a-t-il pas desservi les riches et ôté à l'épreuve reine du continent une grande partie de son intérêt ? Une impression confortée par les deux démonstrations de force qu'il y a eues en 8es de finale (de la part de l'Allemagne et de la Belgique).
Un système de qualification qui donne des maux de crâne
On peut aussi citer plein d'autres désavantages en rapport avec un Euro à 24. Il y a le fait d'avoir eu vingt jours de compétition pour se débarrasser seulement de huit sélections. Des rencontres barrages auraient été suffisantes pour opérer un tel filtrage. D'autre part, il y a le système des quatre meilleurs troisièmes qu'il fallait deviner lors de la dernière journée de poules et aussi l'identité de leur adversaire en huitièmes. Mêmes les plus férus des probabilités avaient du mal à s'y retrouver, tellement le règlement était complexe. Sans oublier le fait qu'un sélectionneur, celui de la France en l'occurrence, a été obligé d'observer inutilement une sélection pendant trois jours (!) Enfin, notons qu'avec cet Euro agrandi, une triste première a eu lieu : une équipe a pu atteindre les huitièmes de finale sans avoir auparavant remporté le moindre match (Portugal).

Les "petits" ont pu rêver
Quels arguments peuvent donc être utilisés pour plaider en faveur du maintien de cet Euro "new look" dans le futur ? Les romantiques noteront qu'avec 24 nations qualifiées, il y a plus de chances de voir des surprises se produire. On a ainsi pu voir des équipes comme l'Islande, la Hongrie ou l'Irlande du Nord, dont on avait presque oublié l'existence sur l'échiquier continental, créer la sensation en franchissant le cap des poules. Les Islandais ont même frappé très fort en s'invitant en quarts de finale à l'occasion de leur première participation à une grande compétition internationale.
La fête était dans les tribunes
Avec 24 sélections, le contexte festif a aussi été favorisé. Des fans et des supporters ont afflué de toute l'Europe pour partager des moments de joie et de communion. Tous n'étaient pas animés d'aussi bonnes intentions, mais globalement ce fut un vrai plaisir de voir des groupes de différentes nationalités se mélanger, afficher leur patriotisme et chanter à tue-tête. C'est beau, un monde qui joue pour reprendre le slogan du Mondial 98. Mais la beauté du spectacle en dehors des stades ou dans les tribunes a parfois été plus impressionnante que celle sur le rectangle vert. Reste à attendre la fin de la compétition pour voir si au final, le positif prendra le pas sur le négatif.
