Les témoins de l’Euro : Andriy Shevchenko (Euro 2012)

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A l’approche de l’Euro 2020, notre rédaction vous propose une série de rencontres avec les joueurs ayant disputé ce tournoi par le passé. Des lauréats de la compétition, des acteurs majeurs ou simplement des protagonistes ayant des histoires intéressantes à raconter. Ce lundi, et pour le dernier épisode, on a eu l’honneur de s’entretenir avec Andriy Shevchenko. L’ancien Ballon d’Or est revenu sur le tournoi qu’il a disputé avec son pays en 2012.

Andriy Shevchenko a été l’un des plus grands attaquants de sa génération. Lauréat du Ballon d’Or en 2004, cet avant-centre ukrainien, produit de la très estimée école du Dynamo Kiev, a brillé au plus haut niveau pendant plus de quinze ans. Il fut même parmi les rares à se montrer constant d’une campagne à une autre, comme le prouvent ses statistiques affolantes en Ligue des Champions. Mais, le bémol, s’il y en un à retenir pour ce grand goleador, c’est qu’il n’a pas été en mesure de trop se mettre en avant avec sa sélection nationale. Il n’a joué que deux tournois internationaux. Le Mondial 2006 et l’Euro 2012. La compétition continentale s’est même présentée à lui alors qu’il était au crépuscule de son parcours footballistique. Ils étaient très peu, y compris parmi ses fans, à le voir s’y illustrer à l’âge de 36 ans. Il a quand même réussi à le faire, et avec une mention forte en prime.

Une scène idéale pour les adieux

L’exercice 2012/2012 était le tout dernier de la carrière de « Sheva ». Il n’était plus cet attaquant qui avait martyrisé les défenses de Serie A pendant sept longues années. Cela étant, le héros ukrainien avait coché depuis bien longtemps ce grand rendez-vous dans son agenda personnel. Il était hors de question pour lui de s’éclipser sans un ultime fait d’armes, histoire de procurer de la joie à ses compatriotes, comme il avait pu le faire avec les fidèles de San Siro ou lors de ses premières années à Kiev.

Sa motivation était donc au plus haut et elle l’a aidée à surmonter bien des écueils afin d’être prêt pour cette compétition à domicile. « C’était particulier parce que c’était mon dernier grand tournoi. Et devant nos supporters en plus. J’avais beaucoup de problèmes physiques durant les dernières années de ma carrière, et il me tenait à cœur de briller dans cette compétition, confirme-t-il à Goal. J’ai tout fait durant les quatre derniers mois pour retaper mon corps en vue de cette compétition et aussi être prêt mentalement. Et au final, je l’étais. J’ai joué un tournoi comme lors de mes plus belles années. »

Parti par la grande porte

Lors de ce qui était sa toute première participation à l’Euro, l’Ukraine n’a pas franchi le cap des poules. Tombée dans un groupe relevé où figurait l’équipe de France et l’Angleterre, elle dû se contenter de trois matches seulement. Mais, elle a quand même eu le mérite de remporter celui qu’elle devait gagner à tout prix. Le premier joué contre la Suède au Stade Olympique. Un succès acquis sur le score de 2-1 et à la faveur d’un doublé de…mister Shevchenko. « C’était spécial parce qu’on a gagné et aussi parce que j’ai marqué. Je me suis vraiment senti au top physiquement ce soir-là. Et j’étais vraiment très content de ma performance », nous confie-t-il à propos de cette soirée magique.

Et comment ne pas être content alors qu’il a répondu présent au moment où on l’attendait le plus ? Marquer un doublé dans cette compétition, aucun joueur aussi âgé ne l’avait fait avant lui. Et il n’y a que l’Autrichien Ivica Vastic qui avait trouvé le chemin des filets dans cette épreuve continentale en ayant soufflé plus de bougies (38 ans, lorsqu’il a marqué à l’Euro 2008). C’était un rendez-vous avec l’histoire, dans une atmosphère indescriptible. Encore aujourd’hui, l’intéressé se félicite de l’avoir idéalement négocié : « C’était énorme. Evoluer dans un stade rempli, devant tant de supporters qui nous soutenaient, c’était exceptionnel. C’était très excitant. En plus, j’ai marqué et mes deux buts nous ont permis de l’emporter. Je ne pouvais jamais imaginer quelque chose de plus beau dans ma vie. Surtout à cet âge ».

Un attachement viscéral à son pays

Shevchenko était d’autant plus comblé qu’il avait fait beaucoup d’efforts pour être d’attaque le jour J. C’est même dans cette optique qu’il avait choisi de retourner dans son pays dès 2009, plutôt que de continuer à cirer le banc de l’AC Milan ou de Chelsea. « C’était important pour moi de finir ma carrière dans mon club, souligne-t-il à ce sujet. Et je me suis entrainé dur pour être compétitif, en jouant notamment la Ligue des Champions et la Ligue Europa. On avait une bonne équipe et qui jouait un bon football. On est d’ailleurs allés loin en Ligue Europa en 2010/2011, échouant de justesse contre Braga en quarts de finale. Donc, pour moi, c’était un retour positif au pays ». Un retour convaincant en effet, et qui fut symbolisé par 23 buts marqués. Soit plus de deux fois le total cumulé lors des trois années précédentes (9 buts seulement entre 2006 et 2009).

Shevchenko a réussi son pari, et c’était aussi une réponse à ceux qui l’avaient critiqué. Les détracteurs qui l’ont jugé comme un joueur fini, en mettant sa présence dans la liste des 23 ukrainiens sur le compte d’une faveur qu’on lui aurait accordée pour les services rendus à la patrie. L’ancien rossonerro a donc fait clouer quelques becs, même s’il assure que ce n’est pas du tout avec cet état d’esprit revanchard qu’il s’est présenté à la compétition. « Non, j’ai joué pour l’équipe, les supporters et le pays et non pour faire taire les critiques. Ces critiques ne me préoccupaient pas. J’ai joué pour moi et pour ma patrie, le reste je n’y prêtais pas attention », nous a-t-il assuré.

Au final, et même s’il aurait aimé aller encore plus loin dans l’épreuve, Sheva a pris beaucoup de plaisir durant cet été-là. Des moments de bonheur qui ont une saveur différente par rapport à ceux qu’il avait expérimentés avec ses clubs respectifs.  « Oui, ce n’est pas la même chose. On ne peut pas comparer. Personnellement, j’ai ressenti beaucoup de plaisir, que ça soit en sélection et en club. Et j’ai toujours essayé de faire de mon mieux peu importe le maillot que j’enfilais, mais si on peut distinguer une particularité quand tu joues en sélection, c’est le degré de fierté que l’on ressent ».

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Au tour de Sheva le coach de briller

Une fierté qu’il aurait aimé connaitre plus souvent lors des tournois majeurs de nations. « À de nombreuses reprises on a été très proches d’y participer avec l’Ukraine. Nous avons souvent échoué en matches barrages, se souvient-il. Mais c’est le football, et il faut l’accepter. Le football n’est pas fait que de victoires et de joies. On a beaucoup tenté et essayé, et à la fin nous avons été récompensés par cette participation à la Coupe du Monde 2006 où nous avons atteint les quarts de finale. C’était un grand accomplissement. Certes, il aurait été mieux de jouer plus de compétitions de ce genre, mais il n’y a pas de regrets. Je n’en ai jamais eu d’ailleurs par rapport à ce que j’ai fait durant ma carrière ».

C’est donc sans amertume que le natif de Dvirkivshchyna se retourne et contemple son parcours de joueur. Au contraire, il est fier de ce qu’il a réalisé. Et au même titre il est fier de ce que son pays a montré en 2012 et la façon dont il a organisé l’Euro. « Il y avait beaucoup d’enthousiasme chez les gens. C’était un grand évènement pour l’Ukraine et la Pologne. Tout le monde était très excité. Vous savez, chez nous, les gens sont très accueillants, hospitaliers et durant cet évènement ils l’ont prouvé ».

L’histoire de Shevchenko avec la « Golovna Komanda » s’était donc achevée il y a neuf ans. Mais, quatre ans plus tard, elle a repris quand il a été nommé sélectionneur. Et dans ce rôle, il fait un travail tout aussi remarquable, marqué par la qualification pour l’Euro 2020 ainsi que plusieurs résultats impressionnants comme le succès contre le Portugal en 2019 ou le nul ramené du Stade de France face aux Bleus en automne dernier. Un parcours qu’il va essayer de confirmer cet été à l’occasion de l’Euro 2020. Qui sait, lors des prochaines semaines, Sheva le coach arrivera peut-être à faire oublier, ne serait-ce que provisoirement, Sheva le joueur.