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La France compte sur eux - Deschamps, l'atout maître des Bleus

Si on pouvait faire un saut dans le temps, il serait plus que tentant d'être au 10 juillet prochain pour connaitre le lauréat de l' Euro 2016 . Cette grande compétition continentale occupe l'esprit de tous ceux qui aiment le football en France depuis plus de six ans maintenant. Le déroulement du tournoi et les nombreuses affiches au programme génèrent beaucoup d'attente, mais la curiosité principale consiste surtout à savoir quelle sera la nation qui soulèvera le fameux trophée Henri Delaunay. 65 millions de Français espèrent voir les Bleus triompher. Les Tricolores peuvent compter sur le meilleur des guides dans cette quête de gloire avec  Didier Deschamps . Portrait d'un prédestiné aux ambitions illimitées et au pragmatisme légendaire.

SOMMAIRE
- Les Bleus sur les bons rails
- Un gagneur né
- La relance après l'échec
- La chance l'a toujours accompagné
- Un bilan avec les Bleus en trompe l'oeil
- Un amoureux de la discipline et de la rigueur
- L'entente cordiale avec Le Graët

Grâce à lui, les Bleus se sont remis sur les bons rails

Au poste depuis 2012, DD possède, certes, toujours un palmarès vierge en tant que sélectionneur. Mais ce qu'il a réussi à construire, en l'espace d'à peine quatre ans avec sa sélection, d'autres ont mis une éternité à le mettre en place. Le technicien bayonnais a même réussi là où la plupart de ses prédécesseurs ont échoué, à savoir ramener la discipline et réinstaurer un esprit de groupe. Les bases de travail solidifiées, il s'est aussi attelé à redonner un visage compétitif à une sélection en perte de vitesse et qui, en dépit d'un Euro 2012 plutôt satisfaisant, ne faisait plus peur à personne. Oui, tout n'a pas été rose et il y a eu même quelques couacs mémorables (ndlr, tournée sud-américaine ratée en 2013, défaites en Ukraine et en Albanie), mais avec Deschamps à ses commandes, la France a su à chaque fois repartir de l'avant, comme si il lui était devenu impossible de durer dans la médiocrité. 

La place de quart de finaliste obtenue au dernier Mondial n'est pas la meilleure performance de l'histoire des Bleus dans cette compétition. Par le passé, ils avaient fait mieux à quatre reprises. Toutefois, au vu du contexte et aussi du chemin qui a été parcouru, le résultat obtenu en terre brésilienne est un accomplissement de taille et pour lequel tout le monde aurait signé quelques mois auparavant. Deschamps a donc rendu possible ce que l'on qualifiait d'improbable et il s'en est même fallu d'un rien pour qu'il ramène la France dans le Top 4 mondial. Cela s'est joué à un détail - un marquage défaillant sur un coup franc - et cela en dit long sur le niveau auquel a su se hisser cette équipe. Naturellement, le mérite revient en premier lieu aux joueurs, mais il ne serait pas exagéré de dire qu'avec un autre coach, les Tricolores ne seraient peut-être pas allés aussi loin.

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Compétiteur dans l'âme et un gagneur né

Concrètement, qu'est-ce qui fait la force de Deschamps ? Pourquoi les challenges les plus délicats paraissent subitement moins inabordables lorsqu'il est présent ? Et quel est cet atout supplémentaire dont il jouit par rapport à ses confrères et qui lui permet de réussir partout où il passe ? Les réponses à toutes ces questions peuvent être résumées en un seul mot : la gagne. Avec lui, ce terme, qui est souvent galvaudé ou mal utilisé, prend tout son sens. DD est un vainqueur, un compétiteur dans l'âme et une personne qui abhorre l'échec indépendamment de l'endroit où il se trouve ou de la fonction qu'il exerce. Il n'a d'ailleurs pas attendu d'être sélectionneur ou entraîneur pour tirer tout le monde vers le haut. C'était déjà sa qualité première lorsqu'il était joueur. "Il était déjà leader, même si à l'époque, il était complètement diffèrent. Il y avait beaucoup de leaders dans l’équipe, et il voulait faire le maximum et avait l’envie d’aller plus loin surtout dans la communication sur le terrain" , raconte Manuel Amoros, son ex-coéquipier à l'OM et en Equipe de France, à Goal .

À dire vrai, il n'y a peut-être personne dans le paysage footballistique français, qui incarne mieux la victoire que lui. Plus qu'un champion, c'est un précurseur, quelqu'un qui, de par son état d'esprit conquérant, a été le premier à repousser les limites et mener le football français vers des horizons qui lui semblaient jusque-là inaccessibles. La description est osée ? Pas lorsqu'on se rappelle qu'il a été le premier capitaine français à soulever une Ligue des Champions , et une Coupe d'Europe tout court, et que c'est aussi lui qui, un soir de 12 juillet 1998, a reçu des mains de Jacques Chirac le plus beau des trophées, la Coupe du monde, celui dont tout l'Hexagone rêvait. En tant qu'entraîneur, il n'était pas loin également de devenir le premier français à brandir la coupe aux grandes oreilles. En ces nombreuses et impressionnantes réussites, il est difficile de ne voir qu'une simple coïncidence. Deschamps est quelqu'un d'ambitieux, qui ne se contente pas de peu et qui, surtout, n'abandonne jamais au premier obstacle. En somme, toutes les vertus d'un gagneur né. 

Il sait rebondir après des échecs

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la carrière de Deschamps n'a pas été un long fleuve tranquille. Il a même traversé des périodes très difficiles, y compris sur le plan personnel, et qui auraient pu l'amener à jeter l'éponge ou, du moins, le dévier de ses objectifs. On pense principalement à ce drame qu'il a vécu à 19 ans (en 1987) avec la perte de son frère ainé, mort dans un accident d'avion. "On vit avec. On vit sans, surtout [...]. Ça fait partie des drames, des coups durs de la vie. Mais on n'oublie pas, ça reste marqué à vie", déclarait-il à ce sujet il y a quelques années. Prendre sa revanche sur le destin en cherchant constamment la perfection, un leitmotiv des plus louables pour l'actuel sélectionneur des Bleus.

Les coups durs, DD en a également connus sur le plan sportif. Comme joueur, il a, par exemple, été très moyen à l'occasion de la première saison à l' OM (1989-90). Au sortir de cette campagne, il dû partir provisoirement partir à Bordeaux pour se relancer. Ce n'était finalement qu'un contretemps et la suite de son histoire marseillaise a ressemblé à un véritable conte de fées. Ses premiers pas comme coach, lors de la saison 2001-02, ont été encore plus compliqués. Installé sur le banc de l'ASM, en remplacement de Claude Puel, il n'a connu le succès qu'au bout de six matches. On connait la suite, avec cette belle épopée en C1 en 2004. Ce sont là des preuves de la persévérance qu'il pouvait avoir ainsi que la volonté constante de laisser une trace positive même si les circonstances ne lui sont pas favorables.

Le facteur chance ne l'a jamais abandonné

Dans le classement des sportifs français les plus titrés, Deschamps a assurément une place de choix. Son talent, ses compétences et son sérieux sont pour beaucoup dans son ascension. Si le natif de Bayonne a réussi à garnir autant son palmarès, c'est aussi parce qu'il a souvent été au bon endroit et au bon moment. C'est impossible de le démontrer noir sur blanc, mais le fait qu'une bonne étoile a veillé (et veille toujours) sur DD tout le long de son parcours tombe sous le sens. Cette petite dose de chance qui parfois peut faire d'énormes différences. Une vieille maxime dit que la "réussite, ça se provoque". Dans le cas du sélectionneur tricolore, on peut constater que c'est on ne peut plus vrai et que, depuis sa découverte du monde professionnel, les étoiles, au-dessus de lui, ont souvent été parfaitement alignées.

Le dernier exemple de la "baraka" qui accompagne Deschamps c'est le tirage du dernier Euro. La France aurait pu être reversée dans un groupe très relevé, mais elle a, au final, bénéficié de la poule la plus abordable (Roumanie, Suisse et Albanie). La thèse du hasard ne tient plus et Rio Mavuba, l'ancien international, a même invité le patron tricolore "à jouer au loto". On ne sait pas si ce dernier a suivi ce conseil. En revanche, on sait qu'il serait très heureux si la réussite continuait à lui sourire pendant encore quelques mois. Car à l'occasion d'un tournoi aussi difficile qu'un championnat d'Europe, ce n'est jamais un luxe de trop. La notion reste relative et il serait risqué de nourrir trop d'espoirs de ce côté-là - d'autant que la chance se provoque - mais il vaut mieux avoir Deschamps dans son camp que dans celui des adversaires.

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Un bilan statistique en trompe l'œil avec les Bleus

Jusqu'ici, il parait évident que Deschamps est l'un des meilleurs sélectionneurs possibles pour l'Equipe de France. Mais, à côté de cette impression générale il y a aussi la réalité des chiffres et celle-là ne plaide pas forcément en sa faveur. Au nombre de points obtenus et de pourcentage de victoires, l'ancien coach de l'Olympique de Marseille présente le plus mauvais bilan (à égalité avec Raymond Domenech) par rapport à ses quatre prédécesseurs au poste. Il est même celui qui a connu le plus de défaites (10) durant ses trois premières années passées à la tête des Bleus. Des statistiques qui ne peuvent être passées sous silence, mais qui sont tout de même à minimiser. Et pour cause, de tous ses revers, il n'y en a que trois qui ont été concédés lors de matches à enjeux (Espagne, Ukraine et Allemagne). Manuel Amoros voit dans la carrière de joueur de Deschamps une explication de ses facultés à tirer le meilleur de son groupe : "Avoir été joueur est une qualité qui peut le servir, parce qu’il a participé à des grandes compétitions, il connait l’approche d’une grande compétition. Je pense qu’il sait comment aborder ces grands évènements et mettre en confiance certains joueurs. Il sait ce qui peut être compliqué dans la préparation mentale."

Contre la Roumanie, le 10 juin prochain, les Tricolores disputeront leur premier match de compétition depuis deux ans. C'est à partir de cette date-là que Deschamps pourra vraiment être jugé. Il est toujours possible d'évaluer son travail depuis la dernière Coupe du Monde, mais le faire à travers la lecture des résultats s'apparente à un exercice inutile. Comme toute sélection qualifiée d'office pour une grande compétition internationale, la France a surtout donné la priorité durant cette période à la construction d'un groupe, ou plus précisément à son essor, et cela ne va pas nécessairement de pair avec l'obligation d'enchaîner les résultats positifs. Avec l'expérience qui est la sienne, DD sait qu'il est aussi possible de progresser à travers des défaites et en tirer les leçons pour des échéances plus importantes. C'est ce qu'Aimé Jacquet, l'un de ses mentors, a notamment fait en 1998. Le faux-pas contre la Russie, à deux mois du Mondial, a été profitable au groupe tricolore, dont Deschamps était d'ailleurs le capitaine.

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Il ne badine pas avec la discipline et la rigueur

Dans la préparation de ce grand évènement, Deschamps n'omettra certainement aucun détail. C'est sa manière de fonctionner depuis qu'il exerce dans ce métier. Pragmatique à toute épreuve : telle est l'approche avec laquelle il opère. D'aucuns relèveront qu'il s'agit aussi d'un défaut et que cela limite son champ d'action lorsque les choses tournent mal ou quand les imprévus se succèdent. Mais c'est ainsi qu'il a toujours œuvré, quitte à être pris de court. La fin difficile de son passage à l'Olympique de Marseille en est la preuve. Cela ne signifie pas qu'il ne sait pas innover ou s'adapter aux circonstances, simplement qu'il reste fidèle à sa ligne directrice et qu'il n'est pas disposé à déroger à ses principes à la moindre complication. Cette manière de fonctionner séduit auprès de ses confrères. Jean-Marc Furlan, l'ex-coach de Troyes, a évoqué pour Goal cette caractéristique : "Son pragmatisme, c’est une force pour un sélectionneur. J’ai souvent dit que le meilleur sélectionneur que l’équipe de France pourrait avoir c'est Deschamps. Quand vous avez six matches par an, la pression est multipliée par 10. Didier correspond parfaitement à cette idée de trouver les solutions très rapidement pour gagner LE match ponctuel."

Samir Nasri ou encore Dimitri Payet pourront attester du côté inflexible de Deschamps. S'il juge qu'un élément nuit à l'équilibre général, il n'hésite pas à le mettre à l'écart, quel que soit son talent. La notion de "groupe" n'est pas sans importance et il fait tout pour la faire respecter. Il n'est pas interdit de penser que son taux de victoires aurait été plus important s'il s'était entouré à chaque fois des meilleurs. Mais aurait-il vraiment duré sur le banc s'il n'avait pas été constamment à l'écoute de son instinct et qu'il ne s'était pas montré aussi à cheval avec la discipline ? Probablement pas. Furlan acquiesce : "Quand tu es entraîneur, il faut avoir une identité constructive sur 3 mois, 6 mois, un an… Tandis que quand tu es sélectionneur, ce pragmatisme est très important pour très rapidement fédérer les joueurs derrière ton système, et Deschamps sait parfaitement le faire".  "Il a du charisme et c'est essentiel pour le métier de sélectionneur" , note de son côté Amoros. Deschamps fait partie de ces techniciens qui savent où ils vont et qui, en même temps, dessinent la meilleure route pour y parvenir.

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Il refuse l'autorité quand elle est envahissante

Le sélectionneur français est un personnage à part, et parfois il arrive que ses idées ne soient pas compatibles avec celles de ses employeurs. Çela a même été le cas à plusieurs reprises durant sa carrière. De nature calme et patient, Deschamps peut aussi montrer son fort tempérament s'il juge qu'il a été lésé ou trompé d'une quelconque manière. Et le temps qu'il retrouve ses esprits et reconnaisse ses torts, cela peut être déjà trop tard. C'est pour cette raison qu'il n'est pas resté plus d'un an à la Juventus de Turin (2006-07). En conflit avec le directeur sportif (Alessio Secco) au sujet du plan de recrutement, il s'était empressé de déposer sa démission. Un choix qu'il a ensuite avoué avoir regretté :  "J'ai fait des erreurs, avouait-il en 2012. J'en ai fait dans le passé et j'en ferai dans le futur, mais j'espère le moins possible. C'est ce qui arrive quand vous devez faire des choix. Ça été une erreur de partir. Si je pouvais revenir en arrière, je ferais les choses différemment".

Avec la Vieille Dame, l'expérience a donc été très courte, contrairement à ses passages à Monaco et à Marseille, où il est resté respectivement quatre et trois ans. Toutefois, aussi bien en Principauté que dans la cité phocéenne, le divorce a été douloureux. Avec l'ASM, il s'est senti abandonné lorsque les résultats ont commencé à se détériorer. Et à l'OM, en plus d'une spirale devenue négative au milieu de sa troisième saison au club, il a dû faire face à des pressions et critiques internes de la part de José Anigo. La cohabitation entre les deux hommes était devenue impossible et Deschamps a logiquement fait le choix de claquer la porte. Contrairement à celui qu'il avait fait à Turin, il n'a pas du tout regretté ce choix. Cet épisode a mis en lumière le fait que DD ne supporte pas l'ingérence dans son travail, de même qu'une autorité intempestive de la part de ses supérieurs.

Avec Le Graët, c'est l'entente cordiale

Fort heureusement, avec l'Equipe de France, Deschamps n'a pas eu à faire face à ce genre de soucis. Depuis qu'il a pris la place de Laurent Blanc en 2012, il a pu exercer dans les meilleures conditions possibles et cela s'explique par son excellente entente avec Noël Le Graët, l'homme fort de la fédération. Ils sont souvent sur la même longueur d'onde et chacun témoigne à l'autre une très grande estime. La manière dont a été gérée la prolongation de contrat du sélectionneur en février 2015 illustre à merveille cette relation. L'affaire Karim Benzema et le fait que DD a laissé son président comme seul décideur est aussi une preuve d'une confiance réciproque. Cela peut paraitre anodin, mais c'est aussi l'une des clés de la réussite d'une équipe.

Homme de base et premier atout des Bleus, Didier Deschamps va mener son groupe dans la quête d'un deuxième titre européen sur ses terres. La recette est connue de tous et à l'image de son sélectionneur : humilité, pragmatisme et travail. En cas de succès, il sera alors l'heure de penser aux festivités. Il lui reste un peu plus de trois mois pour trouver la formule qui lui permettra de cultiver son image de gagneur. La France ne demande que ça.

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