Conakry GuineaGetty Images

Guinée-Maroc : Cinq fois où la politique a sali le football

1960 : Franco refuse que l'Espagne affronte l'URSS

En 1960, l'UEFA décide d'organiser pour la première fois un Championnat d'Europe des nations. A l'époque, le format est différent de celui d'aujourd'hui. La phase finale ne comporte que quatre équipes et pour y accéder, il faut franchir deux tours en matches aller-direct : les huitièmes et les quarts de finale.

Lors du tirage au sort des quarts de finale, l'équipe d'Espagne doit affronter l'URSS dont le match aller est prévu à Moscou en mai 1960.

Franco, qui dirige alors l'Espagne d'une main de fer, refuse que l'Espagne se rende en URSS. Pour le dictateur, l'URSS a soutenu ses adversaires, les Républicains, lors de la Guerre civile espagnole (1936-1939).

Dans une déclaration faite à l'agence Tass, la Fédération soviétique de football « exprime son indignation profonde devant l'intervention brutale des autorités franquistes qui ont interdit aux footballeurs espagnols de rencontrer ceux de l'URSS ».

Sans même attendre l'éventuel match retour, l'UEFA disqualifie l'Espagne pour son refus de jouer en URSS et valide la qualification de l'équipe soviétique sur tapis vert.

Ironie du sort, quatre ans plus tard, l'Espagne s'imposera en finale de l'Euro, à Madrid, face à l'URSS…

1973 : l'URSS contre Pinochet

21 novembre 1973, en barrage intercontinentale des éliminatoires de la Coupe du monde 1974, le Chili doit recevoir l'URSS. Mais sur le terrain, il n'y a qu'une seule équipe : celle du Chili, les joueurs soviétiques n'ayant pas fait le voyage.

La raison ? Le 11 septembre 1973, le président Salvador Allende, élu démocratiquement, est destitué à la suite d'un coup d'état mené par le Général Pinochet. Dès le 12 septembre, l'Estadio Nacional de Santiago du Chili est transformé en camp de concentration.

Malgré ces tragiques événements, le barrage aller, à Moscou, se joue normalement le 26 septembre 1973 et les deux équipes se quittent sur un match nul 0-0.

La FIFA donne son feu vert pour le match retour après l'envoie d'une mission d'observation au Chili : « Nous avons trouvé que le cours de la vie était normal, il y avait beaucoup de voitures et de piétons, les gens avaient l'air heureux et les magasins étaient ouverts », peut-on lire dans le rapport surréaliste de la FIFA.

L'URSS demande que le match se déroule sur un terrain neutre mais cette requête est rejetée. Après ce refus, l'URSS ne se rend pas au Chili.

Pinochet vide le stade de ses prisonniers le temps d'accueillir le match et le 21 novembre 1973, l'arbitre donne le coup d'envoi. Sans opposition, le Chili marque dans le but vide et l'arbitre siffle aussitôt le coup de sifflet final. La FIFA disqualifie l'URSS et attribue la victoire du Chili sur tapis vert avec un score de 2-0.

1990 : Un coup d'état empêche la finale de la Coupe des Caraïbes

22 juillet 1990, Trinité-et-Tobago est en fête : le pays accueille la huitième édition de la Coupe caribéenne des nations. Mais la compétition n'ira jamais à son terme.

Le 27 juillet, alors que l'on joue les derniers matches de la phase de groupes, un coup d'état est mené par la Jamaat al Muslimeen. Le tournoi est abandonné et la finale entre Trinité-et-Tobago et la Martinique ne sera jamais jouée. Les mutins seront quant à eux vaincus par le gouvernement le 1er août 1990.  

CAN 2010 : le Togo victime d'un attentat

Le 8 janvier 2010, deux jours avant le début de la Coupe d'Afrique des nations, le car de l'équipe nationale du Togo se rend en Angola, pays hôte de la compétition.

En chemin, la délégation togolaise traverse la Cabinda, une région dans laquelle agit un groupe séparatiste, le Front pour la libération de l'enclave de Cabinda - Position militaire (FLEC-PM). Des hommes du FLEC-PM mitraillent le car togolais faisant trois morts et neuf blessés.

Les victimes sont Amélété Abalo (entraîneur adjoint de l'équipe nationale togolaise de football), Stanislas Ocloo (commentateur sportif pour la télévision togolaise) et Mário Adjoua (chauffeur de bus d'origine angolaise).

Après cet attentat, le gouvernement du Togo demande à ses joueurs de ne pas prendre part à la compétition.

A la suite de ce forfait, le Togo est suspendu pour les deux prochaines Coupes d'Afrique des nations et écope de 50 000 $ d'amende par la Confédération africaine de football. Devant l'indignation mondiale suscitée par cette sanction honteuse, la CAF lèvera par la suite la suspension du Togo.

De 1978 à 2019 : les caprices de la Corée du Nord 

Depuis 1948, la Corée est coupée en deux parties : la Corée du Nord et la Corée du Sud.

Dictature communiste dirigée par la famille Kim (Kim Il-sung puis Kim Jong-Il et enfin Kim Jong-Un), la Corée du Nord fait régulièrement parler d'elle pour son ingérence dans le football.

Ainsi, elle déclare forfait pour les éliminatoires de la Coupe du monde 1978 car elle était placée dans le même groupe que la Corée du Sud.

Se retrouvant souvent dans le même groupe des éliminatoires que son voisin, plusieurs matches devant se jouer en Corée du Nord seront délocalisés en Chine. La Corée du Nord refuse en effet de faire retentir dans son stade national l'hymne sud-coréen et de faire flotter le drapeau de la Corée du Sud.

En octobre 2019, la Corée du Nord accepte enfin de recevoir la Corée du Sud dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde 2022. Un match sans public, sans journaliste et qui n'est pas retransmis à la télévision.

La star sud-coréenne Heung-min Son sera d'ailleurs très choquée par le comportement de l'équipe adverse : « Le match était très agressif et rentrer sans être blessé constitue déjà un exploit. Les Nord-Coréens étaient vraiment à cran. Il y avait beaucoup de sales insultes. C'était comme la guerre. »

Publicité
0