Après un premier tour plutôt poussif en termes de rendement, les Bleus ont su monter en puissance pour s'inviter avec beaucoup de mérite dans le dernier carré de la compétition. Un joueur symbolise parfaitement ce réveil, c'est Antoine Griezmann. Malgré son but salvateur inscrit contre l'Albanie (2-0), le Mâconnais a traversé la phase des poules de manière fantomatique. Mais, il a su ensuite endosser avec classe le costume qui lui sied à merveille, celui du principal danger tricolore. Une métamorphose qui tombe à pic et qui n'aurait peut-être pas été possible sans une modification de sa position sur le terrain.
Un déclic à la mi-temps du match contre l'Eire
Comme tout joueur hors norme, Griezmann aime les grands soirs. Les matches à élimination directe, ceux où les braves se mettent en évidence, l'inspirent beaucoup plus que les rencontres à moindre enjeu. Est-ce la seule explication à son impressionnant rebond ? En fait, Griezmann est bien mieux depuis qu'il a pu couper, se régénérer physiquement et retrouver un second souffle au sortir d'une saison éreintante (62 matches). Et, il y a donc aussi et surtout son changement de rôle décidé par Didier Deschamps. Après avoir entamé la compétition en tant qu'ailier droit dans un système en 4-3-3, il a été replacé comme second attaquant axial en 4-2-3-1, juste derrière l'avant-centre Olivier Giroud.

Ce remaniement tactique est survenu à la mi-temps du match contre l'Eire en huitièmes de finale (2-1) et c'est à partir de ce moment-là que l'influence du numéro 7 tricolore s'est accrue (voir graphique ci-dessus) et que ses statistiques ont explosé. En 135 minutes jouées dans sa nouvelle position, Griezmann a pu trouver le chemin des filets adverses à trois reprises et délivrer une passe décisive. Certes, les chiffres ne disent pas toujours tout, mais ils sont suffisamment parlants. Et, il n'en faut pas plus pour tirer le constat que c'est bien dans ce registre là qu'il est le plus efficace, le plus à l'aise et le plus à même d'exploiter les qualités de ses coéquipiers.
Il a retrouvé sa position de l'Atlético
Logiquement, Griezmann est le premier à corroborer la thèse d'une rentabilité plus importante dans l'axe. "À droite ou dans l'axe, je donnerai le maximum. Mais, c'est vrai que dans l'axe c'est là où j'ai le plus de repères, là où j'ai joué la plupart du temps cette saison avec l'Atletico", déclarait-il au lendemain du match contre l'Eire qui l'a vu réussir un doublé, manquer le triplé d'un rien et provoquer l'expulsion du défenseur central adverse. En effet, avec son club espagnol, il est habitué à évoluer dans ce registre précis. Son entraineur Diego Simeone avait, lui aussi, tenté au début de le mettre sur un côté, avant de changer d'avis et de confirmer qu'il n'était jamais aussi efficace que lorsqu'il se retrouve derrière l'attaquant de pointe ou quand il lui tourne autour.

Quand il est entre les lignes, il exprime pleinement sa technique de mouvement. On le voit mobile, fuyant et grandement à l'aise balle au pied. En somme, il se promène avec une latitude totale dans sa zone. Il a aussi des ouvertures précises, un jeu à une touche et peut profiter des longues courses qu'il affectionne. Pour les défenseurs adverses, minimiser son impact s'apparente dès lors à une tâche des plus ardues. Son coéquipier Adil Rami l'a confirmé après le match contre l'Eire : "À ce poste-là, c'est compliqué pour les centraux, parce qu'il n'arrête pas de courir. Il leur faut toujours être attentif, il va vite. Il est technique et malin."
Avec Giroud, ils s'entendent de mieux en mieux
Jouer en deuxième attaquant présente aussi un autre avantage pour Griezmann. Celui de pouvoir combiner avec son partenaire Olivier Giroud. Contre les Irlandais, et surtout face aux Islandais, l'entente entre les deux hommes est apparue parfaite. Ils se trouvaient les yeux fermés et chacun mettait en valeur le point fort de l'autre. Griezmann offre de vrais caviars à son coéquipier, que ça soit sur les services dans les pieds ou ceux joués en profondeur. Et le Gunner sert de point d'appui au Mâconnais quand il décroche, à travers des déviations parfaitement senties. C'est donnant-donnant et c'est toute l'Equipe de France qui en profite. "Quand on est deux devant, ça crée plus d'incertitudes pour les défenseurs", se félicitait l'ancien montpelliérain il y a quelques jours. Héros du premier tour, Dimitri Payet aurait pu souffrir de cette complicité, mais contre l'Islande, on a vu que le Réunionnais pouvait, lui aussi, maintenir son influence. Le but de 3-0, sur lequel et Giroud et Griezmann sont impliqués, est la preuve que le trio s'est senti comme un poisson dans l'eau lors du dernier match.

Le dernier point à relever concernant Griezmann c'est qu'il n'a plus besoin de multiplier les allers et retours dans le couloir et venir couvrir les éventuelles montées de Bacary Sagna. Même s'il n'a jamais rechigné à faire ces efforts, cette activité débordante est coûteuse en énergie. Et ce n'est pas sans conséquence sur son travail aux avant-postes, car il perd de la fraicheur et de la lucidité. De plus, en phase de possession, avec sa propension naturelle à repiquer dans l'axe, il lui arrive de laisser des espaces, qui ne sont pas systématiquement comblés. L'intéressé l'a d'ailleurs reconnu à demi-mot lors de son unique rendez-vous avec la presse à Clairefontaine : "je laisse un boulevard dans lequel le latéral gauche (adverse) peut s'engouffrer. Ça fait un peu décaler tout le monde. Quand je suis dans l'axe, je suis vraiment libre".
Face à la Nationalmannschaft et son potentiel, et devant l'importance de bien défendre lors de ce match, et donc de s'appuyer sur une sentinelle, Deschamps est face à un choix : rester en 4-2-3-1 et mettre Griezmann dans les meilleures dispositions, ou revenir au 4-3-3, quitte à remettre son attaquant dans l'inconfort.
