L'Equipe de France défie le Portugal dimanche soir en finale de l'Euro. Pour tous les acteurs concernés, il s'agit d'un rendez-vous exceptionnel et qui pourrait ne plus se représenter. Surtout pour les joueurs qui sont plus proches du crépuscule de leur carrière que du début. L'inusable Patrice Evra fait partie de cette catégorie-là. À 35 ans, et même s'il avait laissé croire le contraire dernièrement, le chevronné défenseur gauche va peut-être vivre sa dernière grande rencontre avec les Bleus. Pour lui, et plus que pour n'importe qui d'autre certainement, il est inimaginable qu'elle puisse se conclure par autre chose qu'une victoire.
Même dépossédé du brassard, il reste un patron
Douze ans. C'est la période qui nous sépare de la première cape internationale d'Evra. A l'époque, les Bleus s'apprêtaient à disputer l'Euro 2004 au Portugal et des joueurs comme Marcel Desailly ou Bixente Lizarazu étaient encore en activité. C'est dire le vécu de ce joueur. Un vécu d'autant plus louable qu'il a dû passer par de nombreuses secousses, y compris par la plus violente qu'a eu à subir le football français. Le Mondial 2010 et le désastre de Knysna, il en a même été désigné comme l'un des principaux responsables. Mais contrairement à d'autres, il a su s'en remettre et redevenir un élément clé de la sélection tricolore.
Aujourd'hui, Evra n'est plus le capitaine de sa sélection. Pourtant, bien qu'il ne l'ait porté qu'à cinq reprises, c'est comme si ce brassard ne l'avait jamais quitté. Ce ne serait pas une aberration, ni faire offense à Hugo Lloris, de souligner qu'il est le principal taulier de l'Equipe de France. Le meneur d'hommes qui harangue ses troupes, celui qui motive chaque partenaire avant les matches, tape aussi du poing sur la table lorsque ça va mal et remet tout le monde dans le droit chemin. Dans ce championnat d'Europe, le groupe tricolore est composé majoritairement de joueurs de moins de vingt-sept ans. Leur fougue explique en partie leur succès, mais on peut penser que sans un guide tel qu'Evra, leur rendement n'aurait pas été le même.

En France, il n'a toujours pas de vrai rival
L'ancien monégasque est un joueur à fort caractère. Et les mauvaises langues disent même que c'est à cette seule qualité-là qu'il doit encore sa présence en sélection. Que ses performances sur le rectangle vert ne sont pas aussi marquantes que ses discours dans le vestiaire. Il y a peut-être du vrai dans ces remarques. Mais le mérite d'Evra depuis toujours c'est de ne pas se prendre pour ce qu'il n'est pas et aussi de savoir faire son autocritique. Après la rencontre contre la Roumanie, en match d'ouverture de l'Euro, où son intervention manquée dans la surface avait failli coûter la victoire aux siens, il n'a pas manqué de reconnaître sa faute. "Le premier match, je suis déçu. Je crée le penalty pour la première fois de ma carrière", avait-il déclaré.
On lui a aussi, et très souvent, reproché de ne pas être aussi appliqué dans ses tâches défensives que sur ses montées aux avant-postes. Qu'il est donc meilleur contre-attaquant que défenseur et que ça ne s'arrange pas vraiment avec l'âge. Mais, personne n'est parfait et on montre du doigt Bacary Sagna, son pendant sur le côté droit, pour un style opposé. De plus, si Evra était si mauvais que ça, pourquoi personne n'est arrivé à le déloger, ne serait-ce que de sa place de titulaire ? Une demi-douzaine de joueurs ont eu leur chance (Clichy, Digne, Kurzawa, Trémoulinas, Mathieu) mais personne n'y est parvenu. C'est la preuve que finalement le natif de Dakar n'a pas encore de concurrent de niveau égal à son poste.
Il déçoit rarement lors des grands matches
A défaut d'être un excellent footballeur, Evra est un compétiteur hors pair. Il l'a prouvé tout au long de son parcours et c'est ce qui l'ai aidé à perdurer dans des clubs aussi huppés que Manchester United et la Juventus. C'est d'ailleurs cette caractéristique qui lui permet d'être souvent à la hauteur, voire même de dépasser les attentes générales lors des matches qui comptent. On se rappelle notamment de sa performance resplendissante en finale de la Ligue des champions 2008 (ndlr, Man United-Chelsea). Et pour ceux qui ont la mémoire courte, il n'y a qu'à évoquer le match de jeudi contre l'Allemagne où il a affiché une très belle solidité. "Pour les matches décisifs, je réponds toujours présent", rappelait-il orgueilleusement après le début de la phase à élimination direct du tournoi.
Cela tombe bien, dimanche se présente le plus important des rendez-vous et Evra aura l'occasion de faire définitivement taire tous ses contempteurs. Toutefois, et ça serait mal connaitre le bonhomme que d'affirmer qu'il s'agira de sa principale motivation. Non, pour ce France-Portugal, sa seule préoccupation sera de faire le meilleur match possible pour aider les Bleus à conquérir un titre qu'ils attendent depuis seize ans. Contribuer à une consécration continentale avec ce maillot pour lequel il a tant souffert serait pour lui la plus grosse des fiertés. Et ça serait également la meilleure des "happy ends" pour une carrière qui, quoi qu'on en dise, demeure l'une des plus impressionnantes du football français et à laquelle il ne manque justement qu'un trophée international.
