Ces dernières semaines, Marcel Desailly est passé maitre dans l'art de l'utilisation des réseaux sociaux. Sur Twitter, l'ancien défenseur de l'équipe de France régale par ses petites vidéos dans lesquelles il exprime son avis. Depuis qu'il a pris sa retraite en 2006, le Français profite de sa "liberté" pour donner son point de vue sur un football qu'il n'aimerait jamais quitter.
Quelle différence y-a-t-il entre être joueur dans une compétition qui se dispute à domicile et être consultant ?
Marcel Desailly : Ce sont deux vies différentes, deux positions différentes. D’un côté je vais vous dire que jouer une compétition en France est le rêve de tous les joueurs. Mais après une fois ce rêve passé vous cherchez à avoir un peu plus de liberté car vous êtes usé. Maintenant je suis libre. Je fais ce que je veux, je me couche à l’heure que je veux, je bois ma petite bière… La période où vous êtes dans le football, c’est une période intense, forte, que personne au monde ne peut vraiment comprendre. C’est particulier mais c’est excitant.
Quand on est joueur on ne savoure pas vraiment la compétition ?
C’est un plaisir professionnel de jouer une compétition à domicile. C’est une fierté de porter le maillot, mais on est obligé d’évacuer l’importance de porter ce maillot pour pouvoir s’exprimer sinon il y a trop de pression et ce n’est pas jouable. C’est ce que les joueurs essayent de faire constamment : essayer d'oublier les responsabilités pour pouvoir se focaliser sur les détails d’un match de football. Ce sont des moments particuliers. Je me rappelerais toujours lors de la demi-finale de Coupe du monde (face à la Croatie), c’était encore un match parmi tant d’autres. Oui c’était génial car on était en finale, mais après le match, les kinés, le coach, le staff nous a dit ‘les gars, c’est le moment maintenant de bien récupérer’. Cela faisait un mois et demi qu’on essayait de récupérer. C’est notre job, mais en fait on vit la compétition par l’intermédiaire de nos familles au téléphone. On sent qu’elles s’éclatent avec nos copains, nos enfants qui se maquillent. Mes enfants après les matches me disaient : ‘Papa, tu as gagné, viens faire la fête avec nous’. Je répondais que ce n’était pas possible car j’avais gagné justement. Je n’ai pas vécu la Coupe du monde, je l’ai vécue à travers des témoignages.
Vous avez plus d’émotion maintenant à l’approche de l’Euro ?
Je suis comme un fou pour voir l’équipe de France gagner, pour moi aussi vivre des moments comme ça. Je veux vivre ce que monsieur tout le monde a vécu. Quand je parle à des gens, ils ont encore de l’eau dans les yeux, 18 ans après cette Coupe du monde… 18 ans après ! Moi aussi je veux pleurer. Je veux voir les joueurs avec une petite larme dans les yeux. Je ne connais pas ça moi. C’est la réalité, mais tout le monde ne peut pas comprendre.
Vous comprenez alors les joueurs qui essayent d’évacuer très vite les polémiques ?
Vous êtes obligé sinon c’est trop de pression. Je l’ai vécu, c’est une très grosse responsabilité. Il faut savoir se protéger. Il ne faut pas penser à ce qu’il se passe ailleurs. Vous représentez la nation et c’est un moment important. Vous pouvez donner du bonheur aux gens sur du court ou du moyen terme. J’espère simplement que la polémique de La Marseillaise ne va pas revenir encore une fois. On ne cesse de répéter que les joueurs doivent chanter. Mais il ne faut pas qu’ils chantent ! Il ne faut pas ! Vous ne comprenez pas que nous ne sommes pas des rugbymen. On ne va pas sur le terrain pour tout casser. Je ne vais pas à la guerre, je vais jouer au football. Il faut les laisser faire à leur manière car ils respectent le maillot.
C’est un peu ce qu’il s’est passé avec le Brésil en 2014 non ?
Ils se sont tués. Ils se sont tués avec ça. C’est un petit détail mais ils sont rentrés dans le jeu. Il ne faut surtout pas faire ça. Ils ont pensé au monde entier qui les regardait, la pauvreté au Brésil… d’un coup ils ont été responsables de tout. Ils ont tout pris d’un coup sur leurs épaules. Si vous prenez ces responsabilités-là, c’est fini. Et ça a été le cas avec le Brésil.
La préparation en 1998 n'a pas été facile pour vous, elle ne l’est pas pour l’équipe actuelle. Comment vivez-vous ça ?
Ils ont eu du temps et je pense que Didier Deschamps les a bien protégés. Je pense qu’on est à l’aise, on est serein. La grosse question c’est de savoir si Griezmann va tenir l’animation offensive. Il faut qu’il montre qu’il est le joueur phare de cette équipe de France. Autour de lui, il y a des sergents qui doivent le mettre dans de bonnes conditions.
Propos recueillis par Loïc Tanzi
