Joachim Löw Germany Deutschland Italien Italy UEFA EURO 02072016Getty Images

Le pari tactique réussi de Löw

S'il était assis dans son salon devant son écran ce samedi soir, Laurent Blanc a dû ressentir une pointe de jalousie en voyant Joachim Löw mener sa sélection allemande en demi-finale de l'Euro à la faveur d'un pari tactique que lui n'a pas su faire fructifier. En effet, le technicien allemand a réussi là où le Cévénol s'était manqué en avril dernier à l'occasion des quarts de finale de la Ligue des Champions, à savoir surprendre l'adversaire en faisant évoluer son équipe dans un inhabituel 3-5-2. Bien que les contextes et les circonstances divergent, on mesure parfaitement la différence entre un technicien sûr de son coup et rodé aux joutes internationales et un autre, adepte de la loterie et sans références au plus haut niveau.

L'Italie est restée longtemps impuissante

Le coach allemand est connu pour son côté flexible, son goût pour les changements d'un match à l'autre et dispose d'un vaste répertoire de solutions tactiques. Pourtant, parmi les observateurs, rares sont ceux qui auraient imaginé un tel coup de poker de sa part. Pour contrer les Italiens, il a voulu les affronter avec leurs propres armes, avec en plus cet effet de surprise, susceptible de mettre à mal le plan établi par son homologue Antonio Conte. Sans la main commise par Jérôme Boateng dans la surface à douze minutes de la fin, le scénario aurait même été parfait et on aurait, à l'unanimité, crié au génie.

Peu d'entraineurs auraient osé mettre Julian Draxler sur le banc à la suite de la superbe prestation que ce dernier avait livrée en huitièmes de finale contre la Slovaquie (3-0). Löw l'a fait. Afin de ne pas laisser les Azzurri en surnombre dans l'entrejeu et souffrir ainsi sur des éventuels contres, il a accepté de se passer d'un élément en pleine bourre et en mesure de créer la différence aux avant-postes. Etait-ce par souci de prudence ? Pas forcément, au vu de la latitude dont ont bénéficié Hector et Kimmich sur les côtés en phase offensive afin d'apporter du soutien à Mario Gomez et Thomas Müller. Même si un temps d'adaptation a été nécessaire, ses joueurs ont parfaitement adhéré à ce système.

À partir de la demi-heure du jeu, l'Allemagne a pris le contrôle des débats. Les Italiens ont été obligés d'évoluer très bas et si l'on excepte l'alerte de Sturaro en fin de première période, ils n'ont guère été menaçants devant. La Mannschaft, de son côté, devenait de plus en plus dangereuse. Avec un quadrillage parfait du terrain, elle récupérait le ballon de plus en plus haut. Les efforts à la récupération devenaient moindres et il y avait juste besoin de lucidité pour pouvoir faire la différence. Thomas Müller (38e et 54e) a manqué des occasions, mais Mesut Özil, lui, ne s'est pas raté lorsqu'il a fallu conclure un mouvement collectif de toute beauté (65e, 1-0). L'Allemagne était alors enfin récompenser pour sa domination.

Boateng a failli tout gâcher

Cette réalisation, qui est partie de Manuel Neuer, a été l'illustration de la disponibilité dont ont fait preuve les joueurs allemands sur leurs montées. Le fait que Jonas Hector se soit retrouvé dans le rôle de passeur décisif est aussi la preuve que Löw a eu raison de vouloir brouiller les pistes. Le même constat peut être fait au vu de l'activité de Gomez. L'attaquant de Besiktas n'était plus cantonné à une seule mission, et son "dézonage" s'est révélé crucial. Il n'est pas certain que dans le 4-2-3-1 des premiers matches, il aurait pris la peine de quitter la surface adverse pour venir combiner avec ses partenaires et prendre ainsi une grande part dans la construction du but.

Pour se sortir du piège allemand, l'Italie a donc eu besoin d'un coup du sort. Autrement, elle serait tombée durant le temps règlementaire et sans que personne ne trouve à y redire. À un partout, les Allemands ont, par contre, pris un sérieux coup derrière la tête. Leurs certitudes se sont effilochées et avec la fatigue qui s'est accumulée, il était dès lors très compliqué d'appliquer à la lettre les consignes de leur entraîneur. Heureusement pour eux, la séance des tirs au but leur a été favorable. Les efforts accomplis et surtout l'idée du jour de Löw ne sont pas restés vains. Comme quoi, la chance sourit vraiment aux audacieux.

Publicité

ENJOYED THIS STORY?

Add GOAL.com as a preferred source on Google to see more of our reporting

0