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Euro 2016 - Pourquoi les pays de l'Est ne font plus peur

Comme en 1996 (et aussi en 2008), la France va attaquer son Euro par un duel face à la Roumanie. Sur le papier, l'affiche apparait déséquilibrée et ce n'est pas le retard de deux places qu'ont les Bleus sur cette sélection au dernier classement FIFA qui nous fera croire le contraire. Une lecture qui tranche avec celle d'il y a vingt ans. En effet, à l'époque, les Roumains n'avaient rien à envier à ceux avec qui ils partagent le surnom des Tricolores. Au contraire, c'est eux qui occupaient le haut de l'affiche avec notamment une place de quart de finaliste acquise lors du Mondial américain (un tournoi que les Français n'ont pas disputé, ndlr). Les temps ont depuis bien changé et il y a de nombreuses raisons qui expliquent la régression de la Roumanie, et des autres pays de l'Europe de l'Est en général.

En plus des Roumains, les Bulgares (demi-finalistes du Mondial 94), les Croates (demi-finalistes du Mondial 98) et les Tchèques (finalistes de l'Euro 96) avaient fait parler d'eux et montré leur savoir-faire au plus haut niveau. On peut aussi citer la Yougoslavie, championne du monde des moins des vingt ans en 1987 et à laquelle on promettait le sacre lors de l'Euro 1992 avant que la guerre civile ne déchire cette nation. Il est difficile de ne voir qu'un simple concours de circonstances en ces réussites successives.

Un inquiétant trou générationnel 

À l'exception de la République Tchèque, qui a échoué lors du dernier carré de l'Euro 2004, et de la Russie, sortie aux portes de la finale de l'Euro suivant, aucun représentant de l'Est (*) n'a disputé une demi-finale d'un tournoi majeur depuis le début du nouveau millénaire. L'explication la plus plausible à la fin de la période de grâce et le début d'une autre nettement moins florissante c'est l'épuisement des joueurs hors-pair. Des footballeurs aux qualités techniques exceptionnelles et dont le charisme inspirait toute une sélection. Des joueurs comme ceux qui avaient remporté le Ballon d'Or (Stoichkov, Nedved ou Shevchenko) ou n'étaient pas loin de le faire (Savicevic, Suker ou Hagi). Ces joueurs n'avaient pas d'égal, et ils en ont encore moins aujourd'hui. Pis, les éléments venant de ces pays et qui font les beaux jours des grandes formations européennes se comptent sur les doigts d'une main en 2016 (Rakitic et Modric).

L'arrêt Bosman a fait des ravages

Les pays de l'Est n'ont pas su se renouveler. Ils en sont les premiers fautifs, mais ne sont pas les seuls. Car ce qui les a desservis ce sont aussi les décisions et réglementations décrétées par les autres, comme le fameux arrêt Bosman. En vigueur depuis 1996, cette loi stipule que toutes les nations affilées à l'Union européenne doivent se soumettre aux règles de la libre circulation des travailleurs. Logiquement, son application au football professionnel ne pouvait qu'être préjudiciable aux nations qui n'avaient pas encore rejoint l'UE, ou l'ont fait tardivement. 

D'abord parce qu'ils n'avaient pas les moyens de lutter sur le plan économique avec les pays de l'Ouest et bénéficier, par ricochet, d'un championnat national relevé. Mais aussi parce que leurs meilleurs joueurs n'étaient plus aussi prisés par le passé, à cause du simple fait qu'ils étaient extracommunautaires. Aux yeux des recruteurs, il était plus préférable de parier sur des pépites sud-américaine plutôt que miser sur des joueurs bulgares, roumains ou autres. Ah, il est loin le temps où l'AC Milan faisait de Florian Raducioiu la tête de gondole de son recrutement (1993). Et quand on ne se mesure pas aux meilleurs, il est difficile de progresser. Pas étonnant, en ces circonstances, qu'une équipe comme la Bulgarie n'a désormais plus aucun joueur connu dans ses rangs. 

Leur football a changé d'identité

Le troisième facteur qui a contribué au déclin du football de l'Est, et il a certainement un rapport avec le premier point évoqué, c'est le virage à 180% amorcé dans les écoles et les centres de formation locaux par rapport au jeu pratiqué. Avant, les joueurs émanant de cette région étaient connus pour leur technique ciselée, l'improvisation et la prise de risques, à l'instar d'un Georghe Hagi surnommé le Maradona des Carpates, mais aujourd'hui c'est plutôt pour leurs aptitudes athlétiques qu'ils se distinguent. Jadis, la devise c'était droit au but. Désormais, c'est tous derrière ! Avec deux buts encaissés, la Roumanie a terminé meilleure défense des éliminatoires de l'Euro, mais tous les fans et supporters de cette sélection s'accordent à dire qu'elle est devenue méconnaissable et que son style est complètement opposé à celui pour lequel elle était louée lors de ses années de gloire.

En somme, le tableau global est triste, mais il n'est pas complètement décourageant. Rien n'est irréversible, et dans certains pays, la volonté de retrouver une école de pensée footballistique qui a fait longtemps ses preuves, refait du chemin. En Serbie, et après que la sélection a manqué cinq compétitions internationales consécutives, la priorité a été donnée à la formation et au retour aux valeurs d'antan. Une restructuration à partir des racines et qui a porté ses fruits puisque la sélection des moins de vingt ans a été couronnée l'été dernier championne du monde de la catégorie. Ce n'est peut-être qu'un simple feu de paille, mais l'optimisme est de rigueur lorsqu'on sait que c'est exactement comme cela que l'Est avait entamé son ascension il y a trente ans avec la génération Stojkovic, Savicevic, Boban et consorts. 

(*) La Grèce, championne du monde en 2004, n'est pas citée car seuls les pays de l'ancien bloc communiste ont été pris en compte.
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