Le Portugal est le nouveau roi d'Europe. Pour la première fois de son histoire, la sélection lusitanienne s'est offert un titre majeur. Une consécration validée à la suite d'un joli parcours et d'une finale héroïque face au pays hôte. Est-ce un beau champion ? Chacun pourra se faire son avis sur la question, et aussi débattre de ce qu'est la notion de beauté dans ce sport : est-ce l'esthétisme dans le jeu ou simplement un goût prononcé pour le combat et le sacrifice ? Quoi qu'il en soit, la Seleçao n'a rien volé.
Passons ces différentes considérations subjectives, on peut aujourd'hui faire un bilan global de ce tournoi et énumérer tout ce qui nous a plu, et ce qui ne nous a pas plu, évaluer les changements par rapport aux précédentes éditions, et souligner les constances. Mais aussi mettre en avant les particularités d'un premier tournoi à 24 participants.
Le recul du football de possession
Tactiquement, le football de possession ne semble plus faire autant recette. Une sensation éprouvée avec le déclin de l'Espagne, dont le tiki-taka a vécu. Les Ibériques n'ont pas su se renouveler et ils l'ont payé au prix fort. L'Allemagne a aussi eu un penchant pour une conservation excessive du ballon, mais avec une défense plus solide que celle de la Roja et les changements tactiques de Low, elle a gardé un côté imprévisible qui lui a été salvateur. Jusqu'à ce faux-pas en demi-finale contre la France, où l'absence d'un grand attaquant s'est faite sentir. Les équipes joueuses n'ont donc pas été vraiment récompensées et la consécration du Portugal a montré que la prudence peut aussi s'avérer être payante et qu'il n'est pas nécessaire de faire le spectacle pour aller au bout.

La meilleure attaque c'est la défense
Globalement, aucune sélection n'a vraiment réussi à imposer une maitrise totale lors de ses matches. Certes, il y a eu quelques scores fleuves, comme celui de la France face à l'Islande (5-2) ou la Belgique contre la Hongrie (4-0) mais ils font figure d'exceptions dans un tournoi où les défenses ont pris le pas sur les attaques. A l'instar de ce que fait l'Atletico Madrid sur la scène des clubs, des équipes, et à leur tête le Portugal, ont su déjouer les pronostics en se basant sur une solide défense et en limitant les prises de risques. Par ailleurs, et comme lors du dernier Mondial, on a pu voir qu'avec l'entame de la phase à élimination directe, la défiance a parfois viré à l'extrême avec des rencontres qui ont ressemblé à de vraies batailles d'échecs (ex. Portugal-Croatie, Suisse-Pologne et Portugal-Pologne).
Les petites nations n'ont pas démérité
Avec l'élargissement de l'Euro à 24 nations, on s'attendait à ce que les sélections de second plan comme la Hongrie, l'Irlande du Nord, l'Islande ou le Pays de Galles se fassent surclasser. Cela n'a guère été le cas, parce qu'elles ont su mesurer leurs limites et batailler avec leurs armes. Comme souligné dans le point précédent, elles ont tout fait pour rester organisées et limiter ainsi le risque d'erreurs. Peut-on vraiment le leur reprocher sachant qu'elles participaient à une compétition de cet ordre pour la première fois, sans repère ni référence ? A chacun ses atouts et leur mérite est d'avoir su valoriser au maximum les leurs.

Le retour de la défense à trois
Tactiquement, le 4-4-2 est revenu à la mode. Les Islandais et les Portugais ont su aller loin en l'utilisant à merveille. Et même les Français, à partir des 8es, et en repositionnant Antoine Griezmann plus dans l'axe, ont semblé évoluer dans un système à deux pointes. Par ailleurs, le 3-5-2 a aussi été rentable. Chez les Italiens, qui le connaissent parfaitement puisqu'il est souvent adopté à la Juve, mais aussi -et c'est une surprise- au sein de la Mannschaft. En effet, pour contrer les Azzurri, Joachim Low avait choisi de les affronter avec leurs propres armes. Et cela a marché, bien que la qualification n'a été acquise qu'à l'issue de l'épreuve des tirs au but.
L'état des pelouses a laissé à désirer
Le spectacle n'était pas vraiment au rendez-vous durant ce tournoi et les acteurs du jeu ne sont peut-être pas les seuls à blâmer. Comment occulter le fait que les pelouses françaises, dans leur majorité, ont été catastrophiques ? Au Stade de France et à Nice, mais surtout à Marseille et à Lille, la qualité du pré était indigne du niveau de compétition. Le jeu en a énormément souffert, mais aussi les joueurs, qui, en plus de leurs prestations, devaient aussi se soucier de leur santé. Pour le football français, ce n'était clairement pas une très bonne publicité, même si les torts étaient partagés avec l'UEFA. D'ailleurs, les deux camps se sont rejetés la faute, ce qui a donné lieu à un bras de fer plus désolant que risible.
L'arbitrage était à la hauteur
Heureusement, cet Euro a aussi procuré son lot de satisfactions. Il y a d'abord la qualité de l'arbitrage, qui est à louer. Pour une fois, la compétition s'est déroulée sans la moindre controverse majeure et c'est assez rare pour être souligné. Les Allemands vont peut-être mettre en avant la main de Schweinsteiger contre la France qui a causé leur élimination, mais il est difficile, en revoyant les images, de contester la décision prise ce jour-là par Nicola Rizzoli. En finale, Mark Clattenburg a aussi été très bon.

Les supporters ont régalé
L'autre satisfaction à relever concerne l'ambiance dans tous les stades et plus généralement dans les différentes villes hôtes. Les supporters des différentes sélections ont alors pu rivaliser d'idées pour soutenir au mieux leurs joueurs. La palme du public le plus sympathique revient aux Irlandais, qu'ils soient du sud ou du nord. Le chant "Will Grigg on fire" de ces derniers a fait fureur, tandis que leurs cousins ont montré que bruit et rassemblement en masse ne rimaient pas forcément avec désordre. Enfin, mention spéciale aux Islandais. Avec leur "clapping", les Nordiques ont fait parcourir un vent de fraicheur dans les stades français et on n'oubliera pas de sitôt leur visite.
L'excellent travail de la sécurité et des forces de l'ordre
Impossible de ne pas aborder la question de la sécurité au moment de faire le bilan. Tout n'a, certes, pas été parfait de ce côté-là et les quelques incidents qui se sont produits dans les tribunes en sont la preuve. Sans oublier les tensions qui ont eu lieu à Marseille dès le deuxième jour de la compétition. Mais, difficile de pointer du doigt les forces de l'ordre. Au contraire, ces derniers sont à féliciter pour la rapidité et l'efficacité des interventions qu'ils ont eu à mener. Sans cela, le fan anglais, qui avait été tabassé sur le Vieux Port, ne serait peut-être pas vivant aujourd'hui. Par ailleurs, et vu le contexte suite aux attentats de l'automne dernier, on leur tirera notre chapeau, ainsi qu'au gouvernement français pour avoir fait jouer ce tournoi dans des conditions paisibles.
