[ENTRETIEN] - Yann Karamoh : "J'irai dans un club où je jouerai"

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Yann Karamoh, l'un des jeunes joueurs français les plus prometteurs, nous a accordé un entretien où il se dévoile avec une grande sincérité.

La parole d'un joueur de 18 ans suivi par les plus grands clubs est rare. La parole libre et sincère l'est encore plus. Après sa première saison chez les professionnels, conclue par 5 buts, 4 passes décisives en Ligue 1 et une première sélection en équipe de France Espoirs, Yann Karamoh nous l'a pourtant accordée. Avec un franc-parler désarmant, parfois, et un recul peu ordinaire chez les jeunes de son âge. Car en plus d'un grand talent, le joueur formé à Caen a une tête bien faite qui pourrait bien l'emmener très haut. 

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C’est votre première sélection avec l’équipe de France Espoirs, que ressentez-vous ?

Yann Karamoh : Ça me fait vraiment plaisir. C’était un objectif mais je ne m’attendais pas spécialement à être là aujourd’hui. C’est génial, surtout après avoir vu que je n’étais pas à la Coupe du monde (U20, ndlr) ni dans la dernière sélection des U19 pour la qualification à l’Euro... Être ici était peut-être la dernière chose que j’aurais imaginé.

Avez-vous eu une explication sur vos non-sélections dans les catégories inférieures ?

Je n’ai pas eu de réunion avec le coach. Je n’avais jamais fait de sélection U20 et je n’ai eu aucun retour de mon club. Je ne peux rien dire d’autre. C’est super d’être surclassé même si je redescendrais peut-être par la suite. Pour l’instant, j’en profite au maximum. J’essaye de montrer ce que je sais faire.

Vous découvrez donc un tout nouveau groupe, que pouvez-vous nous en dire ?

J’ai déjà joué contre la moitié des joueurs qui sont ici et j’en connais certains comme Lys (Mousset) qui était au Havre. J’ai entendu parler du talent de ceux qui sont à l’étranger comme Moussa (Dembélé) que tout le monde connaît. Il y a des collègues de ma génération comme Jonathan (Ikoné), Kelvin (Amian) avec qui je suis en chambre. Tout se passe super bien, personne ne se prend pour un autre, on bosse tous de la même façon et nous sommes mis dans de belles conditions.

Avez-vous déjà pu échanger avec Sylvain Ripoll, le nouveau sélectionneur ?

Les entretiens avec le coach se font au fur et à mesure et personnellement je n’ai pas encore eu le mien. À mon arrivée, j’ai eu une bonne impression parce que ses adjoints nous donnent beaucoup de conseils sur la tactique et insistent sur la technique.

Comment abordez-vous ces deux matches amicaux qui arrivent dans un contexte un peu particulier ?*

Le président a fait une intervention pour nous dire que nous débutions un nouveau cycle et qu’il fallait absolument gagner ces deux matches. Face à l’Albanie et au Cameroun, ce ne seront donc pas vraiment des amicaux. Quand les U20 vont revenir, il y aura beaucoup de concurrence donc il faudra gagner et se montrer pour défendre des statistiques.


"Je suis devenu obnubilé par le but. Parfois, je frappais trop fort parce que j'avais cette espèce de haine, une énorme envie de marquer"


Vos statistiques font de vous le jeune joueur de 18 ans le plus décisif des 5 grands championnats derrière Kylian Mbappé. Le saviez-vous ?

J’en ai entendu parler mais je ne savais pas si c’était vrai. C’est sûr que Kylian est impressionnant. Ce qu’il fait c’est du top niveau. Je suis un peu choqué d’être derrière lui mais j’essaye de faire au mieux avec mon club. On a eu une saison compliquée et à certains moments ça a été dur pour moi.

Qu’est-ce qui a été dur ?

C’est ma première saison avec les professionnels et on jouait avec une certaine pression. On attendait beaucoup de moi parce que j’étais un des joueurs du centre qui ressortait le plus. J’ai un peu perdu confiance à un moment de la saison qui n’a pas été simple. À la fin, je savais que chaque occasion ratée nous amenait un peu plus vers le bas. Mentalement, j’ai trouvé ça dur.

Quel bilan faîtes-vous de votre première saison chez les professionnels ?

Je sais que statistiquement, pour quelqu’un de mon âge, c’est bien. Mais au delà de ça, je sais aussi que j’aurais pu faire plus. Honnêtement, je le sais. J’ai eu beaucoup d’occasions, je m’en procure beaucoup et j’ai eu des retours me disant que je devais être plus décisif. Même pour ma mère (rires) !

Et il faut toujours écouter les conseils de sa mère…

Mais mes parents veulent toujours que je marque ! Quand j’étais petit, je disais à ma mère : "aujourd’hui je vais mettre deux buts". Et je les mettais. Ma mère a toujours retenu ce côté là et même aujourd’hui elle discute avec ses collègues au travail et elle leur dit combien de buts je vais mettre (rires). Contre Nice, elle avait parié avec l’une d’elles que j’allais marquer et je l’ai fait. Comme elle m’avait prévenu pour le pari, j’ai célébré avec un cœur.

Vous avez un profil de joueur offensif polyvalent, mais marquer des buts, c’est ça le plus important ?

C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué cette saison. Je suis devenu obnubilé par le but. Quand j’arrivais devant, parfois je frappais trop fort parce que j’avais cette espèce de haine, une énorme envie de marquer. Je crois que c’est là dessus qu’il faut surtout que je mûrisse. Le reste viendra tout seul.

PS Karamoh

Quel est le style de football qui vous plait le plus ?

Quand on garde le ballon. Quand tu as le ballon, tu t’amuses et pour moi le foot est avant tout un amusement. Chaque fois que j’ai la possibilité de dribbler, je le fais. Après, j’ai dû m’adapter au monde professionnel. Mais là par exemple, avec les Espoirs, j’essaye de toucher le ballon au maximum. J’aime bien quand le coach me dit de lâcher mon ballon, ça veut dire que je l’ai (rires) ! J’aime le football élégant. Le football espagnol, c’est magnifique. D’ailleurs, mon équipe préférée c’est le Barça et mon joueur préféré, Neymar.

Comme beaucoup de jeunes joueurs de votre génération…

Oui mais moi c’est vraiment depuis très longtemps. J’étais un dingue  quand il était encore à Santos. Je me rappelle d’un de ses matches en Coupe des Confédérations contre l’Italie. Ce jour là, les potes du centre m’ont appelé pour me dire : "Yann, ton joueur c’est quelque chose". À cette époque, il y avait Falcao, Kun Agüero. Mais moi c’était Neymar. Je regardais tous les matches de Santos, toutes les vidéos, je pouvais dormir dessus. Un jour j’avais fais la même coupe que lui avec une petite tresse. J’étais devenu fou. C’est un joueur incroyable.

Qu’est-ce que la facilité avec laquelle Kylian Mbappé s’impose au plus haut niveau vous inspire ?

Le voir faire ce qu’il fait... ça me donne envie d’aller le titiller. J’espère l’année prochaine ! Quand on était plus jeunes, on se disait que chaque département en Île-de-France avait son petit "joujou". Et aujourd’hui on les retrouve en Ligue 1. Arnaud (Nordin), Ludovic (Blas), Allan (Saint-Maximin)... Nous sommes tous issus de la région parisienne. Quand tu jouais contre des mecs comme ça, tu savais que ce serait lui ou toi. Et tout le monde voulait être le meilleur.

Est-ce Mbappé qui aujourd’hui vous tire en quelque sorte vers le haut ?

Aujourd’hui c’est Kylian, demain ce sera peut-être un autre. La preuve, au début de l’année c’était Jonathan Ikoné avec la présaison qu’il a fait avec le PSG. Ça fait toujours plaisir de voir un de tes camarades au top niveau. Quand on me dit que Kylian a marqué, je suis super content. Au moins je sais que quelqu’un de ma génération dérange tout en haut (rires). Quand j’ai joué contre Monaco cette saison, je suis revenu défendre sur lui et il voulait le penalty alors qu’il n’y avait rien ! Ce sont des moments qu’on ne peut pas oublier quand on sait qu’il n’y a pas si longtemps on était tous ensemble en pré-France**.


"Je n'ai pas envie qu'on parle de moi en disant voilà, un de plus qui a fait un mauvais choix"


Comme pour lui, la question de votre avenir se pose. Pourquoi n’avez-vous pas prolongé avec Caen ?

C’est un point qui m’a affecté toute la saison et mon coach le savait. Il y a beaucoup de personnes autour de moi, même des joueurs, qui pensaient que je me foutais du club. Ça a toujours été faux. Quand on regarde les statistiques, j’ai toujours été l’un de ceux qui courent le plus. Mais quand tu es jeune, ce sont des choses qui t’affectent parce que les gens pensent que tes parents n’en ont que pour l’argent. Ce n’est pas du tout mon histoire. Mes parents et mon conseiller ont vu le club trois fois pour prolonger. Et malgré ça, quand certains ne font que de parler d’argent, quand les supporters te reprochent de cracher sur le maillot... ça ne te donne pas envie de rester où tu es.

On vous sent touché par la situation…

J’ai été formé dans ce club. À chaque match je me défonce pour les petits du centre pour leur envoyer un message et leur dire "demain, ce sera vous". Dès le lendemain d’un match, je suis au centre avec les petits. Je ne suis pas la personne qu’on m’a reproché d’être.

Au delà de la problématique contractuelle, il y a le projet sportif. Où vous situez-vous par rapport à cela ?

Honnêtement je n’ai même pas eu le temps d’y penser. La saison est passée tellement vite. Mes parents et mon avocat s’en occupent mais dans ma tête je n’étais pas mentalement prêt à partir de Caen. C’est comme si on m’avait poussé vers la sortie alors que je pensais à faire au moins encore un an. Là on me parle de l’étranger alors que mentalement je n’y suis pas du tout prêt. J’ai fait une saison et tout est allé trop vite. Au début, je ne savais même pas que j’allais jouer, encore moins que je serai un titulaire. Je remercie le coach parce que j’ai fait quelques écarts de jeunesse. Il m’a parlé et m’a aidé à grandir.

Vous faîtes preuve d’un recul impressionnant malgré vos 18 ans...

J’ai besoin de ça pour garder la tête sur les épaules. À Caen, on m’a souvent comparé à M’Baye Niang. Tout ce que je faisais, en bien ou en mal, c’était M’Baye et beaucoup auraient pété les plombs à ma place. J’étais le nouveau M’Baye et j’ai souvent traîné ça. Ça m’a donné d’énormes maux de tête.

M’Baye Niang est également parti très tôt de Caen. Est-ce la bonne option pour vous ?

Partir n’était pas forcément la seule option mais maintenant le football est devenu un métier pour moi et s’il faut le faire je le ferais. On me parle de grands clubs et ça me dépasse un peu. Je ne m’y attendais pas.

Votre nom est souvent cité dans de grands clubs de Ligue 1, qu’en pensez-vous ?

Quand on dit que je vais signer demain à Monaco, c’est faux. On ne sait jamais ce qui peut se passer mais personne ne m’a appelé. Saint-Étienne l’a fait. J’ai parlé directement avec un cadre du club. Pour tout le reste, il n’y a rien.

Ce sont deux clubs aux projets sportifs différents, lequel vous plait le plus ?

Saint-Étienne a un projet sportif dans lequel ils veulent m’intégrer. Monaco en propose un autre. Je ne sais pas si j’irai à Saint-Étienne, à Monaco ou ailleurs mais si j’avais le choix, j’irais dans un club où je jouerais. Par exemple, je n’ai pas envie d’aller à Monaco pour me faire prêter. Quand je vois Saint-Maximin qui a été faire une saison à Bastia... Je me dis que je viens de faire 35 matches et je me demande si ça vaut le coup. Je suis catégorique, je veux jouer. Je n’ai aucune prétention, je sais d’où je viens, je veux aller dans un club avec des moyens plus élevés que Caen mais où je pourrais continuer d’évoluer pour arriver à maturité d’ici deux ou trois ans.

Qu’est-ce qui est le plus important pour un jeune comme vous, apprendre auprès de grands joueurs ou enchaîner les matches pleins ?

Très bonne question... Mais je dirai que c’est le jeu. Ne serait-ce que pour être appelé en sélection. C’est important pour plein de raisons, pour tous les gens qui t’entourent, qui te supportent et qui veulent te voir jouer et avoir des statistiques. Aujourd’hui c’est aussi simple que ça : tu joues, tu marques, tu fais des passes décisives, tu es dans le métier. Si tu ne fais pas ça, on t’oublie. Et il y a beaucoup de jeunes joueurs que je connais qui se sont perdus. Je n’ai pas envie qu’on parle de moi en disant : "Voilà, encore un de plus qui a fait un mauvais choix".

Mais cela pourrait tout aussi bien être le bon, non ?

C’est vrai, qui me dit que ça ne peut pas se passer comme pour N’Golo (Kanté) ? Au final, chacun sa trajectoire, il faut juste faire le bon choix. Mais c’est la même histoire dans la vie de tout le monde, pour un footballeur comme dans n’importe quel métier.

Propos recueillis par Julien Quelen

* Les deux matches amicaux sont hors dates FIFA, plusieurs joueurs ne sont pas là en raison du Mondial U20 qui se déroule actuellement en Corée.
** Pré-France : stage de pré-sélection dans les catégories jeunes des équipes de France.

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