ENTRETIEN - Élise Bussaglia : "Je me retrouve assez en N'Golo Kanté"

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Élise Bussaglia, la milieu de terrain de Dijon, se confie à Goal avant le choc entre l'équipe de France et l'Allemagne ce jeudi à Laval (21h).

Cet hiver, Élise Bussaglia (33 ans) a fait le choix de quitter le FC Barcelone pour revenir en France, à Dijon. Une décision mûrement réfléchie qu'elle explique à Goal dans un long entretien réalisé dimanche à Clairefontaine. La milieu de terrain des Bleues s'apprête à disputer sa dernière Coupe du monde l'été prochain, en France. Le rendez-vous incontournable de sa saison. Une compétition qu'elle espère remporter pour la première fois de sa carrière, comme les garçons l'été dernier.

Au moment du tirage au sort des groupes pour la Coupe du monde, vous faisiez l'actualité avec votre transfert à Dijon. Comment ça se passe pour vous là-bas ?

Élise Bussaglia : J'ai pris mes marques petit à petit. J'espère qu'on va très vite assurer le maintien même si on a une fin de saison difficile avec des gros adversaires à jouer. Mon intégration s'est bien passée. Les filles et le club m'ont bien accueillie. Tout se passe bien.

À quel moment vous êtes-vous dit qu'il fallait quitter Barcelone ? L'échéance Coupe du monde a sûrement motivé ce choix...

Bien sûr. J'étais toujours sélectionnée, mais avec mon manque de temps de jeu, c'était difficile de me projeter sur la Coupe du monde. J'en ai très vite discuté avec le coach du Barça. Le club avait aussi besoin de recruter une attaquante, ils savaient très bien que la Coupe du monde était mon objectif prioritaire pour cette année, donc on s'est mis d'accord très rapidement sur le fait que j'aurais la possibilité de partir si je le désirais. Dès le mois d'octobre ou novembre, c'était décidé dans ma tête. Il fallait ensuite que je trouve la meilleure solution possible pour pouvoir me préparer pour cette Coupe du monde.

Quels souvenirs gardez-vous de votre aventure à Barcelone ?

J'en garde de bons souvenirs. J'ai rencontré des personnes très biens, des coéquipières géniales. J'ai découvert un peu plus le football féminin espagnol, avec beaucoup de qualités, notamment sur le plan technique. Dans toutes les équipes, il y a énormément de bonnes joueuses. Le Barça est une grande entité, il y a un très gros travail qui est effectué au club. On le voit aux entraînements. Il y a une philosophie de jeu très claire et c'est tout ça que je garde en tête.

Le fait que la sélectionneure Corinne Diacre continue de vous convoquer a aussi dû vous faire du bien au moral ?

C'est vrai que ça met en confiance d'être appelée à chaque fois. J'ai aussi échangé avec Corinne par rapport à ma situation. Elle savait que je n'étais pas dans les meilleures conditions, et le fait qu'elle ait continué à me faire confiance m'a boosté davantage pour me préparer au mieux à chaque fois que je venais en sélection.

Vous avez joué ensemble un petit moment, comment décririez-vous votre relation avec Corinne Diacre ?

Corinne était en équipe de France quand je suis arrivée. Pour moi, elle faisait partie des modèles à suivre. Elle fait partie des grandes joueuses de l'histoire du foot féminin français. C'était une autre époque, mais j'ai beaucoup de respect pour ce qu'elle a fait en temps que joueuse, et pour ce qu'elle fait dans sa nouvelle vie d'entraîneur, que ce soit avec Clermont ou avec la sélection. J'essaye d'être à l'écoute, d'apporter ce que je peux à l'équipe pour lui rendre la confiance qu'elle m'accorde.


"Le discours de Mbappé est pas mal. Il n'a que 20 ans et prend tout ce qu'il a à prendre"


De par votre expérience, pensez-vous avoir un statut particulier en équipe de France ?

Je ne pense pas. Corinne est rigoureuse avec tout le monde, et je pars du principe que pour montrer l'exemple aux jeunes il faut être intransigeant avec soi-même. Par rapport à ça, il y a des points communs entre elle et moi. J'essaye, dès que je le peux, de conseiller les jeunes en club comme en sélection. C'est quelque chose que j'aime faire naturellement. Je n'ai pas attendu d'avoir 33 ans pour le faire, mais c'est vrai que quand on fait partie des plus vieilles comme moi on se doit de transmettre aux plus jeunes, que ce soit les choses du terrain ou en dehors. C'est normal.

Quels messages faites-vous passer et sur quoi alertez-vous les plus jeunes à l'approche d'un grand rendez-vous comme la Coupe du monde ?

De continuer à se préparer le plus sereinement possible. Il ne faut pas se mettre trop de pression et continuer à faire les choses étape par étape. Il y a encore des échéances avec les clubs et on ne doit pas trop penser à la Coupe du monde. Petit à petit, la pression va monter, mais il y a le temps encore. Pour certaines joueuses, il reste la Ligue des champions, deux titres à jouer pour certains clubs. Mais les jeunes ont énormément de choses à apporter et sans leur mettre trop de pression, j'essaye de leur faire comprendre qu'il ne faut pas perdre de temps non plus. Il ne faut pas laisser passer les choses et par rapport à ça je trouve que le discours de Kylian Mbappé est pas mal. Il n'a que 20 ans, mais tout ce qu'il a à prendre il le prend. Les jeunes d'aujourd'hui ont ça en eux, et c'est bien, parce qu'une Coupe du monde en France elles n'en vivront qu'une. Peut-être ne vivront-elles que cette Coupe du monde d'ailleurs. Dans une carrière sportive, on ne peut pas le savoir. Il faut profiter un maximum pour ne pas avoir de regrets.

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PS Bussaglia

L'équipe de France masculine a été championne du monde il y a quelques mois. Cela doit-il être une source d'inspiration supplémentaire pour vous ?

Oui, ça peut être une source d'inspiration. Ça peut aussi être une source de motivation supplémentaire. Je pense que toutes les filles ont regardé le sacre des hommes, ça donne envie d'être à leur place, de vivre ça à notre tour.

Y'a-t-il un joueur dans l'équipe masculine en qui vous vous retrouvez ?

C'est difficile de répondre à cette question parce que je ne le connais pas personnellement, mais d'un regard extérieur, je me retrouve assez en N'Golo Kanté. Je veux toujours être à fond, donner tout pour l'équipe. Il n'est pas trop sur les réseaux sociaux, il n'aime pas trop se mettre en avant, et je suis un petit peu comme ça aussi.


"Le plus important, ce n'est pas que ce soit ma dernière Coupe du monde. C'est que ce soit la première récompensée par un titre"


Didier Deschamps met souvent en avant la notion de groupe, et l'importance des joueurs d'expérience en sélection. Vous connaissez le poids du maillot bleu, et c'est quelque chose aussi que vous pouvez transmettre...

Quand on a de l'expérience, qu'on a vécu certaines choses dans de grandes compétitions, c'est sûr qu'on peut avoir des choses à transmettre. Dans un groupe de 23, je pense qu'il faut de tout. Il faut de l'expérience, de la jeunesse, un bon mélange. L'alchimie doit prendre, mais dans notre groupe ça se passe bien et c'est en bonne voie.

Un jour viendra où vous aussi, comme Corinne Diacre à l'époque, devrez passer la main. Certains ont même posé ce débat avant votre départ à Dijon. Comment vivez-vous cela ?

Les gens ont le droit de penser ce qu'ils veulent, et d'avoir leurs opinions. Il n'y a pas de souci. Moi, j'estime qu'à partir du moment où je joue en club et que la coach fait appel à moi, je me dois de répondre présente. Bien sûr qu'à un moment donné il faudra s'arrêter, mais c'est un choix avant tout personnel, même s'il est discuté avec mon entourage.

Cette fin de carrière est-elle dans un coin de votre tête ?

Oui, c'est dans un coin de ma tête. J'ai signé un an et demi à Dijon et je sais qu'après j'arrêterai le foot, mais ce n'est pas quelque chose qui me fait peur, qui me hante ou quoi que ce soit. Je le vis très bien.

Cela vous apporte peut-être un surplus de motivation à l'approche du Mondial, qui devrait être votre dernière grande compétition internationale...

C'est encore plus motivant de se dire que ce sera ma dernière Coupe du monde, et que cette Coupe du monde se joue en France. Mais le plus important, ce n'est pas que ce soit ma dernière, c'est que ce soit la première récompensée par un titre. C'est ça l'objectif.

Le fait de n'avoir jamais gagné le titre mondial avec l'équipe de France est-il le plus grand regret de votre carrière ?

Si je devais arrêter aujourd'hui, oui ce serait mon plus grand regret, mais comme il reste encore du temps avant la Coupe du monde, ça va. On verra dans quelques mois...

Propos recueillis par Benjamin Quarez, à Clairefontaine.

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