EXCLU GOAL - Au sortir d'une préparation pleine de promesses, les Chamois Niortais (L2) entameront le championnat vendredi face au Red Star (20h00). Le premier rendez-vous d'un challenge "excitant" pour Patrice Lair. Dans un entretien à Goal, le nouvel entraîneur dévoile ses ambitions pour ce projet, avec une équipe jeune. Il revient sur son aventure avec l'équipe féminine du PSG et confirme la probable signature à Niort de l'ancien gardien de Martigues, Florent Maddaloni.
Vous sortez d'une grosse préparation soldée par 4 victoires en 5 matches, quel bilan tirez-vous à l'approche de la reprise ?
Patrice Lair : La préparation a été intéressante. J'ai pu découvrir la jeune équipe que j'ai entre les mains. On a bien travaillé dans tous les domaines en parvenant à valider des productions intéressantes qui nous ont permis de goûter à la victoire. C'est une bonne chose pour la confiance, pour la suite. C'est toujours important de faire sa préparation dans la bonne humeur et ces victoires ont forcément favorisé la progression dans le travail.
Le groupe a été rajeuni cet été, était-ce une volonté de votre part ou un choix collégial des dirigeants en accord avec le nouveau staff ?
J'ai dû m'adapter. Quand je suis arrivé ici, je ne connaissais pas l'effectif. Le directeur sportif Mikaël Hanouna et le président Karim Fradin m'ont donné un effectif. C'est à moi d'en tirer le maximum. Il est jeune, mais ce n'est pas grave. Je voulais retrouver un challenge. Je pense qu'il sera difficile, mais excitant.
Ne craignez-vous pas un manque d'expérience justement ?
Sur la durée, je pense qu'on va manquer un peu de maturité. Surtout dans les temps forts de certains matches où des joueurs d'expérience savent tenir le ballon, aider dans le replacement et l'animation. Peut-être... Mais c'est à moi de faire mûrir ces hommes et de leur donner quelques ficelles pour leur permettre de compenser leur manque de maturité.
Malgré la jeunesse de l'effectif, certains joueurs vous ont-ils surpris par leur sérieux sur et en dehors du terrain ?
Oui, mais c'est un ensemble. J'ai surtout insisté sur l'esprit de groupe. Il faut que tout le monde soit performant, que ce soit les onze sur le terrain ou les sept sur le banc. Quelle que soit la composition d'équipe, on doit ressortir nos options tactiques en étant en bloc, capables de produire du jeu en allant vers l'avant, tout en conservant le ballon pour prendre du plaisir. Ce sont plein de petites choses. Je ne suis qu'au début et il va falloir encore travailler pour avoir tous ces arguments sur le terrain.
"Je suis un entraîneur comme les autres, mais des habitudes ont changé"
Vous avez le sens de l'auto-critique et avez récemment parlé de votre "caractère difficile". Comment se sont passés les premiers jours avec le groupe ?
Il y a eu quelques étincelles, forcément, parce que je suis quelqu'un qui dis les choses. Je me suis expliqué avec certains joueurs. Mais ils peuvent être sûrs que je ne vais pas leur mettre un coup de couteau dans le dos. Je pense qu'il faut que les choses soient bien carrées dès le début. On se doit d'avoir une ligne de conduite, que tout le monde s'y tienne pour bien travailler ensemble. Dans la bonne humeur, et toujours dans le sérieux, parce qu'il n'y a que comme ça qu'on parviendra à former un bon effectif.

Cette rigueur est-elle passée par des décisions strictes et des changements précis ?
Oui, forcément. Il y a des habitudes qui ont changé. Mais toujours dans le bon sens en faisant en sorte que les joueurs se préparent du mieux possible, aussi bien dans le vestiaire qu'à l'extérieur. On a mis l'accent sur l'hygiène, la diététique, plein de choses. Sur le terrain, je parle beaucoup de discipline, d'envie. Les garçons sont obligés de mettre des protèges-tibias quand on est dans les conservations, dans les jeux. Je veux mettre un maximum de réalité pour retrouver le week-end ce qu'on a fait la semaine. Mais je suis un entraîneur comme les autres. J'ai mon caractère. Par moment, j'aime bien piquer, mais je suis aussi très proche de mes joueurs. Je les défendrai tout le temps, quels que soient les résultats. Ils savent qu'ils peuvent compter sur moi, mais s'ils veulent que je leur donne, il va falloir qu'ils me donnent aussi.
Concernant l'hygiène et la diététique, qu'avez-vous changé ?
On travaille là-dessus avec le toubib. Une diététicienne est arrivée pour leur faire comprendre que s'ils veulent durer dans leur carrière, il faut faire attention. On essaye de sensibiliser les joueurs, mais je ne suis pas dupe. Que ce soit les filles ou les garçons, on met souvent le clignotant au McDo.
Le club avait-il besoin de repartir sur ce "nouveau cycle" d'après vous ?
C'est un choix. On n'a pas un gros budget. Aujourd'hui, les finances du club sont moyennes. Il faut qu'on arrive à s'en sortir cette année pour pouvoir peut-être à un moment donné avoir d'autres ambitions et aller chercher des joueurs plus aguerris, de 26-27 ans, qui pourraient nous appporter une plus-value. Le cadre change pour moi. Il faut trouver les solutions. Bientôt il y aura un nouveau stade, il faut mettre en place un centre de formation. Il y a plein de choses à faire et tout cela est constructif.
"Je n'étais pas là et c'est la plus belle Coupe de France que j'ai gagnée"
On avait l'habitude de vous voir avec les féminines ces derniers années, avez-vous dû adapter votre management ?
Dans le contenu des séances, je n'ai rien changé. Dans le management, j'ai changé certaines choses par rapport à mes débuts dans le football féminin même si aujourd'hui, le football féminin, surtout dans les clubs où je suis passé (Montpellier, Lyon, PSG), est professionnalisé. Il y a de l'ego, il faut savoir s'adapter, être un peu plus souple par moments. Tout est une question d'adaptation. Pour moi, le football est universel. C'est vrai qu'il y a une différence au niveau physique, sur la vitesse et la puissance, mais je l'ai dit à mes joueurs... Techniquement, je mettrai certaines filles au-dessus des garçons.
Pourquoi ce choix de revenir avec une équipe masculine huit ans après ?
Disons que j'ai appris beaucoup avec le football féminin. J'ai eu la chance d'avoir de très bonnes joueuses dans de très bonnes équipes pour parvenir à tout gagner. J'étais arrivé au bout et à 57 ans je voulais redécouvrir la Ligue 2 que j'avais connu à Reims. C'était l'occasion de me remettre un peu en question. Je ne sais pas si ça marchera, mais je le fais avec beaucoup de passion et je vais tout faire pour amener une note positive aux Chamois Niortais.

Avez-vous des regrets sur la manière dont s'est terminée l'aventure avec le PSG ?
Là où je suis déçu c'est que j'ai tout donné pendant deux ans et - croyez-moi - ce n'était pas facile dans la section féminine. Il a fallu se battre tous les jours, mais lors des derniers mois, j'ai subi une opération, j'étais au bout du rouleau. Il fallait mieux que j'arrête. En plus, je savais que j'allais reprendre un club masculin. J'ai eu à peine trois semaines de vacances avec une autre intervention. Je ne prendrai pas les mêmes risques à Niort. Si je sens que ma santé a des soucis, je n'irais pas au bout. Mais je suis fier d'avoir été au PSG. C'est un grand club et Paris peut me dire merci quand même parce que les objectifs ont été atteints. On a fait une finale de Ligue des champions, deux finales de Coupe de France. On a retrouvé la Ligue des champions cette année. Récemment, il y a eu une finale de gagnée et même si je n'étais pas là je pense que j'ai bien aidé l'équipe.
Les joueuses ont-elles compris votre départ ?
Je pense qu'elles ont compris. Mais le problème, ce sont les personnes qui sont entre vous et les joueuses. Elles profitent de la situation et prennent les louanges alors qu'elles n'y sont pas pour grand chose. C'est le milieu du football qui veut ça. Je peux même le dire aujourd'hui. Je n'étais pas là et pourtant je pense que c'est la plus belle Coupe de France que j'ai gagnée.
"Mon petit rêve serait de finir dans les dix premiers"
Le fait d'avoir connu la "gagne" avec l'OL et le PSG notamment peut-il être un plus pour mener à bien vos objectifs à Niort ?
Bien sûr. Pour moi, il n'y a que la gagne qui compte. La manière, on ne peut pas toujours l'avoir. On sait très bien que quand on va jouer Metz ou Lorient, ce sera très difficile de faire le jeu. Il faudra être costaud, sortir vite et profiter de la vitesse de nos attaquants. Mais d'un autre côté, il faut être ambitieux. Je ne dois pas donner l'impression à mes joueurs d'être venu uniquement pour le maintien. Sur les matches amicaux, je leur ai demandé d'aller de l'avant, d'essayer de tenter des choses tout en étant costaud défensivement. Je suis venu là pour gagner et je veux donner cette confiance à mes joueurs qui sont dans un club où, malheureusement, on regarde plus souvent dans le rétroviseur.
Quel est l'objectif pour cette saison ?
Mon petit rêve serait de finir dans les dix premiers. Ce serait super avec cette équipe jeune, mais on sait qu'on va souffrir. On va avoir des moments difficiles. Je ne sais pas quand, mais on en aura, donc on va déjà essayer de bien démarrer ce vendredi face au Red Star. Ce ne sera pas un match facile face à une équipe qui est sur une dynamique de victoires et qui ne va pas vouloir redescendre comme il y a deux ans. Après, on jouera contre Clermont pour notre premier match à domicile. Je ne suis pas craintif. Je suis plein d'humilité, mais j'ai envie de conquérir des victoires et de pousser mon équipe à le faire le plus tôt possible.
D'ici fin août, on va entendre parler du mercato. Peut-on s'attendre à de nouvelles arrivées ?
Il peut y avoir des profils recherchés, mais il faut qu'on dégraisse. Didier Lamkel Zé est parti. Dans le secteur défensif, on a Matthieu Sans qui a resigné. C'est possible qu'on essaye de faire un ou deux coups. Forcément, quand on voit des clubs comme Lorient qui ont un loft avec des joueurs aussi bien payés, ça fait rêver. Mais ça doit venir progressivement. Il faut qu'on arrive à mettre les Chamois Niortais dans la première partie de tableau en s'appuyant sur ce qui est fait de bien ici, notamment avec les jeunes qui sortent nombreux chaque année.
Ces dernières semaines, on a parlé de l'arrivée d'un gardien de but et le nom de Quentin Braat (Nantes) a circulé...
Ce n'est plus d'actualité. On est sur le point de faire signer un gardien qui est là depuis plusieurs jours (Florent Maddaloni). Je pense que ça va se faire.
Propos recueillis par Benjamin Quarez
