L’aventure Mediapro n’aura duré que six mois en France mais elle aura fait un sacré vacarme. Ayant obtenu les droits de la Ligue 1 pour la période 2020-2024, le groupe audiovisuel devait être le sauveur du championnat de France après avoir mis plus de 800 millions d’euros sur la table.
Seulement, rien ne s’est passé comme la Ligue Professionnelle de football l’avait espéré. Suite à la crise du coronavirus, Mediapro a voulu revoir le chiffre à la baisse, estimant que le prix payé n’était pas celui pour voir des stades vides comme la situation sanitaire l’obligeait pour la reprise de la saison 2020-2021 de la Ligue 1.
N’ayant pas voulu payé l’avance, Mediapro a mis tous les clubs français dans l’embarras jusqu’à se retirer définitivement en janvier dernier, six mois après la création de Téléfoot La Chaîne.
Un fiasco économique pour le football français dont Didier Quillot a été perçu comme le principal responsable. Directeur général de la LFP au moment de l’attribution des droits TV, Quillot a été entendu pour la première par l’Assemblée nationale, ce jeudi, afin de se défendre.
"Nous n'avons ni été en aveuglement ni en imprudence, nous avons été extrêmement rigoureux tout le long, sur la base de ce que nos experts nous faisaient remonter. (...) Est-ce qu'il y a eu, de la part du comité de pilotage, une erreur de ne pas demander une garantie financière ? La réponse est bien évidemment oui. La LFP n'a jamais demandé de garantie depuis 25 ans, c'est ce qui a toujours été fait précédemment."
"À aucun moment il n’y a la volonté d’éliminer qui que ce soit. Pour le lot 1, Canal + propose 272 M€, Mediapro 330 M€. Nous demandons à Canal + s’il veut exercer son droit de match up (égaler ou surenchérir sur l'offre de Mediapro). Canal + décide de ne pas s’aligner. Sur le lot 2, Mediapro offre 200 M€, Canal + propose 10 M€. Le lot 2 est aussi attribué à Mediapro."
"Sur le lot 3, beIn Sports propose 332 M€, Canal + propose 10 M€. Canal + reconnaît que dès l’instant où il a perdu le lot 1, il a souhaité faire échouer l’appel d’offres, Canal a pensé qu’il était seul. Ne sachant pas ce qu’il se passait, il pensait que le prix de réserve ne serait pas atteint. Le prix de réserve intermédiaire est dépassé, plus de 800 M€. L’enchère continue."
"On pense qu’avec un fond d’investissements chinois, proche de l'État, qui prend une participation, c'est du sérieux. C'étaient autant d’éléments qui ne mettaient pas en doute la capacité de Mediapro à payer. Tout le monde pensait qu’il y aurait une ou deux années de déficit et, qu’au bout de la 3e ou 4e année, on serait à l’équilibre. Mais on se dit qu’avec l’actionnaire fort, cette situation peut être assumée."
"La valeur objective du produit, avec des matches à huis clos, n’est plus la même. Le spectacle n’est plus le même. Il y a objectivement moins de gens intéressés par la possibilité de voir des matches à huis clos. Il y aussi une loi en Chine votée en 2019 qui interdit les investissements dans le sport en Europe. Il y a aussi le piratage, fléau sur lequel l’Assemblée Nationale travaille, mais qui est une activité en croissance malheureusement. Et enfin, il n'y a pas d’accord de distribution avec Canal +, donc le business plan était impossible à atteindre. L'opérateur n'était donc pas en position de réussir".
