Coman, Nkunku, Maignan, Kimpembe, Diaby, Areola, Rabiot… comment le PSG a formé une génération dorée

Christopher Nkunku Abou Diaby FranceGetty

Pour les formateurs et les supporters du PSG, la liste de l’équipe de France présentée jeudi 17 mars par Didier Deschamps a provoqué une grande fierté et a sonné comme un crève-cœur. Dans un club où les problèmes sont légions, l’annonce est venue remettre sur le devant la scène un problème que le club de la capitale entretient avec sa jeunesse depuis de longues années désormais. Et à laquelle il ne parvient pas à faire une place. 

Alphonse Areola, Mike Maignan, Presnel Kimpembe, Adrien Rabiot, Christopher Nkunku, Moussa Diaby, Kingsley Coman… ils sont sept à avoir connu le centre de formation du club de la capitale. Et huit si l’on ajoute Mattéo Guendouzi qui a fréquenté la préformation avant de rejoindre Lorient. 

Jamais les Bleus n’auront connu une telle densité de joueurs formés au PSG. Il y a pourtant 17 ans, son centre était en 23e position du classement des clubs formateurs publié par la fédération française de football. Comment expliquer que le club de la capitale, en délicatesse avec sa jeunesse, soit devenu un tel réservoir pour les Bleus ? 

C'est justement parce que son classement était indigne, que le PSG a entrepris de tout changer en 2005, sous l'impulsion du duo Bertrand Reuzeau et Pierre Reynaud. Et la présence de cette génération exceptionnelle en équipe de France ne s’explique pas uniquement par la qualité du vivier de talents de la région parisienne. 

Nkunku repéré lors d’un tournoi de foot en salle en Seine-et-Marne

Parmi les nombreux chantiers que la nouvelle équipe du centre de formation a entrepris, l’une des premières tâches a été de repositionner et renforcer le recrutement du club sur l’île de France. « Il a fallu repenser le maillage et le réseau en région parisienne pour aller dans les clubs et avoir les informations, explique l’ancien directeur Bertrand Reuzeau, l’ancien directeur du centre. Quand je suis arrivé au PSG, le club n’était pas ouvert sur la région parisienne. Il y avait d’autres clubs qui avaient pris beaucoup plus d’importance que nous et ça je ne pouvais pas l’accepter. »

Une équipe de trois recruteurs dotés d’un bon réseau est mise en place avec pour objectif de retisser les liens avec les bons clubs de la région et de redynamiser les partenariats existants avec des équipes comme l’ACBB, Linas-Montlhéry, Antony, entre autres. « On devait créer des partenariats tacites avec tous les clubs de la région et de la proximité, se souvient Jean-Paul Arrebolle, qui a participé au recrutement des joueurs aujourd’hui en Bleu. On était sur les terrains plusieurs fois par semaine pour voir les matchs mais aussi les séances d’entraînement. »

La nouvelle équipe importe aussi quelques méthodes venues de l’extérieur et notamment de Rennes, qui sous l’impulsion de Patrick Rampillon a été une machine à produire des talents. Outre le maillage et le relationnel avec les formations du territoire, l’image du club est renforcée sur la région et des tournois avec les clubs partenaires sont organisés. Christopher Nkunku a, par exemple, été repéré dans un tournoi de foot en salle au Mée-sur-Seine.

« Il était encore une crevette mais puait le football avec une intelligence de jeu que l’on retrouve encore aujourd’hui mais en format de poche, se remémore Jean-Paul Arrebolle qui a repéré l’attaquant de Leipzig. Et le PSG a été le seul club à lui faire une proposition pour rejoindre un centre de formation. »

Quand les jeunes talents sont invités au club pour une journée de détection, il ne porte plus une simple chasuble rouge mais un équipement au couleur du club de la capitale, comme c’est le cas au SRFC. Dans son recrutement, Paris a aussi pu profiter pour une partie de sa génération (à partir des 97-98) de l’arrivée de QSI. Avec le rachat et l’expansion à l’international, la préformation parisienne est régulièrement invitée sur des tournois internationaux.

Se positionner sur les meilleurs talents mais pas que…

« Au lieu de faire des journées de rassemblement et de détection, on allait faire ces tournois avec douze joueurs nouveaux, raconte Jean-Paul Arrebolle. Et comme on les voyait sur plusieurs jours et loin de leur cocon familial, on apprenait beaucoup de choses sur eux et surtout sur ce qui se passait en dehors du terrain. C’était à la fois un super moyen pour évaluer les joueurs mais aussi pour se différencier des autres clubs. » Avec ses prospects, Paris part au tournoi de Nuremberg, Malmoe ou Lisbonne. Dans ce voyage, on trouve notamment un jeune garçon nommé Moussa Diaby. 

A l’image de l’attaquant du Bayer Leverkusen ou de celui du RB Leipzig, le choix des profils évoluent. Comme les autres clubs, le PSG se positionne et parvient à faire signer quelques talents au-dessus de la moyenne comme Kingsley Coman ou Adrien Rabiot, ce qui n’était pas le cas auparavant. 

« Notre réflexion a aussi été de se dire qu’il fallait faire de la place pour tous les joueurs. Même si un joueur avait des difficultés à un certain âge, parce qu’il y avait par exemple des problèmes de croissance, familiaux, nous gardions un œil sur lui parce qu’il avait un point fort qui dans le futur pourrait lui permettre de réussir, souligne Bertrand Reuzeau. Et c’est sur ce type de critères que l’on a eu de la réussite avec des garçons comme Kimpembe, Christopher Nkunku ou Moussa Diaby. Au départ, ce ne sont pas des top talents mais ils ont quelque chose à peaufiner dans le cadre d’un parcours adapté. »

Pour y parvenir, les recruteurs dépassent leur fonction, entretiennent le lien avec les familles, vont dans les collèges pour suivre la scolarité de ces jeunes et échangent aussi avec les coachs du PSG et des clubs de la région. « On avait aussi un rôle interne qui était de faire un suivi de chaque joueur avec leur famille.Tous les vendredis soirs la préformation s’entraînait au camp des Loges et la séance était ouverte à toutes les familles qui venaient chercher leurs enfants, développe Jean-Paul Arrebolle. J’ai souvenir de longues discussions avec le papa de Kingsley Coman. C’était l’occasion d’échanger et de créer une proximité avec les familles. »

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« Avec l’arrivée des qataris, il a fallu sortir des joueurs de niveau Ligue des champions »

« Il y avait un savoir-faire à Paris. On avait des joueurs de qualité mais ensuite on les a amenés à se développer sur le plan mental, tactique et technique puis à avoir cette soif de compétition, se souvient David Bechkoura qui a passé onze années au centre de formation du PSG, gagnant au passage 4 titres avec les U17 et les U19. Mais quand QSI a repris le club, on est passé d’une époque où il fallait sortir des joueurs pour la petite coupe d’Europe à des joueurs de niveau Ligue des champions. C’est un challenge qui a motivé tous les formateurs. »

Comme pour la préformation, le centre de formation a aussi profité d’un changement de propriétaire venu avec des ambitions bien plus élevées. Et un Carlo Ancelotti, dont les méthodes ont ruisselé jusqu’à l’étage inférieur. « On a changé la méthodologie de travail. On a eu l’apparition des GPS, le travail athlétique ne s’est fait qu’avec le ballon alors qu’avant on faisait tout de manière analytique. Et dans le développement, on a travaillé de manière encore plus précise autour du joueur avec une attention particulière portée à la nutrition », détaille David Bechkoura. 

« La réussite des joueurs formés au PSG aujourd’hui c’est l’aboutissement d’un travail qui a été entrepris il y a plus de dix ans et qui a été stable dans la durée », affirme Jean-Paul Arrebolle. Un travail dont le club de la capitale n’a pas réussi à profiter pleinement.