L’été dernier, au moment de s’offrir un remplaçant à l’Espagnol Diego Costa, la direction de Chelsea et son entraîneur Antonio Conte ont opté pour un attaquant qui cirait le banc d’un autre grand club européen. Leur dévolu s’est porté sur Alvaro Morata, mais le choix n’était pas plus contesté que cela. Avec un profil technique plus séduisant que celui de son prédécesseur, et aussi une belle expérience des joutes européennes, l’ancien Merengue présentait suffisamment d’atouts pour s’imposer comme le nouveau goleador des Blues. Une idée qu’il a même su conforter en réalisant un début de parcours très séduisant en terre anglaise. Mais voilà, ce n’était qu’un feu de paille. La suite de sa saison a été moins glorieuse. Plus le temps avance et plus le costume de l’avant-centre numéro 1 de l’équipe londonienne apparait trop grand pour le joueur.
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Les statistiques sont assez parlantes pour se convaincre d’une période de moins bien pour Morata. Une période qui dure même depuis début octobre. Alors qu’il avait planté six buts lors de ses six premières apparitions en Premier League, le natif de la capitale espagnole n’en a depuis mis que quatre en quatorze matches. Un bilan famélique à peine rehaussé par les deux passes décisives qu’il a délivrées durant ce laps de temps. Pourquoi un tel contraste avec l’entame très prometteuse qu’il a connue ? Les explications ne sautent pas vraiment aux yeux.
Pourtant, Conte lui fait une confiance aveugle
Morata souffrirait-il d’une crise de confiance ? Une hypothèse difficilement recevable quand on sait qu’Antonio Conte, son manager, l’a toujours maintenu dans son équipe de départ. En championnat, le numéro 9 des Blues a disputé vingt rencontres, dont 18 dans la peau comme titulaire. Alors que dans de nombreux clubs européens la concurrence est féroce à ce poste, lui bénéficie d’un « totem d’immunité » quasi illimité. Son rival Michy Batshuayi, en dépit de chiffres personnels qui sont loin d’être ridicules, l’a constaté à ses dépens. Découragé face à l’inflexibilité de son entraineur, ce dernier a même dû se résoudre à aller voir ailleurs (du côté de Dortmund).
Quel est donc le mal dont souffre Morata ? Ne serait-il pas fait pour le championnat anglais ? Là aussi, il semble compliqué de le croire. De par ses attributs athlétiques et aussi son jeu balle au pied, l’Espagnol apparait au contraire comme le prototype d’un attaquant qui réussit dans ce championnat. Les défenses rugueuses ne l’intimident pas, il est à l’aise dans le jeu aérien. Et, pour ses coéquipiers il offre à la fois des solutions dans un jeu en profondeur et sur des attaques construites. À ce titre, il est important de reconnaitre qu’il n’est pas avare en efforts. Même lorsqu’il est moins bien, il ne se cache pas. Et ce n’est pas parce qu’il est en méforme qu’il est moins volontaire ou qu’il tente moins de choses.
Trop fragile face au poids de la pression ?
Ce qui pourrait justifier le mieux les difficultés que connait le double champion d’Europe c’est son incapacité à dompter la pression nouvelle qui l’accompagne. Celle inhérente au rôle du principal attaquant dans une grande équipe européenne. Jusqu’ici, et même s’il fréquente le plus haut niveau depuis maintenant huit ans, il n’a jamais eu à faire à cette responsabilité. Lui, l’a bien réclamée, mais aucun de ses précédents entraineurs ne le jugeait assez performant, voire mature, pour être indiscutable. Même à la Juventus, où il a disposé d’un temps de jeu conséquent, il avait dû se partager les titularisations avec Fernando Llorente et Carlos Tevez. Pour lui, il s’agit donc clairement d’un contexte nouveau. Et celui-ci n’est pas facile à apprivoiser d’entrée, même si la manière dont il a lancé sa carrière anglaise peut laisser croire le contraire.
Enfin, il n’y a peut-être pas à chercher midi à quatorze heures pour comprendre pourquoi Morata ne brille plus et enchaine les prestations erratiques. Il est peut-être simplement dans une mauvaise période, comme n’importe quel attaquant peut en connaitre durant sa carrière. Actuellement, il reste sur six matches sans le moindre but marqué (toutes compétitions confondues), mais ce ne sont pas les occasions qui lui manquent pour scorer. Durant ces matches, il a frappé à treize reprises au but, dont six fois vers le cadre. Mais cela n’a pas souri. Plus que celle de la maladresse, c’est la thèse d’un manque de réussite qui peut être retenue pour expliquer autant de vendanges. L’avant-centre ibérique est peut-être simplement en hibernation, en train de préparer son réveil en vue des matches qui comptent de fin de saison. Si c'est le cas, personne auprès des fans des Blues ne lui en tiendra certainement rigueur. En revanche, s'il continue sur son chemin de croix, il se peut fort qu'il retrouve son statut d'antan, celui d'un remplaçant de luxe. L'arrivée au club d'Olivier Giroud réduit considérablement sa marge d'erreur.




