Il y a des entraineurs qui semblent être faits pour un poste. Ils ont beau bourlinguer un peu partout dans le monde, ils retournent irrémédiablement à la fonction qui leur colle le plus à la peau. L'exemple de Dick Advocaat est l'un des plus parlants. Âgé de 69 ans, ce technicien opère sur le banc depuis plus de trente-sept ans. Une période durant laquelle il a connu une dizaine de clubs et sept sélections différentes. Une long et diversifiant parcours mais durant lequel il est toujours resté attaché à un rôle en particulier. Celui de sélectionneur de son pays. En juin dernier, il a retrouvé les Oranje pour la cinquième fois. Les deux premières c'était dans le rôle d'adjoint de l'illustre Rinus Michels, et les trois suivantes comme entraineur principal. Bien que connaissant cette responsabilité sur le bout des doigts, il sait la mission en question périlleuse. Et celle-ci n'a jamais semblé l'être autant qu'en ce moment avec une sélection batave traversant un vrai passage à vide avec un trou générationnel alarmant.
Comment vont jouer les Bleus face aux Pays-Bas
Advocaat a été appelé à la rescousse de son pays en printemps dernier en remplacement de Danny Blind et à un moment où la sélection était au fond du trou. Après avoir manqué le rendez-vous de l'Euro 2016, elle était très proche de rater le wagon pour le Mondial 2018. Un match et une victoire contre le dernier de la poule (Luxembourg, 5-0) plus tard, les Oranje sont miraculeusement revenus dans la course à la qualification. L'espoir est revenu et qui mieux qu'Advocaat pour le préserver, le conforter puis le fructifier en un billet pour la Russie ?
Il a assaini l'ambiance au sein du groupe
Aux Pays-Bas, Advocaat est respecté pour son CV, mais pas seulement. D'autres considérations lui valent la réputation d'un technicien à succès et digne de cette si exigeante tâche. À l'instar de Louis Van Gaal, il incarne à la fois la rigueur, l'ambition et une certaine idée de jeu. Et cela tombe sous le sens quand on mène l'équipe vers un quart de finale du Mondial (1994, défaite de justesse contre le Brésil) et une demie de l'Euro (2004). "Son retour a été accueilli globalement de manière très positive, nous confirme Martijn Slot,rédacteur de Goal Pays-Bas. Il peut être l'homme de la situation après le limogeage de Danny Blind. Par le passé, il a souvent prouvé qu'il peut être à la hauteur même quand il est à court de temps".
Advocaat suscite le respect et l'admiration. Et cette simple donnée contribue à générer une bonne atmosphère de travail, propice à de belles conquêtes. Et c'est ce qui a fait défaut à son prédécesseur Danny Blind. "Depuis qu'il est revenu, le plus grand changement c'est l'ambiance au sein du groupe néerlandais, valide notre témoin. C'est plus positif et plus décontracté qu'avant. Même sa relation avec les médias est meilleure que celle qu'avait l'ancien sélectionneur".
Comme Deschamps, il est flexible tactiquement
En récupérant ce poste important, la première démarche d'Advocaat a été de s'entourer des éléments aguerris, des joueurs rompus aux joutes internationales à grands enjeux et qui sont les plus à même à être ses relais sur le terrain. Le retour de Robin Van Persie, qui n'avait plus été convoqué depuis octobre 2015, s'inscrit dans ce sens. Il a aussi rappelé Stekelenburg, tout en maintenant Wesley Sneijder et Arjen Robben. Une petite touche d'expérience, mais qui ne l'a pas empêché de faire également confiance aux jeunes, ceux qui incarnent le futur de cette équipe. "C'est un entraineur qui n'a aucun problème de ce côté-là. Il peut gérer des vieux et des moins vieux. Aux plus anciens, il leur fait sentir qu'ils sont toujours importants. Et les jeunes, il les fait énormément progresser à travers ses conseils", indique Slot.


Et tactiquement où se situe la différence avec ceux qui l'ont précédé dans cette mission ? La particularité d'Advocaat c'est qu'il n'est pas figé sur un seul système. Un peu comme son homologue français, Didier Deschamps, il sait s'adapter aux différentes situations et proposer des schémas variables en fonction des circonstances. Comme tout Hollandais qui se respecte, il peut aligner son équipe en 4-3-3 quand il y a besoin de chercher un résultat. Et, d'un autre côté, il peut opter pour un 5-3-2 moins offensif lorsqu'il s'agit de défendre un résultat ou affronter un adversaire supérieur sur le papier. Ce jeudi, les Français vont être confrontés à cette sélection aux options tactiques modulables, mais aussi et surtout au moral retapé et aux ambitions retrouvées.
