Un footballeur peut-il être plus performant après avoir dépassé la trentaine, qu'il ne l'a été durant la majeure partie de sa carrière ? La réponse qui tombe sous le sens est négative, et les exceptions sont plutôt rares. Toutefois, celles-ci ont le mérite d'exister. Par le passé, des joueurs comme Toni, Diego Milito, Cannavaro, voire Filippo Inzaghi, ont montré que la fin d'une carrière n'est pas nécessairement synonyme de déclin. Et, aujourd'hui, il y a un joueur en Espagne qui accrédite cette thèse, en la personne d'Aritz Aduriz. Ce dernier conforte même l'idée qu'il ne faut jamais enterrer trop vite un élément ayant dépassé la trentaine.
Real Madrid, 222 jours sans la BBC
Aduriz a soufflé ses 30 bougies en février 2011. Avant cette date, sa carrière pouvait au mieux être considérée comme acceptable. En onze saisons et demie passées chez les pros, il ne s'était offert que 54 buts. Bien qu'ayant côtoyé plusieurs formations de l'élite (Athletic Bilbao, Valladolid, Majorque, Valence), il ne s'est imposé comme titulaire indiscutable nulle part. Et ce n'est qu'à quatre mois de son 30e anniversaire, qu'il a fêté sa première sélection avec l'Espagne (toutes catégories d'âge confondues). Et pour ce qui est de son palmarès, il était vierge de toute distinction, aussi bien sur le plan individuel que collectif. Et le bilan de ses post-trente ans ? Il est infiniment plus reluisant. Le jour et la nuit même, en comparaison avec la période précédente.
Il tient tête à Messi et Ronaldo
Depuis qu'il est "treinta", Aduriz n'est plus le même joueur et encore moins le même attaquant. Il a grandement gagné en assurance, en efficacité et en régularité et ses statistiques sont là pour le prouver. Entre février 2011 et aujourd'hui, il a trouvé le chemin des filets adverses à 110 reprises. Pas mal pour un "vieux". De plus, il faut remonter à 2011/12 pour trouver trace d'une campagne où il a signé moins de 14 réalisations en Liga. Dans ce championnat très relevé, seuls les deux mastodontes Lionel Messi et Cristiano Ronaldo peuvent se targuer d'être aussi constants dans la durée. Cela en dit suffisamment sur la dimension prise par le natif de San Sebastian.
Mais, comment Aduriz est parvenu à passer subitement du statut d'attaquant moyen à celui de véritable goleador, et ce malgré le poids des années ? Quel a été le déclic qui a permis cette métamorphose. Gorka Posada, journaliste de Goal Espagne et spécialiste de l'Athletic, nous éclaire sur le sujet : "C'est parce qu'il a eu plus de stabilité dans sa carrière. Je trouve qu'il a toujours été un bon attaquant. C'est juste que dans ses précédentes équipes, il a toujours dû faire face à la concurrence d'un autre avant-centre. Et puis, lui, si vous lui demandez, il vous répondra qu'il a toujours eu de bons gênes".
Le manque de concurrence est-il vraiment la seule raison pour laquelle Aduriz a franchi plusieurs paliers à la fois en un temps record alors qu'il avait dû mal à en surmonter ne serait-ce qu'un avant ? Si la confiance est un facteur qui favorise l'épanouissement d'un attaquant, il serait réducteur de mettre cette transformation uniquement sur le compte d'un contexte plus favorable. L'idole de San Mames a progressé et élargi sa palette. Il a aussi amélioré ses points forts, comme son jeu dans les airs. Dans ce domaine, il n'a d'ailleurs aucun rival en Espagne. Au XXIe siècle, il est celui qui a marqué le plus de buts de la tête en Liga (47 buts).
Il n'a pas dit son dernier mot pour une place au Mondial
Alors que l'heure de la retraite approche, Aduriz est donc dans la forme de sa vie et il n'y a pour l'instant aucun signe d'une baisse de régime à venir. En Espagne, on n'est d'ailleurs même plus surpris de ce qu'il réalise. "Ses bonnes performances sont devenues "normales", témoigne Posada. À l'Athletic, il est le meilleur joueur de l'équipe et il n'a pas de remplaçant naturel à son poste. En championnat, l'Athletic compte 29 buts et Aduriz en a marqué 12 à lui seul. À Bilbao, il est comme un Dieu".
N'étant que 8e au classement des meilleurs buteurs de l'histoire du club (157 buts en 341 matches), Aduriz ne peut raisonnablement pas viser le titre du plus grand Pichichi des "Leones". Il finira par être rattrapé par les lois de la nature. En revanche, il peut viser un autre objectif. Celui qui, en cas d'accomplissement, embellira encore plus son fin de parcours et fera office d'aboutissement pour tout ce qu'il a réussi ces dernières années. Cette mission, c'est une place dans les 23 avec la Roja pour la Coupe du Monde. C'est loin d'être gagné mais l'espoir est là comme nous le confirme Posada : "Il n'est pas le principal attaquant de l'équipe et Lopetegui ne fera appel à lui que si d'autres joueurs à son poste sont blessés comme il l'a fait contre l'Albanie et l'Israël. Mais, qui sait. En étant réaliste, je lui donnerais 20% de chances d'être en Russie". Ce n'est pas beaucoup, mais en 2011 on donnait encore moins de chances à Aduriz de réaliser une fin de carrière comme celle qu'il connait.


