Alcaraz qui ? Telle était la réaction la plus répandue en avril dernier quand Kheireddine Zetchi, le président de la fédération algérienne, a fait appel à un modeste technicien espagnol pour le poste si exigeant de sélectionneur de l'Algérie. Tandis que les supporters d'El Khedra rêvaient d'un grand nom pour faire oublier les flops Rajevac et Leekens, c'est un illustre inconnu qui a été appelé à la barre d'une sélection en plein doute et qui sortait d'une CAN 2017 calamiteuse. Auprès de l'opinion générale, les sentiments partagés étaient ceux de l'incompréhension et de la déception. Mais, ils ont depuis laissé place à une certaine curiosité, voire à de l'excitation. Le nouveau patron des Fennecs a tout mis en œuvre dans les coulisses pour gagner la sympathie et un minimum de confiance de la part de ses hôtes.
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À défaut de séduire par sa carte de visite, l'ancien entraîneur de Grenade s'est fait remarquer par ses actes. À peine intronisé, il s'est retroussé les manches pour se mettre au travail. Et il ne l'a pas fait qu'en restant assis derrière son bureau au siège de la FAF. Non, le technicien ibérique s'est engagé dans un long tour d'Europe pour rendre visite à la majorité des internationaux évoluant à l'étranger. Accompagné de son adjoint (et traducteur) Hakim Meddane, il a sillonné le Vieux Continent avec comme objectif de sonder l'état d'esprit d'une vingtaine de joueurs, s'enquérir de leur forme et aussi leur présenter son projet.
Une bonne communication, son cheval de bataille
Cette méthode de travail n'était pas courante chez les sélectionneurs en Algérie, et encore moins chez ceux d'Europe. À travers cette initiative, Alcaraz n'a cependant pas cherché à se démarquer de ses pairs. Simplement à mieux connaitre ses joueurs, lui qui n'a encore jamais officié ailleurs qu'en Espagne (à part une expérience d'une année en Grèce). Et, il a surtout voulu créer d'entrée des liens étroits avec ses hommes, de façon à ce que ces derniers se sentent rapidement en confiance et concernés par la nouvelle mission des Verts. Une initiative qui a été appréciée, à en croire les propos tenus par Idriss Saadi, l'attaquant de Courtrai (ex-ASSE) à la Gazzette du Fennec : "Cela change du précédent staff avec qui les contacts étaient inexistants".
Il n'y a pas qu'avec son groupe qu'Alcaraz a essayé de créer une proximité. Conscient du rôle que jouent le public et les supporters dans un pays où le football est beaucoup plus qu'une simple passion, l'Andalou a soigné sa communication. Très présent sur les réseaux sociaux, il n'a pas hésité à s'afficher régulièrement et partager des photos où on le voit discuter et prendre un café avec les joueurs auxquels il a rendu visite. Cela ne lui a pas valu que des compliments, mais il n'en avait cure. L'important était de se faire connaître et de rapprocher de nouveau l'équipe nationale de ses fans.
Contre le Togo, il passe (déjà) un test capital
Alcaraz est plein de bonne volonté. Toutefois, et en dépit de son faible vécu sur la scène internationale, il sait très bien que les résultats du terrain seront les principaux juges et que ce sont eux qui prédéfiniront sa cote auprès des Algériens. À ce titre, le match qui se présente ce dimanche contre le Togo, en ouverture des éliminatoires de la CAN 2019, constitue déjà une étape importante de son mandat. Ayant comme objectif de ramener les Fennecs dans le dernier carré du tournoi continental, il sait que tout autre résultat qu'une victoire le mettrait déjà dans une position inconfortable. Et le peuple algérien a beau être réputé pour son hospitalité, il n'est pas du genre à se montrer patient et conciliant quand les résultats ne sont pas à la hauteur.
À contrario, une victoire et Alcaraz pourra continuer à travailler dans la sérénité et préparer tranquillement la double échéance contre la Zambie, prévue à la rentrée prochaine et qui sera cruciale en vue d'une qualification pour le Mondial. Au vu du match gagné contre la Guinée mardi dernier (2-1), l'heure est plutôt à l'optimisme. Ce n'était certes qu'une rencontre amicale, mais l'Espagnol a alors séduit par son coaching payant, par sa volonté de tester des nouveaux (Attal) tout en relançant quelques anciens (Boudebouz, Feghouli), et aussi le souci qu'il a eu, à travers notamment un comportement très expressif sur le banc, à maintenir les siens sous pression jusqu'au bout. Ce ne sont peut-être pas les gages d'une aventure réussie, mais ça reste des signes encourageants que les suiveurs d'El Khedra n'ont plus décelés chez leur équipe depuis un bon moment.
