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Adversaire de la France et sélection hôte du Mondial, que vaut la Russie de Cherchessov ?

Ce mardi, au Stade Krestovski de Saint-Petersbourg, l'Equipe de France défie la Russie dans le cadre de sa préparation pour la prochaine Coupe du Monde. Sur le papier, et après s'être mesurée à la Colombie vendredi dernier (2-3), la sélection de Didier Deschamps va affronter un adversaire qui est parfaitement à sa portée. L'équipe dirigée par Stanislav Cherchessov n'appartient assurément pas au gotha du football européen. Mais peut-elle malgré tout créer la surprise ? Sur ce match et aussi à l'occasion de la phase finale du Mondial dont elle sera l'hôte.

Comme tout pays organisateur qui se respecte, la Russie est déterminée à réussir son tournoi. Depuis plusieurs mois, tout est mis en œuvre dans ce pays pour que la Sbornaya soit digne de ce grand rendez-vous et qu'elle franchisse enfin le premier tour d'un Mondial (la dernière fois c'était sous l'appellation de l'URSS en 1986). Cependant, entre les espoirs et les ambitions d'une nation et les réelles capacités d'un collectif, il existe parfois un vrai décalage. Le tout est de savoir s'il est maigre ou grand ? Une question à laquelle on a tenté de répondre ci-dessous avec le décryptage d'un ancien grand défenseur et capitaine de cette sélection, Viktor Onopko.

Une dynamique des résultats inquiétante

La Russie ne se présente pas à ce rendez-vous en étant portée par un bel élan de résultats positifs. Son dernier succès dans un match à enjeu remonte au 17 juin dernier contre la Nouvelle-Zélande en ouverture de la Coupe des Confédérations. Depuis, il n'y a pratiquement eu que des matches amicaux et le bilan est inquiétant avec quatre défaites, deux matches nuls et une victoire (contre la Corée du Sud). Certes, les adversaires qu'elle a défiés étaient d'un sérieux calibre (Argentine, Espagne, Brésil, Mexique et Portugal notamment). Mais il n'en demeure pas moins que la confiance est au plus bas, et qu'il n'existe pas beaucoup de certitudes sur lesquelles s'appuyer.

Le dernier match joué par les Russes c'était vendredi face au Brésil. Après une première période plutôt intéressante et aussi solide, les locaux se sont totalement écroulés avec trois buts encaissés (0-3). "S'il n'y avait pas eu Igor Akinfeev on en aurait concédé bien plus", juge Onopko. Un avis que les joueurs eux-mêmes n'ont pas contesté. Interpellé par les journalistes à l'issue de la partie afin de donner ses sentiments, l'attaquant Fedor Smolov a déclaré : "personne n'a joué, c'est normal que personne ne s'arrête (pour parler)".

Un secteur défensif très fragile à cause d'une cascade de blessés

En ayant tous ses meilleurs joueurs à disposition, la Russie n'a pas vraiment un effectif à faire peur. La période du milieu des années 2000 où la sélection pouvait se reposer sur des éléments de qualité dans chaque secteur semble aujourd'hui être très lointaine. Et, comble de malheur, elle se retrouve confrontée à une hécatombe de défections pour cause de blessures et en particulier en défense. Touchés sérieusement aux genoux, les arrières centraux, Gheorgi Dzhikia et Viktor Vassin, vont rater le Mondial. 

"Le match avec le Brésil a montré que la Russie a des problèmes en défense, affirme notre témoin. Ce n'est plus notre point fort. On a joué avec Kudryashov, Kutepov et Granat. Ces trois-là ne comptent que quelques matches en sélection. Et, de plus, ils n'ont jamais joué dans cette disposition (3-5-2)". Entraineur adjoint du CSKA, Onopko estime que le retour des frères Berezutski et celui de l'ex-capitaine Ignashevitch auraient permis de pallier ce problème ne serait-ce que partiellement, mais cette solution n'est pas envisageable : "Ce sont les meilleurs défenseurs en Russie, mais ils sont âgés. De toute façon, les jumeaux ont dit qu'ils ne se sentaient plus en mesure de jouer sur la scène internationale."

Une attaque peu clinquante

La Russie doit faire contre mauvaise fortune bon cœur. Pour oublier ses manquements, elle doit essayer de s'appuyer sur ses points forts. Le problème -un de plus-, c'est qu'elle n'en compte pas beaucoup. En attaque, les options crédibles se sont aussi réduites avec le forfait récent d'Aleksandr Kokorine. Onopko essaye pourtant de rester confiant et précise que marquer des buts ne sera pas nécessairement un problème : "En attaque, on a (Fedor) Smolov, (Aleksandr) Golovin et (Alan) Dzagoev. Ce sont de bons joueurs. Nous pourrons toujours marquer des buts, mais il faudra en prendre beaucoup moins derrière."

Parmi les joueurs cités, celui qui compte le plus de réalisations en sélection c'est Smolov (11 buts). C'est peu, et cela n'invite pas à un optimisme exacerbé. Dans le championnat local, il existe pourtant un buteur qui pourrait faire l'affaire, en l'occurrence Artem Dzyuba. Ce dernier présente une moyenne d'un but tous les deux matches avec la Sbornaya et il reste aussi sur un doublé avec sa nouvelle équipe d'Arsenal Toula. Mais le sélectionneur Cherchessov refuse de faire appel à lui, tout comme il reste insensible aux belles performances de l'expérimenté milieu défensif de Lokomotiv Moscou, Igor Denisov (54 capes). 

Golovin, un joyau à mettre sous protection

Actuellement, en équipe russe, le talent le plus prometteur se nomme Aleksandr Golovin. Il n'a que 21 ans et les supporters de l'Olympique Lyonnais le connaissent très bien puisqu'il avait fait très mal à leur équipe au début de ce mois en Ligue Europa (2-3). Milieu offensif très technique, il se démarque par son excellente vision de jeu, son audace et aussi ses dribbles. C'est un joueur qui n'hésite pas à provoquer et réveiller une équipe endormie. Il l'avait d'ailleurs fait lors de la dernière Coupe des confédérations.

Depuis l'illustre Andriy Arshavin, la Russie n'a pas eu de véritable leader technique en son sein. Golovin peut-il en devenir un à court terme ? Onopko livre son avis : "Il progresse rapidement au CSKA. Nous l'avons formé et c'est grâce au jeu du CSKA qu'il a rejoint l'équipe nationale. Il sera difficile pour lui d'être le leader de l'équipe nationale maintenant, parce qu'il est encore jeune et qu'il ne compte que quelques sélections. Mais il a tout pour devenir grand et briller durant le Mondial. Il peut se distinguer. Beaucoup de clubs européens le suivent déjà. Cela dit, pour devenir un leader, il reste encore du travail à faire."

Cherchessov, un sélectionneur méconnu mais qui a le soutien de tout un pays

Pendant de très longues années, entre 2006 et 2015, le poste de sélectionneur de la Russie a été occupé par un étranger. Mais, depuis l'échec cuisant de l'Italien Fabio Capello, la Fédération locale a opté pour des techniciens du cru. Et non à contrecœur, puisque cela lui permet de faire des économies. Après Leonid Sloutski, c'est donc Viacheslav Cherchessov qui s'occupe de cette Sbornaya. Un entraineur au pedigree assez mince mais qui a les aptitudes pour mener à bien sa mission d'après Onopko : "J'ai joué avec Stanislav au Spartak et il a été mon coéquipier en sélection. C'est un entraîneur qui aime le football, il en vit et s'en nourrit. De par son comportement, son humeur, il favorise l'éclosion d'un groupe. C'est un meneur et il a de l'expérience, à la fois comme joueur ou comme entraineur. Je suis sûr qu'il sera capable de mettre en place une bonne atmosphère et choisir les bons joueurs pour cette sélection."

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Cherchessov comme patron de cette Russie en quête de reconnaissance, même Raymond Domenech a validé l'idée. L'ancien sélectionneur français s'est exprimé dans un long entretien au quotidien russe Sport Express (édition de lundi) et pour lui c'est une bonne chose qu'une sélection soit dirigée par un entraineur local lors d'un grand tournoi : "Moi, je pense que c'est mieux. C'est mieux pour l'identification, et pour l'envie de réussir ensemble, a-t-il déclaré. Quelqu'un qui sait tout de la sélection, et avec qui il n'y a pas de problème de langage. Il connait la mentalité du pays, l'organisation et le fonctionnement local. Le problème qui existe c'est que quand il y a un étranger, on leur donne toujours plus de moyens qu'un entraineur local. C'est toujours pareil. Que ça soit en Russie, en France ou ailleurs. Un local, on lui demande toujours plus d'efforts et de sacrifices que pour un étranger qui arrive et qui exige tout, tout de suite. Pour finalement se rendre compte que c'est pareil ou moins bien en termes de résultats."

Verdict : une place en 8es de la Coupe du Monde serait déjà un bon résultat

Au regard de son potentiel et de ses ressources humaines du moment, la Russie peut difficilement prétendre à un long parcours cet été à l'occasion de sa Coupe du Monde. L'objectif qui a été déclaré du côté de Moscou c'est d'atteindre au moins le cap des quarts de finale. La barre parait tout de même trop haute et les supporters de cette sélection ne croient que très modérément à une telle performance.

Même Onopko, tout en se disant le "premier fan" de la Sbornaya, se montre relativement pessimiste. Pour lui, il faut déjà penser à bien négocier le cap des poules et ce n'est pas une tâche aisée d'après ses dires même si les adversaires du premier tour sont abordables (Egypte, Uruguay et Arabie Saoudite). "Le plus dur ça serait de s'extraire du groupe, a-t-il confié. Parce que la phase de groupe c'est un mini-championnat. Lors de la phase à élimination directe, d'autres facteurs entreront en ligne de compte : la préparation physique, la fraicheur mentale et la réussite. Si la sélection sort de son groupe, ce sera déjà un bon résultat."

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