Donnarumma Man City complaining GFXGetty/GOAL

Donnarumma face au choc culturel : en Angleterre, les gardiens ne sont pas des espèces protégées

La défaite de Manchester City à Newcastle samedi a offert un résumé saisissant du paradoxe Donnarumma : capable du meilleur comme du pire en l'espace de quatre-vingt-dix minutes. D'un côté, le colosse italien a remporté un duel fascinant avec l'immense attaquant des Magpies, Nick Woltemade, devenant le premier portier du championnat à mettre en échec l'Allemand, qui avait pourtant converti ses six précédents tirs cadrés. Avec trois arrêts de grande classe en première période, Donnarumma a maintenu son équipe à flot dans un match spectaculaire. Si Phil Foden ou Erling Haaland avaient été plus efficaces de l'autre côté du terrain, on aurait sans doute tressé des lauriers au gardien de la Nazionale.

Mais le destin des gardiens est cruel : on les juge sur leurs erreurs, pas sur leurs miracles. Et c'est sur un moment crucial, un corner en seconde période, que Donnarumma a flanché, exposant une fragilité qui commence à devenir un véritable plan de jeu pour les adversaires de City.

  • Newcastle United v Manchester City - Premier LeagueGetty Images Sport

    Sous le bombardement aérien

    L'avertissement avait pourtant été clair : quelques secondes avant le but, Donnarumma avait failli encaisser un "corner direct", sauvé in extremis sur sa ligne par une tête de Joško Gvardiol. À peine relevé, l'Italien a dû faire face à une nouvelle vague de bombardements aériens. Incapable de s'imposer dans sa zone, il a vu la tête de Bruno Guimaraes heurter la barre avant que Harvey Barnes ne pousse le rebond au fond des filets.

    La réaction de l'ancien Parisien fut immédiate et colérique. Furieux du contact physique imposé par Barnes sur l'action, il s'est rué vers l'arbitre Sam Barrott. Pourtant, le contact en question n'avait rien d'une prise de catch ; c'était le traitement standard réservé aux gardiens outre-Manche. Résultat des courses : une contestation stérile et un troisième carton jaune en neuf matchs. À ce rythme, avec une suspension qui pend au nez tous les cinq cartons, Donnarumma risque de manquer des matchs cruciaux simplement pour avoir ouvert la bouche. Une indiscipline chronique qui le suit depuis ses débuts à Milan (29 jaunes et 2 rouges en carrière), mais qui prend une tournure inquiétante en Angleterre.

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  • Newcastle United v Manchester City - Premier LeagueGetty Images Sport

    L'apprentissage par la dure

    Donnarumma n'était pas le seul Citizen à perdre ses nerfs à St James' Park. Pep Guardiola s'en est pris à l'arbitre (et bizarrement à un caméraman), tandis que Ruben Dias réclamait plus de clarté dans le règlement. « Quel est le sens de laisser leur joueur pousser notre gardien hors du but ? Sur le deuxième but, Gigio est poussé hors de sa zone et il n'y a aucune conséquence », a déploré le défenseur portugais.

    Guardiola, plus lucide à froid, a renvoyé la balle dans le camp de son joueur : « Il estime qu'au moment de toucher le ballon, il n'était pas stable. Que voulez-vous que je dise ? Gigio apprendra. » Et il va devoir apprendre vite. La Premier League ne changera pas ses règles séculaires pour accommoder un nouvel arrivant mécontent. Le contact physique est dans l'ADN du championnat.

  • FBL-ENG-PR-ARSENAL-MAN CITYAFP

    « Une guerre dans les six mètres »

    Ce choc culturel n'est pas unique à Donnarumma. Senne Lammens, le nouveau gardien de Manchester United, a dressé un constat similaire le mois dernier : « Je n'ai jamais vu des joueurs s'en tirer avec ce qu'ils font aux gardiens ici. Parfois, cela devient une guerre dans les six mètres. Ils vous attrapent, vous retiennent... C'est la nature de la Premier League, il faut s'y adapter et s'entraîner pour ça. » Même Ruben Amorim, le manager de United, s'est dit surpris par l'importance vitale des coups de pied arrêtés en Angleterre par rapport au Portugal.

    Si Donnarumma ne parvient pas à s'adapter à cette réalité, dans un championnat où les longs ballons et les phases arrêtées redeviennent prépondérants cette saison, Guardiola pourrait être tenté de rappeler James Trafford. Le jeune Anglais, lui, a passé sa carrière à se frotter à ces défis physiques que l'Italien semble découvrir avec effroi.

  • Manchester City v Bournemouth - Premier LeagueGetty Images Sport

    Repéré et ciblé

    Ce qui inquiète le plus, c'est la récurrence. C'était la deuxième fois en un mois que Donnarumma se faisait piéger sur corner, préférant blâmer l'arbitre plutôt que de se remettre en question. Contre Bournemouth déjà, il avait hurlé au scandale, estimant avoir été retenu par David Brooks, ce qui avait conduit à une sortie aux poings ratée et au but de Tyler Adams. L'arbitre Anthony Taylor n'avait pas bronché, et l'opinion publique non plus : la faute incombait à son intervention manquée.

    Cette séquence a sans doute servi de tutoriel à Newcastle. Les analystes vidéo adverses ont repéré cette faiblesse dans le jeu aérien, et il est certain que d'autres clubs vont s'engouffrer dans la brèche. Cette obsession pour l'arbitrage a d'ailleurs éclipsé une autre frayeur en début de match : une relance courte suicidaire vers Foden, qui a failli coûter un but dès la première minute. Un rappel que si le jeu au pied n'est pas le débat du jour, il reste un point de tension.

  • Manchester City v Everton - Premier LeagueGetty Images Sport

    Un gardien de classe mondiale, mais...

    Le recrutement de Donnarumma marquait pourtant une évolution tactique intéressante pour Guardiola. Conscient que l'ère des gardiens "meneurs de jeu" touchait peut-être à sa fin au profit d'un retour aux fondamentaux, le staff de City, et notamment l'entraîneur des gardiens Xabier Mancisidor, avait misé sur les qualités exceptionnelles de l'Italien sur sa ligne. Son expérience au plus haut niveau depuis ses 16 ans et sa capacité à gagner des duels (comme sa parade face à Mbeumo dans le derby) devaient compenser ses limites balle au pied.

    Mais le staff semble avoir sous-estimé une variable : la recrudescence du jeu physique et des coups de pied arrêtés cette saison. En voulant un mur, ils ont recruté une forteresse qui vacille dès qu'on la bouscule un peu trop fort.

  • Manchester City v SSC Napoli - UEFA Champions League 2025/26 League Phase MD1Getty Images Sport

    Répondre au défi, pas à l'arbitre

    Pourtant, les débuts étaient prometteurs. Lors de ses premiers matchs, Donnarumma s'était concentré sur ses forces : un jeu long pragmatique et des arrêts décisifs. Il avait été impérial contre Arsenal, solide à Aston Villa et infranchissable à Brentford. « Quand on me dit qu'il a 26 ans, j'ai l'impression qu'il joue depuis des siècles. Son calme, sa présence... », s'enthousiasmait alors Guardiola.

    C'était le Donnarumma qu'on aime : une présence imposante qui rassure sa défense. Mais Bournemouth et Newcastle ont fissuré l'armure et exposé son talon d'Achille. Le match de Ligue des champions contre Leverkusen mardi pourrait lui offrir un répit dans un style de jeu plus continental, mais le retour au pain quotidien de la Premier League sera impitoyable. Les adversaires savent désormais comment le faire sortir de ses gonds. Au lieu de mordre à l'hameçon et de crier sur les arbitres, Donnarumma doit désormais s'élever au niveau du défi physique.

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