Dimitri Payet, MarseilleGetty

Pourquoi l'Olympique de Marseille est si laborieux dans le jeu ?

Au soir de la 15e journée, l'Olympique de Marseille était seul dauphin du Paris Saint-Germain. Preuve que le club marseillais est redevenu un candidat crédible pour le podium. Pourtant, l'impression dégagée par l'équipe dirigée par Rudi Garcia n'est pas brillante. Le contenu des rencontres très souvent décevant. Le déchet technique parfois affligeant. Le problème c'est que cela dure depuis plus d'un an. L'arrivée de l'ancien entraîneur de l'AS Rome était escortée d'un grand espoir. Force est de constater que si les résultats sont au rendez-vous, le jeu, lui, laisse clairement à désirer. Au point que certains comparent l'OM de Garcia à celui de Baup. Comment expliquer que le style de l'OM soit aussi laborieux ?

Monaco s'est fait très peur

Rudi Garcia trop frileux ?

Son Lille et sa Roma séduisaient. Son OM ennuie. Depuis son arrivée à Marseille, Rudi Garcia affiche un bilan comptable plus que correct mais son équipe n'enthousiasme personne. Tout l'inverse d'un Bielsa qui reste la référence pour les amoureux d'un OM flamboyant. Son ambitieux 4-3-3 s'est effondré avec la mauvaise passe de Lopez et Sanson. Revenu à un milieu à deux défensifs avec Gustavo et Zambo Anguissa, Garcia a musclé son équipe pour engranger des victoires. Qu'importe la manière. Sur certains matchs, il a même opté pour une défense à cinq. Au final, Garcia, qui vantait le jeu de possession et le pressing, passe pour un entraîneur frileux qui prend très peu de risques. Ses changements en cours de rencontre confirment ce sentiment. Alors que ses options tactiques, notamment la relance systématique de l'arrière, tendrait à démontrer une ambition. Peut-être trop grande pour les joueurs à disposition. Sa communication n'arrange rien. Garcia affiche un visage fermé et un projet de jeu peu offensif. Les chiffres démentent cette impression puisque l'OM marque à toutes les rencontres de L1. Au final, Garcia, qui avait une réputation d'entraîneur offensif, guide une équipe besogneuse qui s'appuie sur son caractère et ses individualités car il semble s'être adapté avec pragmatisme à la situation en renonçant à certains principes.

Dimitri Payet insuffisant

Pierre angulaire du projet McCourt, immense investissement (29 millions d'euros), Dimitri Payet n'est pas à la hauteur des espérances. Arrivé en janvier 2017, le meneur de jeu a participé à la conquête de la 4e place la saison dernière. Nommé capitaine, Payet devait porter l'OM cette année. Replacé dans l'axe après un début de saison délicat sur le côté gauche, l'international n'offre que des bribes de son talent. Miné par des blessures, Payet concède lui-même qu'il est loin de sa meilleure forme. "Mon niveau actuel n'est pas celui que je dois avoir, avoue-t-il. Les blessures m'ont ralenti dans ma progression. J'espère petit à petit reprendre le rythme. Je peux comprendre l'impatience mais le premier impatient c'est moi. Quand on est sur le terrain et qu'on sent qu'on est pas au top physiquement, c'est frustrant. Il me manque du peps. Je bosse pour revenir au plus vite. Je sais que je peux faire mieux". Avec un but et 4 passes décisives, lui, qui devrait être le dépositaire du jeu voire même parfois le sauveur, est loin du compte. Même ses coups de pieds arrêtés sont en panne. Si l'OM ronronne et n'offre pas un jeu fluide, c'est en grande partie parce que son meneur patine...

Dimitri Payet, MarseilleGetty

Des côtés improductifs

Avec 413 centres lors des 16 premières journées, l'OM est la troisième équipe la plus performante de Ligue 1 dans ce secteur. Mais quelle est l'efficacité de cet exercice ? Quand on prétend dominer, presser haut et bénéficier de la possession, les côtés sont un aspect prépondérant du jeu offensif pour porter le danger devant le but adverse. Sauf qu'à l'OM, ils sont souvent improductifs. D'abord les latéraux. Dans un premier temps, Patrice Evra a miné le flanc gauche. Heureusement Jordan Amavi a pris le relais. Habile des deux pieds, l'ex-Niçois a offert une passe décisive et se porte volontiers vers l'avant. De l'autre côté, Hiroki Sakai a lui aussi délivré une offrande. Mais pour combien de centres ratés ? Devant lui, Florian Thauvin (119 centres, 3e de L1) a donné 8 passes décisives mais pas toutes sur un centre. Car le problème des joueurs offensifs de couloir, Thauvin ou Ocampos voire Payet, c'est leur tendance à repiquer dans l'axe. Certes, cela permet de combiner ou de frapper au but mais cela crée aussi un embouteillage. Ocampos est souvent brouillon, Thauvin parfois taxé d'individualisme. Avec des côtés si peu habiles, c'est tout le jeu de l'OM qui perd de son punch.

Des attaquants inefficaces

Dans un 4-2-3-1, l'attaquant de pointe a le rôle de finisseur. Mais à l'OM, il ne finit pas grand chose. Totalement esseulés, Mitroglou, Germain ou Njie, trois joueurs aux profils pourtant différents, participent très peu au jeu. Mitroglou est une pure pointe de fixation mais il est très peu servi. Le Grec joue peu en déviation. Germain lui est un vrai joueur de ballon qui serait tellement plus à l'aise avec un compère d'attaque. Sauf que seul devant, il ne sert à rien en courant dans le vide. Enfin Njie est un joueur d'espace qui court tout droit. Il ne faut pas compter sur lui pour réaliser des actions collectives avec ses camarades. Pour ces raisons diverses, aucun des trois attaquants n'est donc actuellement en mesure de faciliter la création du jeu. "Un attaquant ça marche à la confiance. Ils ont besoin de ce but qui fera que ça ira mieux, assure Dimitri Payet. Mais ils sont présents devant. Si Flo, Morgan ou moi avons des espaces c'est parce qu'ils créent des brèches, ils bossent...". De la capacité à trouver la pointer à l'intégrer au jeu collectif dépend une partie du salut de l'OM.

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