Si la vague de chaleur qui s'est abattue sur l'Europe va aller decrescendo dans les semaines à venir, la vague de rouges qui s'est étendue sur la Liga depuis l'entame de la saison n'est pas naturelle et fait monter la température dans les différentes salles de presse du championnat ibérique. Pas la peine de convoquer de grands experts en météorologie ou de donner du grain à moudre aux consultants de tous poils. La faute n'est pas celle des arbitres.
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Les avertissements et autres expulsions se sont multipliées depuis le match aller de la Supercoupe d'Espagne entre Madrid et Barcelone, quand Ricardo De Burgos Bengoetxea avait expulsé Cristiano Ronaldo. La star du Real avait poussé l'arbitre, ce qui n'entre tout de même pas dans la catégorie des faits de jeu anodins. Ronaldo a ensuite enchaîné les communiqués désapprobateurs, sans parler des rumeurs de départ et des plaintes de "persécution" qui ont affleuré comme par magie dans les pages des journaux espagnols par la suite.
Dès le début du championnat, Antoine Griezmann, la star de l'Atletico Madrid, avait insulté monsieur Juan Martinez Munuera, lui disant en des termes crus qu'il n'était pas assez brave pour siffler un pénalty en faveur des Colchoneros à Gérone. Résultat, un second jaune synonyme d'expulsion pour le Français. Sa première en 362 apparitions en Liga.
Ever Banega a lui aussi reçu un second jaune lors de la première journée de Liga, environ... 15 secondes après le premier ! Le milieu argentin a manqué de respect à monsieur Alejandro Hernandez-Hernandez et a simplement eu ce qu'il méritait. Et il ya bien sûr Sergio Ramos, qu'on ne présente plus dans le domaine de la discipline. En fin de rencontre, et alors que son équipe menait 3-0 en Galice, il met le coude sur un duel aérien avec Borja Valle alors qu'il avait multiplié les agressions pendant toute la rencontre, notamment envers Fabian Schar.
La Liga, un contexte toujours si particulier
On est loin, très loin même, des joueurs de Premier League, qui s'approchent respectueusement de l'arbitre avec les mains derrière le dos... Il faut néanmoins spécifier le contexte bien particulier de la Liga. Un championnat quasiment entièrement dépendant de sa locomotive bicéphale madriléno-catalane et où l'establishment merengue est en contradiction permanente avec les velléités contestataires plus ou moins intactes des Blaugranas, sans oublier le morcèlement identitaire spécifique à ce championnat avec des clubs issus de différentes régions et communautés.
Dans ce cadre particulier, il est normal de voir fleurir dans les grands quotidiens sportifs locaux des enquêtes sur le nombres de fautes ou de pénaltys accordés à tel mois de compétition en faveur de telle équipe, de retracer l'historique conjoint entre tel arbitre et tel club ou de disséquer allégrement à la télévision le phénomène des "malettas", ces malettes remplies d'argent envoyées à des clubs par d'autres formations pour les motiver lors de la dernière journée du championnat. Un procédé courant, mais illégal, qui reste néanmoins toujours très difficile à prouver et culturellement admis dans le folklore riche et particulier du football espagnol.
Mais ce contexte très spécial et les enjeux, gargantuesques n'excusent pas tout. Notamment pour des joueurs qui pour certains, sont considérés comme des icônes pour toute une génération de jeunes footballeurs. Quand on voit les statuts de certaines stars de la Liga, un Ronaldo ou un Griezmann ne peuvent décemment pas se permettre de pousser ou insulter les officiels.
Des joueurs-vitrines avec une aura qui rivalise avec celles des plus grandes icônes du divertissement mondial (sportif ou culturel) n'ont pas le droit d'établir le respect des standards du loi du jeu à un niveau aussi bas. Quand on sait qu'un parc d'attraction Lionel Messi est prévu en 2019, on se rend compte de l'impact que de tels joueurs, familiers même pour les profanes, connus même des plus jeunes, peuvent avoir sur le rapport du football à ceux et à celles qui sont censés appliquer ses lois. À l'heure où la position de l'arbitre - lequel a toujours été faillible, une composante primordiale du football que l'on a trop souvent tendance à occulter - est plus que jamais scrutée, où la vidéo s'immisce dans le débat et s'avère être une source additionnelle de questionnements plutôt qu'une solution définitive, les stars de la Liga doivent surtout montrer l'exemple et élever le niveau. C'est bien ce qu'on est en droit d'attendre de la part de grands joueurs, non ?




