Humiliés et trahis. Voilà les deux sentiments qui habitent les supporters de l'Olympique de Marseille après la cuisante défaite subie à Monaco (1-6). Humiliés d'abord par une rouste historique au Louis-II qui démontre encore tout ce qui sépare le champion de France et le club marseillais dont l'équipe n'a rien montré, si ce n'est ses limites. Trahis aussi par un entraîneur et des dirigeants qui n'ont pas respecté leur parole, eux qui promettaient depuis des mois un recrutement spectaculaire et du beau jeu. Un an quasiment jour pour jour (c'était le 29 août 2016) après l'annonce du rachat par Frank McCourt à Margarita Louis-Dreyfus, l'OM semble (presque) revenu à la case départ. Avec une direction incapable de finaliser des recrues, des joueurs au niveau affligeant et un entraîneur sans solution. Et cette sentation n'est pas dûe uniquement à la présence de MLD et de son fils Kyril dans les tribunes monégasques.
Monaco-Marseille (6-1) : Le festival de Monaco, l'échec cuisant de Rudi Garcia
Rudi Garcia justement, l'entraîneur est aujourd'hui dans l'oeil du cyclone. Arrivé en octobre, l'ex-coach de Lille et de l'AS Rome a certes hissé l'OM à une 5e place inespérée à sa prise de fonction et aligné une série de 18 matches sans défaite entre mars et août. Mais son projet de jeu est encore illisible. Pourtant, le technicien a été engagé pour produire un football offensif. Après dix mois de travail, on est loin du compte. Le Marseillais Garcia n'est plus celui de Lille ni de Rome quand ses equipes évoluaient haut sur le terrain et exercaient un pressing puissant. Que se passe-t-il ? Sa philosophie a-t-elle évolué ? Son effectif n'est-il pas a la hauteur de ses intentions ? Il a pourtant eu une saison et une préparation estivale pour mettre en place ses idées et façonner son groupe ! Car Garcia a les pleins pouvoirs pour choisir ses hommes. C'est lui qui a voulu garder Doria, fait de Rolando son pilier et relancer Ocampos. C'est lui qui a souhaité la venue de Sertic. Des exemples mais on peut en citer d'autres...
La patte Garcia n'est pas visible. Ses choix tactiques sont étonnants. A chaque confrontation face à un gros, le coach olympien a offert le visage d'un homme frileux, refusant le défi. A Monaco, comme l'an passé, il a aligné un onze ultra défensif. Certes, il devait faire face à de nombreuses absences de poids (Rami, Payet, Njie). Mais c'est justement dans ce contexte qu'on attendait ses solutions. S'il avait joué crânement sa chance, les supporters auraient pu le tolérer. Mais en se reniant une nouvelle fois, Garcia est devenu impardonnable. Pour son tout premier match à la tête de l'OM, Garcia avait installé un bus devant la cage de Pelé au Parc des princes. En décrochant le nul (0-0), il avait été salué pour son pragmatisme. Avec le recul, on peut se demander si ce n'était pas le pire message que pouvait lancer ce nouvel OM pour le premier rendez-vous de l'ère McCourt. Il était en tout cas annonciateur d'un état d'esprit qui ne colle pas forcément à ce club et à sa devise.
Outre la stratégie, Garcia déroute par ses choix d'hommes. L'an passé, il avait provoqué le calvaire d'Alessandrini en l'alignant dans le couloir gauche d'un 5-3-2. Cet été, il a reconverti Bouna Sarr arrière droit. A Monaco, son 5-4-1 avec Hubocan et Amavi à gauche a anéanti son collectif pendant qu'Evra cirait le banc et Cabella attendait son départ. "Je suis le seul fautif", a-t-il avoué après la déroute dans un exercice de contrition qui ne lui ressemble guère. Car pour ne rien arranger à son cas, Rudi Garcia avance avec une communication qui passe de moins en moins auprès des supporters.
On le voit, le dossier RG s'alourdit chaque semaine. Néanmoins, Garcia n'est pas menacé. Même dans des proportions dramatiques, la défaite à Monaco est logique. Elle était presque attendue. Garcia demeure l'homme fort du projet sportif. Mais la remise en cause de ses compétences et de sa capacité à mener l'OM vers les sommets est un signal d'alerte pour les dirigeants. Car au-delà du seul Garcia, c'est tout l'OM Champions Projet qui est désormais le sujet de toutes les interrogations. Depuis plusieurs semaines, des doutes avaient surgi sur la stratégie mais surtout les moyens à disposition. La claque de Monaco a confirmé les inquiétudes. Au bout d'un an, l'OM évolue encore à des années-lumière de ses principaux concurrents. Les dirigeants réclament de la patience car il est impossible de tout réussir en si peu de temps. Mais les signaux sont inquiétants. Les attentes étaient trop fortes pour les décevoir si vite. Le club se structure à tous les étages (formation, administration, communication...) mais le mercato demeure le point crucial de la saison d'un club professionnel. Jacques-Henri Eyraud avait placé la barre très haut. Il ne reste que quelques heures pour la redresser de manière significative. De son côté, Rudi Garcia entame sa première zone de fortes turbulences à l'OM. A lui de prouver qu'il a les armes pour la traverser et retrouver des eaux plus calmes.


