L'image est terrible, presque insoutenable. Sur le banc de touche, le visage enfoui dans son maillot, Brahim Diaz est inconsolable. Quelques minutes plus tôt, il avait le destin de tout un peuple au bout du pied. Meilleur buteur du tournoi, leader technique incontesté, il s'avançait pour tirer le penalty du sacre à la 90e minute d'une finale irrespirable face au Sénégal. Mais au lieu de choisir la sécurité, le numéro 10 marocain a tenté l'impossible : une panenka, captée avec une facilité déconcertante par Edouard Mendy. Ce geste, perçu comme une arrogance mal placée, a précipité la chute des Lions de l'Atlas, finalement battus en prolongation (0-1).
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AFPL'hubris du héros déchu
Ce qui choque le plus, au-delà du raté technique, c'est l'attitude. Dans un contexte de chaos absolu, après 25 minutes d'interruption et une tension extrême où les Sénégalais criaient à l'injustice, Brahim Diaz a voulu jouer au plus malin. Plutôt que de simplement marquer, il a cherché à humilier le gardien adverse, à signer son œuvre d'un geste de génie qui s'est transformé en acte de suffisance. Cette tentative de "finir en beauté" s'est retournée contre lui avec une violence inouïe, transformant le meilleur joueur marocain du tournoi en paria instantané
AFPLe contraste saisissant avec Sadio Mané
La faillite de Diaz est d'autant plus criante qu'elle s'oppose à la classe immense de son adversaire, Sadio Mané. Alors que le Madrilène vociférait pour obtenir son penalty et perdait ses nerfs, le capitaine sénégalais a endossé le costume de leader responsable. C'est lui qui est allé chercher ses coéquipiers dans les vestiaires pour les convaincre de reprendre le match, prônant la dignité dans l'adversité. "On va perdre, mais comme des hommes", semblait-il dire. La victoire finale et son trophée de meilleur joueur du tournoi sonnent comme une récompense karmique face à l'orgueil de son rival.
AFPLa colère froide de Walid Regragui
La scène n'a échappé à personne. Au coup de sifflet final du temps réglementaire, Walid Regragui s'est dirigé vers sa star pour lui crier dessus devant le monde entier. Le sélectionneur, conscient que le titre venait de leur échapper par pure vanité, n'a pas cherché à protéger son joueur. Ce savon public, suivi d'un remplacement rapide en prolongation, marque une rupture brutale. Diaz, qui pensait offrir la deuxième étoile au Maroc à Rabat, a fini la soirée seul, accablé par le poids de sa faute, recevant son trophée de meilleur buteur comme un fardeau.
AFPUne cicatrice pour l'éternité
Comme Zidane en 2006, Brahim Diaz restera l'homme d'une finale perdue sur un coup de folie. Mais là où le Français avait craqué sous l'émotion, le Marocain a péché par arrogance. Il faudra une force mentale hors du commun pour se relever de cet échec public et monumental. Car au Maroc, où le football est une religion et l'attente d'un titre continentale dure depuis 50 ans, on ne pardonne pas facilement à ceux qui préfèrent leur gloire personnelle à l'intérêt de la nation.