Brahim Diaz Morocco AFCON Real Madrid GFX 16:9Getty/GOAL

L'homme qui valait une CAN : comment le Maroc a transformé Brahim Diaz en superstar

Walid Regragui n'a pas peur des mots : « Brahim peut être le meilleur joueur du monde s'il le veut. » Cette phrase, prononcée après la qualification contre le Cameroun, pourrait faire sourire en Europe. Mais pour ceux qui suivent la CAN 2025, elle résonne comme une évidence. Avec cinq buts en cinq matchs, Brahim Diaz n'a pas seulement porté le Maroc ; il a sublimé le tournoi.

Le contraste avec sa situation en club est violent. Au Real Madrid, il n'était qu'une variable d'ajustement pour Xabi Alonso (trois titularisations en Liga cette saison). Au Maroc, il est le "facteur X", l'homme par qui la lumière arrive. Dimanche, face au Sénégal, il a l'occasion de devenir une légende vivante pour tout un peuple. Une consécration qui pose une question brutale : que fait un tel talent sur le banc du Bernabéu ?

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    Le pari du cœur (et de la raison)

    Le choix de Brahim de représenter le Maroc en mars 2024, au détriment de l'Espagne, ressemble aujourd'hui à un coup de génie. Lassé d'attendre un appel de la Roja qui ne venait pas, il a écouté son cœur et les appels incessants de la fédération marocaine. « Je me sens 100% espagnol et 100% marocain », expliquait-il alors.

    Ce changement de nationalité sportive lui a offert ce qu'il cherchait désespérément depuis ses débuts à Manchester City : de l'amour et des responsabilités. Accueilli « comme un frère » par Achraf Hakimi et le vestiaire, il a trouvé une famille. En retour, il a offert au Maroc une efficacité redoutable (meilleur buteur des qualifications), prouvant que la confiance est le meilleur carburant pour un joueur de son profil.

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  • Une métamorphose mentale

    Ce qui impressionne le plus Regragui, ce ne sont pas les dribbles soyeux de l'ancien Milanais, mais son évolution mentale. Contre le Cameroun, on l'a vu tacler, presser, haranguer ses partenaires. « Il a compris ce que signifie avoir du sang marocain », résume le sélectionneur.

    Brahim n'est plus ce joueur frêle qui attendait le ballon dans les pieds. Il est devenu un leader de combat. Mustapha El Haddaoui, légende du football marocain, s'étonne même de sa fraîcheur physique malgré son manque de temps de jeu à Madrid. C'est la magie des grands tournois : l'adrénaline compense le manque de rythme. Brahim ne joue pas pour des statistiques ; il joue pour l'histoire.

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    Trop fort pour le banc du Real

    Mais la fête aura une fin, et le retour à Madrid s'annonce glacial. Le Real est en crise, Xabi Alonso est parti, et Alvaro Arbeloa, inexpérimenté, doit gérer un vestiaire en feu. Dans ce chaos, Brahim aura-t-il enfin sa chance ? Rien n'est moins sûr. Le club espagnol a toujours considéré le "Messi de Malaga" comme un luxe utile, jamais comme une pierre angulaire.

    Pourtant, ses performances à la CAN prouvent qu'il a l'étoffe des titulaires dans n'importe quel grand club européen. S'il peut porter la pression de tout un pays hôte lors d'une CAN, il peut porter l'attaque d'un club de Ligue des Champions. Pep Guardiola, qui l'avait lancé à 16 ans à City, avait vu juste en regrettant son départ pour Madrid. Il craignait que Brahim ne joue pas assez. Il avait raison.

  • Partir pour régner

    À 26 ans, Brahim Diaz est à la croisée des chemins. Il ne peut plus se contenter de miettes. S'il soulève le trophée dimanche à Rabat, il changera de dimension. Il ne sera plus "l'ancien espoir de City" ou "le remplaçant du Real", mais le héros qui a offert sa deuxième étoile au Maroc, 50 ans après la première.

    Ce statut exige un club à la hauteur de son talent actuel. Si le Real Madrid, obsédé par ses Galactiques Mbappé et Vinícius, ne peut lui offrir ce rôle, alors Brahim doit partir. L'Afrique a fait de lui un roi ; il ne peut pas redevenir valet en Europe.

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