Il ne craint rien, ni personne. Chevalier sans peur et (presque) sans reproches, Gérard Piqué ne rate pas une occasion de mordre. Le géant à la barbe flamboyante du Barça enflamme par ses propos les discussions dans les buvettes et les peñas à Barcelone et partout en Espagne. Jusqu'aux bureaux huppés des caciques de la Ligue.
Le Real Madrid envisagerait une action en justice contre Piqué
Mais si Piqué avait surtout pour habitude les passes d'armes avec Sergio Ramos et Alvaro Arbeloa, rivaux du Real Madrid et accessoirement coéquipiers en sélection, cette fois, il a exécuté une attaque plus frontale et encore plus dévastatrice.
"C'est lui qui a commencé !"
Après France-Espagne (0-2), un journaliste avait posé une question innocente à Piqué, lui demandant si comme Raul, il serait capable de travailler un jour pour le rival de son club, en l'occurence le Real Madrid : "Jamais ! Je n'aime pas les valeurs véhiculées par ce club". La discussion aurait pu en rester là, mais Piqué ne s'est pas laissé prier pour déballer son sac de griefs emmagasinés à l'encontre du club merengue : "Je considère la plupart des joueurs du Real comme des amis. Mais le club, qu'est-ce que je peux dire ?".
Barça, Piqué : "On ne parle jamais des erreurs en faveur du Real Madrid"
Le reproche que l'ancien joueur de Manchester Unitedfait au club royal, c'est sa prétendue proximité avec les puissants : "Je n'aime pas voir les magistrats qui jugent Neymar et Messi dans la tribune présidentielle de Santiago Bernabeu. Il y a des accusations pour Messi, Neymar mais rien pour Ronaldo (...) Tout le monde parle des erreurs de ce match, mais quand le Real avait gagné la Ligue des champions la saison dernière sur un but clairement hors-jeu, personne n'avait rien dit".
Ce à quoi Sergio Ramos, de guerre las, s'est contenté de répondre laconiquement : "Piqué, il est comme ça, on ne peut plus le changer". Piqués'était déjà distingué plus tôt cette année au "stade de la céramique", anciennement Madrigal récemment renommé par Villarreal. Il s'était mis à casser la vaisselle, lézardant la déjà très peu solide entente entre le Barça et la LFP. L'édifice du respect entre les deux instances a depuis été dynamité par Piqué, super héros du Barça, défenseur sur le terrain le jour et sur les réseaux sociaux la nuit.
Javier Tebas, président de la LFP, avait en effet critiqué les joueurs du Barça à Valence, après leur succès glané (2-3) sur pénalty en fin de rencontre. Un jeune fan de Valence, s'estimant lésé par l'arbitrage tout au long du match, jette une bouteille d'eau sur les joueurs catalans. "Ils sont tombés comme des quilles. J'aurais honte de simuler comme les joueurs du Barça. Je crois que ce comportement doit être puni. Il y a des millions d’enfants qui regardent."
Piqué au vif
Après un match houleux à Villarreal, avec quelques erreurs d'arbitrage, notamment une main de Bruno Soriano, Piqué a répondu à sa manière avec son doigt, rageur, levé vers la tribune officielle, vers Javier Tebas. "Tu l'as vu ? Oui toi, toi ! Tu l'as vu ?". Pressé par des journalistes l'ayant enjoint à désigner plus clairement celui à qui était destiné son message, Piqué a simplement dit :"Je sais à qui je m'adresse et pourquoi je l'ai fait. Lui aussi le sait (…) Chaque semaine qui passe me donne un peu plus raison". Porte-parole autodésigné du vestiaire, Piqué n'en est pas à son coup d'essai, allant même jusqu'à mentionner un complot pro-merengue ourdi pour nuire au Barça : "On sait comment cela fonctionne et c’est tout le temps la même chose ces derniers temps. Nous, nous voulons juste jouer au football, pas à la roulette", avait-il tonné après le match aller de Coupe du Roi à Bilbao (défaite 2-1) en référence à un arbitrage prétendument partial.
Véhicule des frustrations d'un club pas habitué à être second, grande gueule dans un univers policé, lisse et aseptisé, Piqué s'épanouit dans ce rôle de mégaphone bleu et grenat, voix officieuse et rocailleuse qui dit tout haut ce que le vestiaire pense tout bas quitte à user et abuser de mauvaise foi. De quoi convenir au caractère torrentueux du géant bleu et grenat. Alors que les relations institutionnelles entre le Real et le Barça sont au plus bas (on pense notamment à l'absence des joueurs catalans au gala de Zurich pour la remise du trophée de Meilleur Joueur FIFA) et que les succès de la Roja au niveau international ne sont plus là pour faire tenir le vernis à l'éclat trompeur de l'entente cordiale dans une Espagne morcelée depuis toujours par le régionalisme et les revendications identitaires, Piqué redonne de l'authenticité à la rivalité et de la consistance au débat. C'est avec un sourire amusé et un plaisir non dissimulé que nous lirons ses tweets gouailleurs et que nous constaterons ses sorties hargneuses. Car le football a, aujourd'hui, plus que jamais besoin d'être Piqué au vif.
