Didier Deschamps fait de la sobriété un principe de communication. Elle confine à la tiédeur, parfois. Mais depuis l'incroyable éclosion de Kylian Mbappé, le sélectionneur de l'équipe de France ne lésine pas sur les compliments. "Ce qu'il fait à son âge c'est exceptionnel", avait-il lâché sur Sky Sport. "Je le répète : exceptionnel". Il a aussi répété que c'était une chance que le prodige soit français. Le jeune homme, lui, esquive les dangers de sa gloire naissante avec une aisance désarçonnante. S'il n'y a pas un nuage sur son horizon en Bleu, il est naturel que son intégration soit progressive. C'est le sens de l'histoire. Comment Deschamps peut-il utiliser sa nouvelle arme ?
Comment va jouer la France face à l'Angleterre ?
Première option : devant dans un 4-4-2 classique

C'est dans ce 4-4-2 à plat que Kylian Mbappé a ébloui l'Europe au printemps. C'est aussi dans cette configuration qu'il devrait débuter contre l'Angleterre. Le jeune attaquant de Monaco y a ses repères. La perspective de recomposer tout le flanc fauche monégasque avec Mendy et Lemarest un premier attrait. Avec le club de la Principauté, Mbappé a aussi une complémentarité naturelle avec Falcao, tant sa mobilité et son inventivité s'accordent avec le profil plus statique du Colombien. C'est une complicité qu'il cherchera à calquer en équipe de France, mais l'affaire n'est pas simple.
Antoine Griezmann a (pour l'instant) un statut à part depuis l'Euro et ce schéma-là peut appeler à se passer d'Olivier Giroud (même si c'est le buteur d'Arsenal qui sera privilégié ce mardi). En plus d'un rendement et d'un état d'esprit irréprochables, Giroud est surtout un point d'appui évident pour un attaquant de son genre. Sans avoir une expression similaire, Kylian Mbappé et Antoine Griezmann vont donc devoir s'apprivoiser dans leurs déplacements, leurs appels, leur lecture du jeu. C'est par ces petites accointances que ce tandem vivra. Les vrais talents ne s'annihilent pas.
Deuxième option : devant dans un 4-4-2 en losange

Deschamps a exploré cette piste il y a trois mois, contre l'Espagne (0-2), dans un match où les Bleus n'avaient presque pas vu le jour au milieu. Alors aligné avec Kevin Gameiro devant Antoine Griezmann, Kylian Mbappé avait existé, lui, pour sa première titularisation. Ses quelques fulgurances avaient titillé la charnière Ramos-Piqué. On peut penser que le 4-4-2 en losange est une solution pour réunir Mbappé, Griezmann et Giroud, dont le travail de sape peut bonifier les deux artistes.
On peut aussi souligner qu'il mettra en valeur des latéraux offensifs, ce que sont Benjamin Mendy et Djibril Sidibé. Mais l'équipe de France n'est pas le Real Madrid. Ce schéma rare nécessite d'être peaufiné, répété, parfaitement quadrillé. À la perte du ballon, il devient dangereux si les compensations ne sont pas faites dans le bon timing par les milieux.
Troisième option : sur un côté dans un 4-2-3-1

Il serait tentant d'aligner dans une même attaque Griezmann, Giroud, Mbappé et Dembélé. Mais il est tellement tentant, aussi, de laisser Kylian Mbappé plus proche du but, là où sa carrière commence à s'écrire. C'est pourtant sur les ailes que le gamin de Bondy s'est fait les dents pendant toute sa formation. Cette position l'excentre, mais elle appelle aussi son explosivité, ses dribbles dévastateurs, sa qualité de passe et sa vitesse sur de plus longues distances.
À gauche - le côté qu'il affectionne le plus - à la place d'un Payet moins souverain quand il pique du nez, ou à droite à la place de son ami Ousmane Dembélé, qui est aussi dans une phase d'acclimatation chez les Bleus, les possibilités sont multiples. Dans un 4-4-3, sa mission offensive ne diffèrerait pas, mais son travail défensif serait moins lourd. Et Deschamps n'a plus utilisé ce système depuis l'avènement de Griezmann.
Remplaçant, l'option actuelle dans les matches à enjeu...
Il est peut-être un peu simple de pointer du doigt le conservatisme de Didier Deschamps, aujourd'hui, après une défaite en Suède (2-1) qui redistribue les cartes. Mais il faut reconnaître qu'un surplus d'audace était attendu pour certains joueurs, Mbappé en tête. Il y a les statuts, leur évolution. Il y a les choix, la mise en place. Et puis il y a le coaching. Sur tous ces thèmes, Deschamps n'en a peut-être pas fait assez pour envoyer un signal à la génération qui tape à la porte.
La remarque vaut autant pour Kylian Mbappé que pour Thomas Lemar ou Ousmane Dembélé. Mais la cohésion d'un groupe s'entretient aussi par la gestion de ses hommes. C'est dans cette logique que le Monégasque se contente pour l'instant d'entrer pour les matches à enjeu. Lui est parfaitement conscient de ce rapport à la hiérarchie. Ses coéquipiers, eux, sont parfaitement conscients de son talent. Le paysage changera. Il reste à savoir quand.





