Le début de saison cahotant et chahuté du Real Madrid a quelque peu éclipsé les malheurs de l'autre club de Madrid. Avant le derby entre deux équipes qui ne sont plus elles-mêmes cette saison, au lieu de parler d'éclipse, doit-on déjà parler du couchant de l'ère Simeone chez les Colchoneros ?
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"En football, tout va très vite", galvaude-t-on à loisir devant les machines à café comme sur les plateaux de télévision où s'égosillent journalistes et consultants. Et la déliquescence de l'Atlético a été, de fait, aussi rapide et brutale qu'une intervention de Diego Godin. Deux matches gagnés sur les neuf dernières rencontres disputées, 6 succès sur 16 sorties en tout, et 8 points de retard sur la première place en championnat. Non, il ne s'agit pas de l'odyssée passionnante et bigarrée d'un érythème de ventre mou de la Liga, mais bien de la saison des Colchoneros jusqu'ici.
Un poison nommé Wanda
L'Atlético ne ressemble plus à l'Atlético. Pendant six ans, ce qui faisait la force de cette équipe, c'est en grande partie l'esprit guerrier et la combativité ostentatoirement affichée. Le fameux "Cholismo", sorte de "Bilardisme" décompléxé, avec un bloc imputrescible et solidaire, des défenseurs buteurs (voire butors, vu le peu de courtoisie dont ils faisaient preuve auprès des attaquants adverses), des attaquants tacleurs et un entraîneur Stentor, qu'on aurait bien vu crieur des armées grecques lors de la guerre de Troie.
GettyMême si l'Atlético évoquait davantage les Spartiates aux Thermopyles, un petit groupe dénué de véritables stars parvenu à préserver un niveau de performances et de résultats très séduisant en insistant sur ses qualités en tant qu'unité indivisible. Cette équipe, qui fait partie du Top 4 européen depuis 2014, n'en a plus l'odeur, ni le goût, surtout pas après ses deux productions si fades face à Qarabag, notamment l'humiliant 1-1 à domicile. Les Colchoneros vont certainement passer sous les fourches caudines d'une non-qualification en 8es de finale de la C1 (la sortie la plus précoce de l'Atléti dans cette compétition depuis 2009) et il est largement le temps de se demander ce qui cloche au Wanda Metropolitano.
Défense sans niaque...
Entraîneur ? Joueurs ? Les deux ? Le problème de l'Atlético Madrid, c'est un peu tout ça. C'est surtout un club qui a eu du mal à évoluer et à renouveler sa formule, peu aidé en cela, il est vrai, par l'interdiction de recruter qui l'a frappé l'été dernier. Diego Costa et Vitolo sont en chemin, mais n'arriveront qu'en janvier prochain et en attendant, le club Rojiblanco doit composer avec un attelage hétéroclite composé de vétérans fatigués et d'erreurs de casting plus ou moins flagrantes. Vietto, Kranevitter, Santos Borre et d'autres recrues n'ont, effectivement, pas eu l'impact espéré comme le stipule la formule consacrée.
Des joueurs comme Diego Godin, Juanfran et Gabi ne sont plus aux mêmes niveaux de performance cette saison, c'est un fait. Le squelette de l'équipe n'est tout simplement plus aussi solide. Simeone, qui a toujours eu la confiance de ses joueurs, veut la leur témoigner en retour avec un peu trop de fidélité. Le cas Sime Vrsaljko est un exemple asez prégnant, lui qui possède toutes les qualités pour apporter un vent de fraîcheur sur le flanc droit de la défense madrilène, mais qui doit rester à la périphérie d'un Juanfran très moyen. Surtout dans les grands matches.
...et attaque patraque
Mais une défense brinquebalante et des joueurs qui ont subi les affres du temps (Diego Godin 31 ans, Juanfran 32 ans, Filipe Luís 32 ans, Fernando Torres 33 ans, Gabi 34 ans...) ne sont pas les seuls problèmes dont souffre l'autre équipe de Madrid. Quand on base toute sa philosophie sur la "niaque", la solidarité et le sens du sacrifice, on devient forcément dépendant de ces valeurs et il suffit qu'un maillon de la chaîne lâche pour que la solidité de l'ensemble en pâtisse. Surtout que l'Atlético ne peut pas s'appuyer sur ses individualités pour cacher la misère de son collectif.
L'attaque madrilène aurait bien eu besoin de la créativité et de l'audace qu'alloue Antoine Griezmann à ses coupes de cheveux. Mais le Français (3 buts en 13 matches toutes compétitions confondues) comme son club, ont été très peu inventifs et encore moins productifs dans les surfaces adverses depuis l'entame de l'exercice. Remplacé dans le money time lors de la rachitique victoire acquise en toute fin de match chez le Deportivo (0-1) en Liga, l'ancien joueur de la Sociedad n'est plus considéré comme l'homme providentiel par son coach et est à l'image ce que propose son équipe, laquelle culmine à un abyssal taux de conversion de 2.6% en Ligue des champions avec 78 tirs pour... 2 buts en tout. Oui, c'est le pire ratio de la compétition.
Getty ImagesSi les deux sorties face à Qarabag signent certainement les pires productions de l'Atlético cette saison et depuis plusieurs mois, les matches des Colchoneros en Liga depuis l'entame de la campagne ne sont pas non plus des modèles d'esthétique, ni des parangons de ravissement ludique. L'Atlético se crée en moyenne 11.4 occasions par match contre 13.3 en 2016-2017 selon les stats officielles de la Liga.
On peut brandir les absences de l'influent et régulateur Koke et du cheval fou et souvent inspiré Yannick Carrasco, mais cela n'explique pas tout. Cela n'explique surtout pas les chiffres affligeants de la défense... L'Atlético doit faire face à 4 tirs par match en moyenne cette saison, contre 2.7 il y a deux campagnes. Sur les 9 derniers matches, l'Atlético s'est fait rejoindre 4 fois en 9 matches. Sans Jan Oblak, l'un des rares joueurs encore au niveau cette saison, cela aurait pu être bien pire. L'impression de sérénité et de force qui se dégageait encore de cette équipe la saison dernière n'est plus. Comme un poids moyen qui se serait mis au défi de boxer chez les lourds, l'Atlético a du mal dans les derniers rounds. Le jet de serviette n'est plus très loin.
Le rance a un incroyable talent
Oui, cet Atlético a bien du mal à tenir la distance. Le contrat de Juanfran expire en juin prochain, pour Godin, Filipe Luis et Augusto Fernández, ce sera en juin 2019. Fernando Torres voudrait partir dès janvier, tandis que Kévin Gameiro, Nico Gaitán et Luciano Vietto devraient suivre plus ou moins rapidement. L'occasion de recruter -enfin- et surtout, de renconstruire. Car l'odeur du neuf des structures se même à celle du rance au Wanda Metropolitano. Le fumet qui s'en dégage évoque forcément la fin d'une ère.
Osons la métaphore informatique : quand un programme est trop lent et ralentit tout le système, il suffit souvent d'une mise à jour pour lui rendre toute sa célérité. Mais parfois, il faut aller jusqu'à mettre fin au logiciel manuellement. Reste à savoir si Diego Simeone, qui a signé un nouveau contrat en septembre dernier le liant à l'Atlético jusqu'en 2020, survivra au reboot.
