Getty Images Sport1. Wimbledon 2001 : Goran Ivanišević vs Patrick Rafter
Si quelqu’un avait parié sur ce scénario avant le tournoi, on l’aurait pris pour un fou. Le Croate Goran Ivanišević, triple finaliste malheureux dans le temple du tennis, débarque à Londres à la 125e place mondiale. Miné par des blessures à l'épaule, il ne doit sa présence dans le tableau qu'à une invitation (wildcard) des organisateurs.
Personne ne le voit passer la première semaine. Pourtant, Ivanišević se hisse jusqu'en finale lors du fameux « People's Monday » (le lundi du peuple) face à l’Australien Patrick Rafter. Au bout d'un suspense insoutenable et dans une ambiance de corrida, Goran touche enfin au but en arrachant le cinquième set 9-7. C'est la première et unique fois qu’un invité soulève le trophée de Wimbledon. Un pur miracle sportif.
AFP2. Roland-Garros 2004 : Gastón Gaudio vs Guillermo Coria
La finale du simple hommes de Roland-Garros 2004 a tourné au naufrage psychologique total, un scénario que personne n'aurait pu anticiper. Guillermo Coria, surnommé « El Mago » (Le Magicien), est alors le roi incontesté de la terre battue et l'immense favori face à son compatriote Gastón Gaudio. Les deux premiers sets confirment la correction attendue : Coria survole les débats (6-0, 6-3).
Soudain, la machine s'enraye. Tétanisé par le stress et perclus de crampes, Coria se liquéfie. En face, Gaudio, joueur ultra-talentueux mais connu pour sa fragilité émotionnelle, se met à y croire. L'irrationnel atteint son paroxysme au cinquième set : Coria se procure deux balles de match, mais les gâche. Gaudio sent le sang, ne lâche rien et s'impose (0-6, 3-6, 6-4, 6-1, 8-6). C'est, aujourd'hui encore, la finale la plus chaotique du tennis moderne.
AFP3. Wimbledon 2004 : Maria Sharapova vs Serena Williams
En 2004, Serena Williams est un monstre physique et tennistique, quasi invincible sur le gazon londonien où elle vise un triplé historique. De l'autre côté du filet se dresse une grande et svelte jeune fille russe d'à peine 17 ans : Maria Sharapova.
La logique annonce une victoire expéditive de la cadette des sœurs Williams. C'était sans compter sur l'agressivité et le sang-froid glaçant de la Sibérienne. Sans le moindre complexe face à la patronne, Sharapova dynamite les pronostics et s'impose en deux sets secs (6-1, 6-4). Cet après-midi-là, le résultat a choqué la planète tennis, redistribuant les cartes du circuit féminin du jour au lendemain.
4. Roland-Garros 1997 : Iva Majoli vs Martina Hingis
Martina Hingis arrive en finale de Roland-Garros 1997 escortée d'une aura d'invincibilité absolue. À 16 ans, la Suissesse est numéro 1 mondiale et surfe sur une série parfaite de 37 victoires consécutives depuis le début de la saison. Son génie tactique semble sans faille, et la Coupe Suzanne-Lenglen lui semble promise.
Mais la Croate Iva Majoli a d'autres projets. En dictant un rythme d'enfer et en frappant comme une sourde depuis le fond du court, Majoli paralyse complètement la finesse d'Hingis, diminuée par une chute de cheval survenue quelques semaines plus tôt. Le score laisse le monde du tennis en état de choc : une victoire 6-4, 6-2 net et sans bavure en faveur de Majoli, qui brise la série d'Hingis.
5. US Open 2021 : Emma Raducanu vs Leylah Fernandez
Dans le rayon des tournois renversants, l'US Open 2021 décroche la palme d'or. Personne, pas même les experts les plus pointus, n'aurait pu miser un centime sur une finale opposant deux adolescentes totalement hors du radar : la Britannique Emma Raducanu et la Canadienne Leylah Fernandez.
Le parcours de Raducanu a carrément défié les lois de la probabilité. Sortie des qualifications alors qu'elle pointait au 150e rang mondial, elle traverse le tableau principal sans perdre le moindre set, avant de surclasser Fernandez en finale (6-4, 6-3). Raducanu devient ainsi la première joueuse de l’histoire (hommes et femmes confondues) à remporter un Grand Chelem en étant issue des qualifications sans perdre un set. Un exploit unique, probablement gravé à jamais.
Quand le tennis s'affranchit de la logique
Le dénominateur commun de ces séismes repose sur un facteur clé : le mental, ce paramètre si crucial qui régit le sport de haut niveau. Contrairement aux sports collectifs, le tennis condamne le joueur à affronter ses démons seul face à lui-même, sans temps mort ni coaching pour inverser la tendance. C'est souvent lorsque le favori commence à réaliser le poids de l'enjeu que l'histoire bascule.
Pour Coria à Paris ou Serena à Londres, la tension a transformé un match maîtrisé en un véritable traquenard psychologique. À l'inverse, des outsiders comme Ivanišević ou Raducanu ont surfé sur une totale liberté d'esprit. Jouer sans avoir rien à perdre est souvent l'arme la plus redoutable du circuit.
Ces finales qui ont frôlé l'impossible
Même si elles n'intègrent pas notre Top 5, d'autres finales légendaires méritent d'être mentionnées pour leur scénario hitchcockien :
- Novak Djokovic vs Roger Federer (Wimbledon 2019) : où Djokovic l'emporte après avoir sauvé deux balles de match sur le service du Suisse.
- Rafael Nadal vs Daniil Medvedev (Open d'Australie 2022) : où Nadal signe un retour d'outre-tombe alors qu'il est mené deux sets à rien.
- Andre Agassi vs Andrei Medvedev (Roland-Garros 1999) : une remontada historique du Kid de Las Vegas après la perte des deux premières manches.
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