Rodrygo reborn at Real MadridGetty

Le revenant : comment Rodrygo a sauvé sa tête (et celle de Xabi Alonso) au Real Madrid

Il y a quelques mois, Rodrygo était un homme invisible. Malgré ses 15 contributions décisives en Liga la saison précédente, il n'avait débuté que 28 matchs, souvent sacrifié sur l'autel de l'équilibre. La fin de l'ère Ancelotti a été brutale : deux titularisations sur les dix derniers matchs, et un camouflet lors du Clásico décisif où il est resté sur le banc alors que son équipe perdait. L'arrivée de Xabi Alonso n'a rien arrangé.

Le technicien basque, dogmatique, ne trouvait pas de place pour ce joueur hybride, ni tout à fait ailier, ni tout à fait numéro 10. Alonso privilégiait des profils clairs : Brahim Diaz pour percuter, ou le jeune Franco Mastantuono. Rodrygo, lui, errait dans les limbes, remplaçant inutilisé lors de 16 des 20 premiers matchs de la saison. Le message semblait clair : la porte de sortie était grande ouverte.

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    Aucune position apparente

    Part of the problem, it seemed, was that Alonso couldn't quite find the right position for Rodrygo. C'est un problème qu'Ancelotti avait également. Malgré tous les discours sur la polyvalence et le talent de Rodrygo - Jude Bellingham l'avait qualifié de 'joueur le plus doué techniquement' de l'effectif de Madrid en février dernier - il est clair que le Brésilien n'est pas un ailier naturel. Il l'a d'ailleurs admis en 2022, révélant qu'il préfère jouer en tant que deuxième attaquant ou numéro 10. 

    Ancelotti a maintenu Rodrygo sur les ailes pendant de longues périodes, et ne l'a utilisé au centre que lorsqu'il avait besoin d'un remplaçant pour Karim Benzema tandis que le Français luttait avec une dernière saison à Madrid marquée par les blessures. De son côté, Alonso est un type d'entraîneur différent. Il n'utilise des joueurs que là où ils conviennent de manière apparente et évidente à son système. Quiconque joue à droite doit soit maintenir la largeur, soit rentrer à l'intérieur. Ainsi, il n'y avait pas de place pour Rodrygo, qui a tendance à opérer dans l'interstice droit et à dériver vers le centre.

    Ainsi, tandis que Rodrygo a été nommé parmi les remplaçants lors de 16 des 20 premiers matchs de Madrid en Liga et en Ligue des Champions de la saison, Alonso a préféré choisir des joueurs comme Brahim Diaz ou le nouveau recrue Franco Mastantuono pour accomplir des rôles rigides, qui sont devenus de plus en plus importants alors que Kylian Mbappe s'épanouissait en ayant la liberté de se déplacer sur toute la ligne d'attaque.

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    Le déclic de décembre et l'étreinte qui a tout changé

    Le tournant a eu lieu en Ligue des Champions contre Manchester City. Privé de Mbappé blessé, Alonso a tenté un pari : Rodrygo à droite dans un 4-4-2. Madrid a perdu (2-1), mais le Brésilien a marqué et a été le meilleur joueur sur le terrain. Son geste après le but — une étreinte démonstrative avec son coach alors menacé de licenciement — a marqué les esprits. « Je voulais montrer l'unité de l'équipe », a-t-il expliqué.

    Depuis, il marche sur l'eau. Un but vainqueur contre Alavés, une passe décisive et un penalty provoqué contre Séville, puis deux passes décisives lors de la démonstration contre le Betis (5-1). En quatre matchs, il a fait plus que lors des six mois précédents, mettant fin à une disette de neuf mois sans but en club. Il n'est plus le bouche-trou de luxe, mais redevient un acteur majeur.

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    Le joueur de moments vs la constance

    Cependant, le passif de Rodrygo incite à la prudence. Le Brésilien a toujours été un "joueur de moments", capable d'exploits isolés (comme son doublé légendaire contre City en 2022) mais peinant à peser sur la durée. Même lors de cette renaissance, il n'est pas toujours dominant dans le jeu, mais il est redevenu décisif.

    Tactiquement, il a su s'adapter. Fini le rôle de doublure de Vinícius à gauche ; il s'est réinventé à droite, profitant de l'absence de Mbappé pour occuper le demi-espace qu'il affectionne. Alonso lui a redonné les clés des coups de pied arrêtés et lui permet de repiquer dans l'axe, là où il est le plus dangereux. Il a transformé son profil "bâtard" en atout tactique.

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    Le casse-tête des Galactiques

    Le retour en forme de Rodrygo ravive cependant le vieux dilemme du Real : comment faire jouer tout le monde ? Ancelotti s'est cassé les dents à vouloir aligner Mbappé, Vinícius, Bellingham et Rodrygo sans déséquilibrer l'équipe. Alonso fait face au même mur. La victoire poussive contre Séville avec le trio offensif titulaire contraste avec la fluidité du match contre le Betis sans Mbappé.

    Le coach basque reste évasif : « Je ne m'interdis rien. » Mais la réalité est têtue : aligner quatre attaquants de ce calibre fragilise le milieu de terrain. Avec le retour imminent de Mbappé pour la potentielle finale de Supercoupe, Rodrygo risque de retrouver le banc, victime de l'abondance de biens.

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    Un avenir toujours en suspens

    À l'aube de ses 25 ans, Rodrygo est à la croisée des chemins. Son contrat expire dans deux ans, et l'émergence de Mastantuono pousse derrière. Si Vinícius venait à partir en Arabie Saoudite cet été suite à son conflit avec Alonso, une place à gauche se libérerait. Sinon, le Real pourrait être tenté de vendre Rodrygo tant que sa cote est haute.

    Il a gagné le droit de finir la saison avec un statut retrouvé, mais rien ne garantit qu'il sera encore là en septembre prochain. Sa résurrection est belle, mais dans la jungle madrilène, elle ressemble pour l'instant plus à un sursis qu'à une garantie d'éternité.

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