Un scénario insolite plane sur le marché des paris de la Coupe du monde. Lors de la dernière journée de la phase de groupes, l’Algérie et l’Autriche pourraient avoir intérêt à ne pas gagner. Pour l’Autriche, une petite défaite serait même préférable à un nul ou à une victoire.
Après deux journées, l’Argentine est déjà assurée de terminer en tête du groupe J avec six points. Les Sud-Américains, grâce à leur différence de buts favorable, ne peuvent plus être rejoints par l’Autriche et l’Algérie, qui comptent chacune trois unités. La Jordanie, battue lors de ses deux premiers matchs, est d’ores et déjà éliminée.
Les deux formations, qui ont toutes deux battu la Jordanie, sont assurées de terminer au minimum troisièmes en raison de leur avantage au goal average particulier.
Or, un paradoxe saisissant entre en jeu : le deuxième de la poule J risque d’affronter l’Espagne, grande favorite du tournoi, dès les huitièmes de finale, tandis que le troisième croisera un autre leader de groupe, sur le papier plus abordable.
Pour l’Algérie, le calcul est simple : une victoire assure la deuxième place et un huitième de finale contre l’Espagne, tandis qu’un match nul ou une défaite orienterait vers la troisième place, option plus favorable.
Pour l’Autriche, le cas est encore plus singulier : l’équipe de Ralf Rangnick, actuellement deuxième au goal average, doit perdre pour être sûre de terminer derrière l’Algérie et donc de reculer à la troisième place.
Ainsi, les deux sélections pourraient, à rebours de la logique habituelle, viser le même objectif. Là où deux équipes s’affrontent généralement pour grimper d’une marche au classement, le contraire pourrait se produire à Kansas City : la motivation à l’emporter sera limitée, tandis qu’un résultat moins favorable offrirait paradoxalement une meilleure position pour la phase à élimination directe.
Comme la dernière journée du groupe J ne débutera qu’après la fin des matchs des autres groupes, la donne sera claire pour les deux sélections.
Florian Ederer, professeur d’économie à l’université de Boston et fervent supporter de l’Autriche, a déjà souligné la dynamique étrange qui pourrait en découler. Dans une interview accordée au Times, Ederer a déclaré : « On pourrait se retrouver dans une situation où il serait préférable pour les deux équipes de ne pas remporter ce dernier match. » Sur X, Ederer établit immédiatement un parallèle historique. « Attention : ce sera la Honte de Kansas City ! »
Il fait ainsi référence à la tristement célèbre « Honte de Gijón » lors de la Coupe du monde 1982, lorsque l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche savaient d’avance qu’elles se qualifieraient toutes deux en cas de victoire allemande par la plus petite des marges. Les Allemands avaient ouvert le score dès la 11e minute par Horst Hrubesch, puis les deux équipes s’étaient livrées à un long et éhonté jeu de passe au milieu de terrain.
Après la rencontre, l’Algérie a protesté en vain auprès de la FIFA, mais cet incident a poussé l’instance mondiale à décider que, dorénavant, les derniers matchs de poule se joueraient simultanément.
