Real Madrid, réquisitoire contre la BBC

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La BBC est critiquée de toutes parts après les excellentes prestations des remplaçants. Le Real B doit-il devenir l'équipe A ?

Il reste trois matchs à gagner au Real Madrid pour remporter la Liga. Le club espagnol doit affronter Séville à domicile, le Celta Vigo en match en retard et Malaga lors de l'ultime journée. Deux matchs à l'extérieur donc. Les matches à l'extérieur, c'est d'ailleurs la spécialité de l'équipe B.

Les chiffres ne mentent pas : en Liga, le Real est meilleur sans Ronaldo

Une équipe B qui a tant brillé contre le Deportivo La Corogne, le Sporting Gijon, Leganés, Eibar et plus récemment Grenade. À tel point que même Pepe Mel, le coach du Depor corrigé 2-6 au Riazor par Isco, James, Morata et consorts, a dit publiquement qu'il considérait que "la B" était bien meilleure que les titulaires habituels.

Si l'on peut estimer son objectivité biaisée vu les circonstances, il faut savoir que Pepe Mel n'est pas seul à penser de cette façon. Outre la cohorte bigarrée et toujours bruyante des éditorialistes de la presse espagnole et notamment madrilène, des voix au sein même du microcosme madrilène se sont élevées pour la titularisation des fers de lance de la B. Certains l'ont même fait en chantant.

Agence tous risques

Ivan Helguera, ancien milieu puis défenseur du Real à l'époque galactique, a retweeté une vieille vidéo de Fernando Morientes imitant le générique de "l'Agence Tous Risques", dont le titre original est "The A - Team". L'équipe A.

Iker Casillas a réagi avec un tweet qui faisait référence à la situation actuelle : "C'est l'équipe A qui est à la mode ? Ou la B ? Ou la C ? Ou la D…". Le débat s'est amplifié ces dernières semaines et les différents sondages effectués en ligne par As ou Marca récoltent régulièrement 70% de suffrages  en faveur des Isco, Morata et Asensio en lieu et place des Benzema et Bale, les deux maillons faibles d'une chaîne qui en comporte trois.

Mais Zinedine Zidane poursuit avec la BBC. Le coach tricolore continue avec la hiérarchie établie sous Ancelotti. L'état de forme des Benzema, Bale et Ronaldo n'est pourtant pas le même qu'à l'époque. Difficile néanmoins de juger durement le coach merengue. Ce dernier connaît très bien son groupe et surtout, maîtrises les arcanes  du vestiaire madrilène, un autel aux codes obscurs où moult entraîneurs compétents ont été sacrifiés au Dieu Égo au fil des années.

Peut-on réellement en vouloir à Zidane d'agir de la sorte ? La seule véritable erreur qu'on peut lui imputer,  c'est d'avoir lancé Bale lors du Clasico retour en lieu et place d'un Isco bien plus en forme et grâce auquel l'équipe est plus équilibrée avec un système à deux attaquants qui se dégarnit moins sur les flancs et au sein duquel le pressing est singulièrement plus intense.

La BBC contre la "B"

La décision de Zizou a été tellement peu inspirée que Bale s'est blessé peu avant la pause. Sa 17e blessure depuis son arrivée au Real. Mais le coach du Real a aussi énormément de crédit. Un crédit qui ensevelit largement cette erreur de jugement sous un agrégat de choix et d'inspirations judicieux cette saison. Grâce au coach français, tout le groupe est concerné. Et si le Barça a pu compter sur un très bon trio offensif lors de la campagne actuelle, c'est une véritable armée que Zizou a pu impliquer dans la course au titre. Entre eux, James Rodriguez, Isco, et Marco Asensio en sont désormais à 30 buts toutes compétitions confondues cette saison.

Véritable disciple de Carlo Ancelotti, Zidane juge les hommes autant que les joueurs et sait communiquer avec ses troupes. Après avoir agité la menace d'un départ pendant des mois, James Rodriguez, encore auteur d'un doublé à Grenade samedi soir (4-0), avait célébré un but contre le Deportivo La Corogne en mimant le geste de rester. Grand communiquant, Zizou affirmait récemment qu'il n'existait pas d'équipe B, juste une équipe en tant qu'unité, en tant qu'entité. Il nuançait néanmoins ses propos en salle de presse vendredi dernier en indiquant que la BBC "ne jouait pas par décret". Le contraste avec un Luis Enrique qui s'est appuyé ad nauseam sur le talent brut de sa MSN en restant du coup constamment dépendant  de la forme de son trident est saisissant.

Zizou a su trouver la bonne alchimie entre guerriers, jeunes et vedettes prétendument indéboulonnables du onze type.  Aujourd'hui et comme le disait le capitaine Ramos : "Tout le monde doit courir", car les membres de la B sont jeunes, ont faim et ne sont pas végétariens.

BBC ou pas BBC, au Real, c'est un combat constant entre deux équilibres. L'équilibre du terrain contre celui du vestiaire. Les deux peuvent être fatals à Zidane qui a, jusqu'ici, su évoluer avec célérité entre deux précipices.

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