Nous sommes à l'Euro U21 en Israël à l'été 2013. Un jeune milieu offensif espagnol, qui vient de réaliser une saison complètement folle avec le Malaga de Pellegrini, crève l'écran avec la Rojita. On l'annonce à City, où Pellegrini vient de signer. On le voit à Barcelone, car il a appelé son chien Messi, étant un fan du virtuose argentin du Barça. Une allégeance canine largement extrapolée à l'époque dans les médias catalans. Isco, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit, alimente d'ailleurs les fantasmes les plus fous chez les fans de football autant que chez les chefs de cellules de recrutement du top 5 européen.
Un jou(eu)r, un destin
Isco semble de plus en proche de City, où les garanties ludiques offertes par son coach Pellegrini le séduisent. Mais alors que les espoirs espagnols continuent de donner le tournis à leurs adversaires lors de l'Euro Espoirs, son téléphone sonne et c'est Zizou qui est au bout du fil.
Zidane, encore adjoint de Carlo Ancelotti à l'époque, use de son charisme pour convaincre Isco de signer au Real, lui promettant au passage qu'il y sera un protagoniste à plus ou moins long terme. Ce qui achève de convaincre le jeune meneur ibérique. Une technique que Zidane utilisera aussi avec Illarramendi ou encore Ceballos par la suite...
Zidane : "J'aurais aimé garder Morata"
La suite, justement, on la connaît. Isco débute des bouts de matches où sa technique affûtée et sa science des petits espaces tranchent avec l'athlétisme d'un Bale ou d'un Ronaldo. Si son profil affiche une certaine prédilection pour le jeu placé et que le Real d'Ancelotti est alors la meilleure équipe de contre du monde avec un Bale des plus véloces, le jeune espagnol gagnera peu à peu la confiance de son coach. Ancelotti ira jusqu'à dire début 2015 qu'Isco est "indispensable quand il est en forme".
L'arrivée de Rafa Benitez en remplacement de l'Italien rebat les cartes au centre du pré avec un Bale qui évolue désormais au centre. Mais cette tactique et son controversé géniteur ne feront pas long feu. Le Real joue mal et Benitez est remercié puis remplacé par Zinedine Zidane en janvier 2016. La carrière d'Isco amorce alors une nouvelle courbe.
Le déclic lors d'un derby
Un courbe ascendante dont le summum sera atteint en novembre 2016, lors d'un choc face à l'Atlético Madrid en Liga pour le dernier derby disputé au stade Vicente Calderon. La chute d'un géant et l'éclosion, en contraste, d'un génie. Isco est titulaire grâce à la blessure de Morata et à l'absence de Benzema. Zidane décide de jouer sans véritable avant-centre, en 4-4-1-1, mais avec un vrai meneur. Un joueur qui lui ressemble. Un joueur qui a besoin de liberté pour exprimer son génie, loin du canevas forcément réducteur d'un poste figé. Un joueur qui joue bien et qui fait bien jouer. Un 10 à la disposition de l'équipe comme le légendaire numéro 5 au crâne largement dégarni qui combinait autant avec Roberto Carlos qu'avec Santiago Solari en milieu excentré à gauche et qui n'hésitait pas à permuter avec Luis Figo à la grande époque des Galactiques. On a souvent comparé Mesut Özil à Zidane à l'époque où l'Allemand évoluait encore au Real. Mais aujourd'hui, c'est bien Isco qui se rapproche le plus du divin chauve quand il arpentait encore les terrains, au niveau de la créativité, de la facilité à dribbler et de la vision du jeu.
Getty ImagesSi Ronaldo marque les trois uniques buts du match et s'attire les louanges des consultants de tous les horizons, le match d'Isco au Calderon, est une véritable révélation pour Zizou. Dès lors, Isco n'est plus un bon milieu d'appoint prêt à jaillir du banc quand Modric ou James ont un coup de moins bien. Isco devient une alternative tactique à lui tout seul : il devient le détonateur de Ronaldo.
Une révélation pour Zidane
C'est là que l'inspiration de Zidane de faire de Cr7, sur un pseudo-déclin physique, un attaquant plus létal en le rapprochant du but adverse, commence à germer. La blessure de Gareth Bale survenue en novembre 2016 apporte à Isco le coup de pouce qu'il n'attendait pas.
La suite, on la connaît. Isco trouve sa place et son rythme avec un entraîneur qui le comprend et qui peut s'identifier à lui tactiquement. Aligné le plus souvent derrière Ronaldo et Benzema avec une certaine latitude ludique qui lui permet de créer, Isco s'amuse et les fans du Real se régalent.
"Les supporters viennent voir Zidane contrôler un ballon", s'enorgueillissait Florentino Pérez à l'époque des premiers galactiques. Désormais, les Socios viennent déguster les dribbles chaloupés d'Isco et son aisance dans les petits espaces.
Ce dernier pousse d'ailleurs le mimétisme jusqu'à reproduire la modestie légendaire de son coach : "Si je n'étais pas titulaire avec Carlo Ancelotti, Rafael Benitez et Zidane, c'est ma faute. Zidane m'a dit qu'il allait être difficile d'entrer dans le onze de départ, mais j'ai accepté le défi. Je ne vais pas abandonner si facilement. J’essaye de travailler". Taiseux, modestes, préférant la palette tactique aux paillettes, Zidane et Isco préfèrent laisser leurs pieds parler pour eux. Et souvent, c'est de la musique pour les yeux.




