mendy(C)Getty Images

"Quelqu'un de formidable" - Entre Édouard Mendy et Rennes, l'histoire aura été courte mais belle

"Personne ne pouvait prédire cela. Pas même lui, malgré toute l'ambition qu'il pouvait avoir." Jérôme Lemoigne a entraîné Édouard Mendy à Cherbourg. Et il ne le cache pas : voir son ancien élève à Chelsea est "une belle surprise." La fierté est d'autant plus grande qu'il est titulaire et invaincu depuis 457 minutes. Installé par Frank Lampard à la place de Kepa Arrizabalaga sur les conseils du duo Cech-Lollichon, Mendy a littéralement changé le visage des Blues.

Les statistiques parlent d'elle-même. Sur le début de saison, Chelsea encaissait deux buts par match avec Kepa, contre une moyenne de 0.25 en six sorties pour Édouard Mendy. Des débuts réussis pour le gardien sénégalais de 28 ans qui va retrouver Rennes ce mercredi (21h) en Ligue des champions. Un club dans lequel il avait signé l'an dernier, avec à l'origine de sa venue l'ancien président Olivier Létang, séduit par ses qualités de gardien de but bien sûr, mais aussi par son tempérament.

Létang : "On passait un cap en arrivant à faire venir Édouard"

"Édouard, c’est un garçon que je connais depuis longtemps et avec lequel j'ai beaucoup échangé avant qu'il signe au Stade Rennais, rappelle Olivier Létang pour GoalJ'ai pu voir ce qu'il avait fait sur le terrain, mais je connaissais parfaitement l'homme, sa personnalité et ses valeurs. Il ne faut pas être un spécialiste du poste de gardien pour s'apercevoir qu'il a des qualités énormes pour le poste, mais sur le plan humain, c'est quelqu'un de formidable. Il a de la personnalité, énormément de calme. Et pour moi, c'était primordial. Au delà du joueur, j’ai beaucoup d’affection pour Édouard, c’est une très belle personne."

PS Letang Mendy Rennes

Malgré un bon parcours européen et un titre historique en Coupe de France, Olivier Létang avait ressenti le besoin de bouger les lignes. Il avait lui-même annoncé la signature d'Édouard Mendy à la sortie du Trophée des champions face au PSG, Tomás Koubek révélant son départ, en larmes, dans les couloirs du stade à Shenzhen (Chine). "Même si Tomás avait fait une belle saison, et avec tout le respect qu'il mérite, on passait un cap en arrivant à faire venir Édouard, se justifie l'ancien dirigeant. C'était aussi une belle étape pour lui de signer à Rennes. Il était blessé à un doigt au moment de son arrivée, mais quand on prend un garçon comme Édouard, on ne le prend pas pour deux matches. Sa blessure n'était pas un élément problématique. Et d'ailleurs, ça ne nous a pas empêché de réaliser trois victoires sur nos trois premiers matches."

Siebatcheu : "C'était notre grand frère"

Pour faciliter son acclimatation en Bretagne, Édouard Mendy a pu compter sur Jordan Siebatcheu notamment. Les deux hommes avaient joué ensemble à Reims. Et déjà, à l'époque, l'attaquant prêté cette saison aux Young Boys avait été impressionné par ce gardien au parcours atypique, ayant connu le chômage. "Dès le premier entraînement, je l'ai trouvé extraordinaire, dit-il pour GoalOn en parlait avec des coéquipiers, on se demandait ce qu'il faisait en tant que numéro quatre à Marseille avant de signer à Reims. Au bout de six mois je suis parti en prêt à Châteauroux et c'est vraiment la deuxième année, quand on monte en L1, qu'il avait fait sa place. Il m'a pris comme son petit frère. Après chaque match, je devais aller au bureau, c'est à dire dans sa chambre pour debriefer. Et même avec mon temps de jeu réduit à Rennes, on faisait cela."

"Avec James [Lea Siliki], Hamari [Traoré], Faitout [Maouassa] et Mbaye [Niang], c'était notre grand frère. Aujourd'hui, on se parle presque tous les jours dans un groupe WhatsApp qu'on a tous ensemble. Il prend des nouvelles, on parle de tout et je ne suis pas surpris par ce qui lui arrive. Je lui ai toujours dit que je le trouvais trop fort. À l'extérieur, c'est quelqu'un de calme, de très posé. Mais sur le terrain, c'est quelqu'un d'autre. Avec sa grosse voix, il se fait entendre. C'est un vrai leader."

mendy-chelsea(C)Getty Images

Édouard Mendy ne sera resté qu'une saison à Rennes, mais il s'est affirmé comme un taulier du vestiaire. "Très rapidement, il est devenu un des cadres, ce pourquoi nous l’avions choisi, reprend Olivier Létang. Je lui ai dit de prendre la parole parce qu'on en avait besoin. La constitution d’un effectif est un puzzle technique, tactique et psychologique. Des leaders, vous en avez quatre ou cinq dans un groupe. Ces joueurs vont être vos locomotives et Édouard a parfaitement rempli ce rôle en plus de sa très belle saison sur le terrain. Il a quand même fallu lui dire qu'il lâche les chevaux (sourire), et je lui ai dit la même chose au moment de sa signature à Chelsea. 'Fais du Édouard Mendy. Ne t'en fais pas une montagne. Un vestiaire reste un vestiaire, que ce soit en National 2, en Ligue 2, en Ligue 1 où en Champions League. Surtout ne change pas, fais du Édouard !"

Et maintenant, la suite !

Assis à côté de Jorginho dans le vestiaire des Blues, l'ancien Rennais s'est vite adapté à sa nouvelle vie. Père de deux petits garçons, il a emprunté le même chemin que sa sœur qui vivait à Londres depuis quelques années. Le prix de son transfert (24M€ hors bonus) ne semble pas peser sur ses épaules. Le week-end dernier, il est devenu le premier gardien depuis Petr Cech en 2004 à signer trois clean-sheets lors de ses trois premiers matches de Premier League pour Chelsea. Le parallèle est d'autant plus approprié que Cech avait fait le même choix à l'époque en quittant Rennes pour Chelsea. Un destin parallèle qui - on l'espère pour lui - aboutira aux mêmes succès.

Son ancien coach Jérôme Lemoigne se prend à rêver. "Je ne sais pas jusqu'où il va aller. Il est déjà haut, mais il est plein de surprise. Maintenant, on est exigeants, on veut le voir gagner des titres (sourire). La Premier League, la CAN et pourquoi pas la Ligue des champions !" Cela tombe bien. Chelsea a l'ambition de remporter des trophées. Il aura besoin d'un excellent gardien pour y parvenir. Et pour l'instant, Édouard Mendy répond parfaitement aux attentes.

Publicité
0