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Quelle sera la surprise de Deschamps pour l’Euro 2016 ?


GOALPar Jean-Charles Danrée

On dit de l’équipe de France qu’elle se reconnait à ses manies. C’est ce qui la rend attachante, quelque part. Elle est souvent au pied du mur pour dessiner les contours d’une grande victoire, et elle se plaît à présenter ses petits nouveaux à l’orée d’une aventure commune. C’est comme cela que Franck Ribéry avait émergé, en 2006, pour ce qui reste finalement sa plus belle période avec le maillot au coq, en termes de jeu et d’image. C’est comme cela, aussi, qu’Antoine Griezmann s’était fondu doucement dans l’atmosphère légère d’un groupe qui se construit.

Pour leur talent, déjà, et parce qu’ils étaient portés par un souffle spécial, Ribéry et Griezmann ont rapidement pris les places qu'ils devaient prendre, mais d’autres bizutés de dernière minute n’ont pas connu les mêmes fortunes. On pense à Djibril Cissé, malheureux, ou au raillé Pascal Chimbonda, dans un autre genre. Bien-sûr, rien ne garantit que Didier Deschamps fasse perdurer cette tendance en juin prochain, mais son pragmatisme est porteur d’espoir, parce qu’il éveille sa curiosité et laisse la porte ouverte à ces joueurs frissons.

À neuf mois de l’échéance, la rédaction de Goal se prend au jeu. Avec la part d’arbitraire que cette mission comprend, nous avons sélectionné dix surprises à envisager, novices pour certains, sur le retour pour d'autres. Les Ntep, Martial, Zouma, Digne, Kurzawa, Jallet, Gonalons ou Mathieu, tous en périphérie du groupe actuel, ne sont donc pas concernés. Pour eux, la donne a déjà changé. L’identité de l’élu sera plutôt à chercher dans les pépites jamais convoquées et quelques anciens à la relance. Pour ceux-là, il faudra briller au bon moment pour être au bon endroit.

Les espoirs que l'on attend pas

Kingsley Coman

L’attaquant international Espoir n’a que 19 ans, mais sa précocité et son audace interpellent. Il y a un an, ce produit de la formation parisienne avait quitté son cocon francilien pour rejoindre la grande Juve et tenter d’amorcer un parcours à la Pogba. L’affaire n’avait rien d’une évidence. Malgré des débuts prometteurs avec la tunique blanche et noire, le jeune attaquant est rentré dans le rang pour se contenter de rares apparitions, encourageantes souvent, mais pas suffisantes pour bousculer la hiérarchie. Il a rejoint le Bayern cet été sous la forme d’un prêt. Travailler avec Pep Guardiola peut bonifier son bagage tactique, et accumuler un temps de jeu plus conséquent qu’à la Juve serait une petite victoire. Deschamps, qui n’hésite pas à tester dans ce secteur (Fekir, Ntep, Martial…) le surveillera de près. Ce genre d'ascension rapide signifie toujours quelque chose.

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Francis Coquelin

Lorsqu’il a rejoint l’univers pompeux d’une grosse écurie comme Arsenal, il y a sept ans, Francis Coquelin était encore un diamant à polir. Son passage assez timoré à Lorient (en prêt) l’a attesté. Ce joueur a une technique très propre et une activité remarquable au milieu, mais il s’est étoffé physiquement pour enchaîner les matches et répondre au défi athlétique de la Premier League. En début de saison dernière, il n’était encore qu’une alternative pour pallier à de (trop fréquentes) blessures. Aujourd’hui, il est un peu plus que cela. Son dernier exercice lui a donné un vrai crédit pour frapper à la porte des Bleus, dans un secteur où les places de joker sont encore à prendre.

Corentin Tolisso

Le début de saison du milieu lyonnais n’est pas à la hauteur de sa dernière campagne, mais ce milieu a les atouts pour se faufiler dans le groupe de l’Euro. Tolisso n’a pas la même expérience au haut niveau que Coquelin, mais son profil est prisé. Son abattage s’allie à une vraie capacité de perforation pour accompagner les attaquants ou exploiter un second ballon. Sa frappe assez lourde est une autre de ses cordes, comme sa polyvalence pour occuper plusieurs rôles au milieu (relayeur de préférence, récupérateur), ou sur le flanc droit de la défense, à l’occasion. Dans le puzzle à constituer pour une liste réduite, Deschamps y songera.

Giannelli Imbula

Si l’aspect nonchalant de Giannelli Imbula a pu lui jouer des tours, le milieu longiligne présente une vraie singularité dans ses habitudes de jeu. C’est un dribbleur du milieu, un facilitateur par son aptitude à casser une première ligne sur une percussion individuelle pour créer un décalage avant la deuxième couche d’un dernier passeur, ou d’un buteur. Ce circuit a fait le bonheur de l’OM la saison dernière, avec Payet. Et ses frappes puissantes peuvent également lui permettre de scorer. En passant de Marseille à Porto, Imbula, qui avait l’embarras du choix (l’Inter ou Valence le ciblaient aussi), n’aura plus tout à fait la même visibilité, mais son exigence de performances ne change pas. Et puis la Ligue des champions reste un terrain de jeu gratifiant. Aly Cissokho, par exemple, avait intégré les Bleus en brillant avec les Dragons sur la scène européenne...

Giannelli Imbula PortoGetty

Jordan Amavi

Sans avoir la même exposition que les concurrents de sa génération – Digne, Kurzawa, voire Mendy – Jordan Amavi a réalisé une campagne de haut vol la saison passée. C'est un prototype du latéral moderne. Rapide, alerte défensivement, endurant pour multiplier les montées sur son côté, et tranchant offensivement. Sa qualité de dribble et sa précision dans les centres peuvent faire quelques étincelles dans les rapports de forces débridés du football anglais. Depuis le lever de rideau du championnat, l’ancien Niçois est titulaire sur le flanc gauche de Villa. Son club l’a déjà adopté. Deschamps, qui a déjà testé Digne, Kurzawa ou Trémoulinas à ce poste, peut le lancer dans le grand bain.

Ils auraient pu être cités...

Une pléiade de joueurs du championnat français peuvent garder les Bleus dans un coin de leur esprit, cette saison, au gré de leurs performances. Le Lyonnais Samuel Umtiti a l’allure d’un cadre dans le onze du club rhodanien, son coéquipier Claudio Beauvue a explosé la saison dernière, les Parisiens Adrien Rabiot ou Benjamin Stambouli joueront peut-être plus que prévu en cas de pépins dans l’entrejeu parisien, et le Stéphanois Romain Hamouma porte les Verts. On suivra également le cas du Lillois Sofiane Boufal, qui a quelque chose en plus dans les uns contre uns, et qui n’entre plus dans les plans de Badou Zaki après avoir refusé une sélection avec le Maroc. Sébastien Corchia, lui, peut profiter d’une concurrence moins forte sur le flanc droit.

An Angleterre, l’incorrigible Florian Thauvin a l’occasion de faire (re)décoller sa carrière à Newcastle, une écurie estampillée Frenchie. De l’autre côté des Pyrénées, Alphonse Areola enchaîne un nouveau prêt, mais à Villarreal, ses aspirations évolueront. Et puis il reste l’élégant Aymeric Laporte, un peu moins en vue la saison passée, mais toujours en vogue.

Les revenants que l'on attend plus

Hatem Ben Arfa

Une image marquante suffit parfois à rappeler le pedigree d’un joueur. Hatem Ben Arfa connait les règles du jeu, elles ont toujours dicté sa carrière sinusoïdale. Il y a deux semaines, il a inscrit une merveille de but, avec Nice contre Caen (2-1), sur un démarrage fulgurant et une frappe en angle fermé. L'éclair définit sa virtuosité. À Lyon, à Marseille, à Newcastle, Ben Arfa a toujours fait le coup, avant de s’enliser, souvent, puis de se relever, parfois. Il y a chez ce garçon attachant une sensation de déjà-vu qui prête à la prudence, mais son talent pur n’a pas d’égal. Pour toquer à la porte des Bleus, l’ancien Lyonnais devra aussi soigner ses chiffres cette année. Ce n’est pas sa préoccupation première, on l’aura compris, mais le plaisir de jouer annonce tout le reste chez lui. Deschamps ne l’a jamais appelé, mais il connait sa sensibilité. Dans l’expression de jeu très cadrée des Bleus, sa différence serait un atout.

Hatem Ben Arfa Jonathan Delaplace Nice Caen Ligue 1 22082015Gettyimages

Lassana Diarra

La saison compliquée de Cabaye, le niveau inégal de Gonalons, ou les difficultés de Mavuba ont conduit Deschamps à prospecter à ce poste de sentinelle (si le 4-3-3 reste l'option première, ce qui n'a rien d'une certitude). Les débuts de Lassana Diarra à Marseille viennent souligner que cette mission irait comme un gant à l’ancien Madrilène. Par la simplicité de ses transmissions, par son aptitude à colmater des brèches, et par son volume de jeu (qui peut aussi lui permettre d’avoir un rôle de latéral droit), le milieu défensif a des qualités que le sélectionneur affectionne. Tout cela demande confirmation sur la durée, évidemment, parce que Diarra, du haut de ses 30 printemps, avait arrêté d’exercer son métier depuis un an, mais c’est une vraie promesse pour la suite. Il reste désormais à connaitre la position d’un joueur qui n’a plus fréquenté le groupe France depuis 2010 et la catastrophe de Knysna.

Jérémy Ménez

La saison passée, l’ancien Parisien a surnagé pour empêcher l’AC Milan de s’engouffrer un peu plus dans les profondeurs de la Serie A. C’était un contexte étouffant, et cette prouesse est trop parlante pour qu’il soit mis à l’écart. Milan a changé d’entraîneur (Mihajlovic a remplacé Inzaghi), de système (4-2-3-1 avec un trequartista), et de têtes, surtout, en recrutant Bacca, Luiz Adriano, et Balotelli, mais tout cela n’est pas figé. Lorsque Ménez se remettra sur pied, sa polyvalence et ses coups d’éclat peuvent inciter Mihajlovic à l’incorporer dans le onze, comme "milieu offensif ou deuxième attaquant", selon ses dires. Le temps presse un peu plus pour lui que pour les autres. Fekir ou Ntep ont fait des débuts convaincants dans son aire de jeu.

Bafétimbi Gomis

La première saison de la Panthère en Angleterre n’a pas franchement marqué les esprits, mais son état de forme actuel l’autorise encore à rêver. Une stat gratifiante est certainement arrivée aux oreilles du sélectionneur : Gomis est l’attaquant français le plus efficace du moment avec huit pions sur ses neuf dernières sorties. Son début de saison à Swansea confirme ces excellentes dispositions. L’ancien Lyonnais s’est refait un physique cet été, et cela se ressent sur les qualités qu’on lui connait (jeu dos au but, puissance, vélocité dans le dernier geste). Au mois de juin, dans les colonnes de Var-Matin, il avait annoncé la couleur. "L'équipe de France, c'est difficile d'en parler. Mon conflit avec l'OL m'a coûté ma place dans le groupe France. Après, c'est dur d'y revenir car la concurrence est énorme. C'est à moi d'être bon avec Swansea et si ça doit arriver, ça arrivera. La Marseillaise me manque". Une déclaration.

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André-Pierre Gignac

La destination inédite d’André-Pierre Gignac au terme de son expérience marseillaise en a surpris plus d’un. Michy Batshuayi, plus ami que concurrent la saison passée, résume bien la pensée du peuple local en parlant de "gâchis", mais le choix du buteur est assumé, et son passage au Mexique, pour l’instant, a quelque chose d’idyllique. Là-bas, il est devenu une star du paysage mexicain alors qu’il n’était qu’un visage respecté du championnat français. Gignac est encore loin des Bleus, le caractère exotique de sa destination ne plaide pas pour lui, mais si l’aventure prend des proportions inattendues, Didier Deschamps, qui connait bien le bonhomme, pourra se laisser tenter par son profil. La concurrence est intense à son poste, mais à vingt-neuf piges, il est encore dans la force de l’âge.

Ils auraient pu être cités...

Dans cette caste de briscards revanchards, les cas de figure sont assez variés. Il y a ceux qui se sont faits oublier, comme Jérémy Toulalan, Gaël Clichy ou Rio Mavuba. Le premier est pourtant dans le viseur de Deschamps, et une volonté claire de sa part pourrait lui ouvrir les portes. Les Marseillais Rémy Cabella et Romain Alessandrini seront aussi scrutés de près parce qu’ils devraient enchaîner les matches cette année, si leurs corps les laissent tranquilles. L’affaire est plus complexe pour Clément Grenier, qui a rechuté, et Yoann Gourcuff, qui doit signer à Rennes, puis jouer, et rejouer, pour se refaire une simple place dans le circuit... Pour la charnière centrale, enfin, Mapou Yanga-Mbiwa, de retour dans l’Hexagone, et Adil Rami, à Séville, feront tout pour donner des maux de tête à Deschamps.

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