Sa posture droite, ses blagues envers Miguel D’Agostino, son adjoint qui assure la traduction, ont d’un coup disparu. Trois jours après la claque reçue à Madrid, Mauricio Pochettino a les yeux rougis, la mine renfermée et la voix presque tremblante. Au cours de cette conférence de presse qui précède la réception de Bordeaux, l’entraîneur parisien ne feint rien et se confie comme rarement sur ses états d’âme. Il se dit « blessé », « très contrarié », parle de « rage », de « mal être » et du fait qu’il a « du mal à dormir ».
Avant de résumer ses pensées en une phrase : « la façon dont on a perdu fait chier, pardon pour le mot ». Ses mots traduisent un souvenir encore douloureux et accroissent un peu plus l’ambiance morose qui règne dans l’auditorium du camp des Loges. La frustration a de quoi se comprendre, tant le travail que lui et son staff avaient entrepris avant chacune des deux confrontations a été minutieux et planifié de longues dates. Comme l’atteste la rencontre face à Lille (5-1, le 6 février).
Après l'aller, Marco Verratti confiait à l’un de ses proches que la rencontre avait été presque aussi bien préparée que la réception du FC Barcelone, en 2017. Même constat après l’élimination. Si le silence a d’abord été frappant dans le vestiaire, les langues ont commencé à se délier ses derniers jours, afin de comprendre ce qu’il s’est passé. Et parmi les francophones et affiliés qui ont refait le match, une chose claire est ressortie : Mauricio Pochettino n’est pas coupable de la faillite de Bernabeu, même si ce dernier prend sur lui la responsabilité de l’élimination parisienne.
"Il ne peut pas imprimer ce qu’il veut à Paris"
Depuis la claque reçue à Madrid, l’Argentin se focalise sur le dixième titre de champion de France pour remobiliser un groupe encore marqué par la défaite et qui dont beaucoup d’éléments ne s’éternisent plus au centre d’entraînement. Une bonne manière aussi de préparer sa sortie à la fin de la saison ? Avant le déplacement à Monaco, Pochettino a évoqué son avenir. Interrogé sur sa capacité à atteindre les objectifs fixés par le club et à faire progresser le groupe parisien la saison prochaine, l’ex-défenseur a surpris son monde.
« Avec le staff, on sent que l’on a cette capacité de continuer. Mais il faut s'asseoir autour d'une table, voir les idées et la vision qu'il y a à l'avenir afin de trouver un niveau d'entente où tout le monde se sent bien dans sa manière de travailler, déclarait Pochettino. Il y a plein de sujets dont nous devons discuter (NDLR : avec les dirigeants). Après plus d'un an à la tête du club, nous avons une connaissance plus approfondie du contexte et nous sommes un staff technique meilleur qu'à notre arrivée. »
Acte de candidature pour la saison prochaine, nouvelle motivation après l’élimination contre le Real Madrid ou bluff complet ? Parmi ceux qui le connaissent et qui l’ont récemment eu au téléphone, on ne croit pas un seul instant qu’il sera à Paris la saison prochaine, tant il s’est étonné, à de nombreuses reprises en privé, du fonctionnement du club. Que ce soit dans le recrutement ou des interférences de la direction auprès des joueurs.
Alors à quoi rime cette sortie médiatique ? On y voit surtout une manière de mettre tranquillement la pression sur le club qui devra lui payer sa dernière année de contrat s’il souhaite s’en séparer. « Je ne le vois pas rester car il ne peut pas imprimer ce qu’il veut à Paris. Certains joueurs, et notamment des cadres du vestiaire, ne peuvent pas s’adapter à ce que lui aimerait mettre en place en terme de jeu mais aussi à ce qu’il demande sur le plan physique », confie un connaisseur.
Du côté de Doha, on réfléchit sur la refonte du club et l’idée de voir un binôme entraîneur et directeur sportif débarquer, ce qui impliquerait forcément un départ de l’actuel coach parisien. Et serait une première dans l’histoire du PSG version QSI.


