OPINION - Chronique d'une déchéance annoncée pour Sergio Ramos ?

Commentaires()
Getty
Sergio Ramos se dirige-t-il lentement vers sa propre déchéance ? Le capitaine madrilène multiplie les impairs sur et hors du pré.

Le capitaine du Real Madrid se conjugue-t-il déjà au passé ? Antithèse du Galactique de base, caution de l'équilibre entre strass et paillettes galactiques et palette tactique dans un club qui a fait du recrutement onirique sa marque de fabrique, l'Andalou montre des signes prégnants de baisse de niveau et multiplie les fautes de placement, que ce soit sur le terrain ou dans ses sorties médiatiques où il se fait souvent prendre au piège du hors-jeu.

Stress et paillettes 

Aboyeur en chef, capitaine par excellence, Ramos est le lointain et quasi-certain héritier d'un autre défenseur andalou garant des valeurs de la Maison Blanche et cerbère du vestiaire : Fernando Hierro. Hierro avait sévi lors de la première période galactique et avait agi comme aimant à critiques et aspirateur à pression, dans un club qui déshabille ses défenseurs et porte aux nues ses attaquants. Hierro était chargé de faire régner l'ordre dans sa surface, mais aussi dans les couloirs du centre d'entraînement où il était craint et respecté par ses illustres et capricieux coéquipiers. 

Dans un sysytème où non seulement les attaquants étaient plus nombreux que les défenseurs sur le terrain mais où les postes à vocation défensive étaient occupés par des Beckham et des Roberto Carlos, Hierro, tel Don Quichotte, a chargé les moulins à vent et a combattu ses détracteurs jusqu'au jour où il a été écarté par Florentino Pérez un soir de titre en 2003, sans gratitude ni élégance et avec les conséquences néfastes que l'on connaît au club merengue.

Les similitudes avec Ramos sont nombreuses. Tampon du club à tous les sens du terme, Ramos encaisse les coups de coude des attaquants adverses et les rend au centuple, reçoit les sifflets des fans (comme contre Valladolid lors de la première de Santiago Solari cette saison à Bernabeu) et les critiques en pleine face avant de les essuyer en souriant. "Les supporters ont eu raison de me siffler et en tant que capitaine, j'en suis fier". Une réaction qui évoque cette fameuse scène du "Gladiateur" de Ridley Scott où Russell Crowe balance son épée dans les tribunes. 

"Are you not entertained ?"

Dégaine de spartiate, corps de lutteur, tatouages et sourire en coin. Ramos, inamovible, inoxydable, insubmersible, est né à la mauvaise époque. Les mauvaises langues diront même qu'il pratique le mauvais sport. D'aucuns le verraient bien distribuer les mandales et les étranglements dans un octogone, au lieu d'officier avec la même vigueur et autorité dans le rectangle vert de sa surface. Son "jardin", comme diraient les consultants complaisants, son royaume de seigneur de guerre, rétorqueront les attaquants adverses, pour un joueur qui ne laisse pas indifférent. Sa carrure et son charisme influençent même les arbitres qui hésitent parfois à sanctionner ses interventions. Un vrai méchant de western spaghetti. À la fois bon, brute et truand.

Ramos, c'est ça. Une anomalie temporelle. Il est fou de constater qu'à notre époque, un tel joueur existe encore. Le genre à mettre un gros tacle dès le début du match pour se faire respecter, à monter sur le corner de la dernière chance pour forcer le ballon à rentrer, ou même à blesser "involontairement" le meilleur jouer adverse d'emblée. Le dernier représentant d'une espèce de prédateurs APEX raréfiée, qui n'a plus sa place dans un football surveillé, tellement humanisé qu'il en perd son humanité.

Ramos, espèce d'icône !

Non, Ramos n’est pas une incarnation de la vertu footballistique. C'est une réfutation prégnante, vivante, des valeurs Galactiques. Un joueur "à l'ancienne" perdu au Real comme dans un cocktail où tout le monde est un espion séduisant ou un top model polyglotte, et qui doit assurer la sécurité pendant que tout ce beau monde s'amuse, multipliant les insultes et les coups bas en arrière-salle pour que les invités puissent échanger des bons mots en latin en toute tranquilité. Comme ses accrochages avec Griezmann (avec la fameuse phrase : "Les ignorants, ça ose tout") en début de saison ou Lovren ces dernières semaines peuvent l'illustrer.

À l'instar de Hierro, Ramos fait aussi le ménage à domicile et veille à éviter les remous dans "son" vestiaire" lui qui a, à la veille d'un match contre Plzen, a "recadré" le jeune et talentueux Sergio Reguilon, que Solari a fait monter de l'équipe B en le traitant "d'idiot"à l'entraînement et en lui tirant dessus à deux reprises avec le ballon. Après le bâton, la carotte, Ramos a ensuite publié un message d'apaisement sur les réseaux sociaux, suivi quelques instant d'un message du même ton de Reguilon. "Toujours avec mon équipe et mon capitaine, pour la victoire demain !". La leçon a été bien apprise : en équipe A, on doit respecter ses âinés.

L'article continue ci-dessous

Oui, Ramos est une icône, un morceau de l'écusson du club sur un maillot ensanglanté et déchiré, car trop sollicité par le tirage. Mais on ne devient pas le joueur ayant reçu le plus de cartons rouges dans l'histoire du club merengue sans se faire quelques ennemis. Des ennemis qui le guettent au tounant aujourd'hui alors que sa baisse de niveau est plus ou moins avérée.

ps ramos

Dejan Lovren a-t-il raison ? Ramos porte-il son statut et son palmarès comme on porte un totem d'immunité ? Serait-il déjà temps de se pencher sur ses performances et d'inviter ses contempteurs pour la curée ? Grâce à l'appui d'Opta, nous nous sommes penchés sur les stats de Ramos en Liga depuis l'entame de la campagne. Et le capitaine du Real a notamment commis une erreur entraînant un but et deux erreurs entraînant une occasion adverse.

Souvent en retard sur ses interventions cette saison, Ramos possède en effet un ratio de duels gagnés mitigé (71.91% pour 25 duels perdus depuis le début de l'exercice), mais garde un excellent taux de précision dans ses transmissions (93.2% pour 60 passes ratées), avec un taux de réussite dans les tacles légèrement à la baisse (85,71%) et une lucidité défensive également assez déficiente, puisque Ramos a raté 4 grosses opportunités cette saison en Liga, toujours selon Opta.

En un mot, s'il a gardé ses points forts, le capitaine merengue, sans être catastrophique, a perdu de son tranchant et dans l'arène sans merci du football de très haut niveau, cela suffit à envoyer un signal. Heureusement pour Ramos, ce n'est pas encore un signal de détresse. Non, le moment n'est pas encore venu pour ce gladiateur de raccrocher l'épée et de nous crier au visage : "Ne vous ai-je pas assez diverti ?"

Fermer