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Hugo Ekitike Florian Wirtz Liverpool 2026Getty Images

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L'effondrement de Liverpool : choix tactique inadapté ou manque d'intensité ?

Le football n’est pas une science exacte. Des progrès marginaux peuvent parfois suffire pour décrocher un titre, tandis que des améliorations plus substantielles ne garantissent pas toujours de meilleurs résultats.

Les deux dernières saisons de Liverpool en sont la parfaite illustration.

Après le départ de Jürgen Klopp, figure emblématique d’une époque triomphante, les Reds ont confié les rênes à Arne Slot. Un choix peu évident : hors des observateurs assidus de l’Eredivisie et des coupes européennes moins médiatisées, le Néerlandais demeurait discret. Les attentes restaient donc mesurées, d’autant que le mercato estival, contraint, n’avait apporté que Federico Chiesa pour un montant modique, lequel n’a finalement tenu qu’un rôle secondaire.

Le résultat a dépassé les attentes.

Slot a remodelé la structure de l’équipe : un double pivot a relancé la carrière de Ryan Gravenberch, tandis qu’Alexis Mac Allister et Dominik Szoboszlai apportaient équilibre et contrôle. Le chaos qui avait marqué la fin du mandat de Klopp s’est dissipé. Liverpool est devenu plus stable, plus mesuré, et a finalement remporté la Premier League.

Certains attribuent ce titre à des facteurs extérieurs, comme le déclin de Manchester City ou les blessures d’Arsenal. Pourtant, les progrès internes, notamment dans la gestion de la charge de travail et le contrôle du jeu, rendent ce succès mérité.

Puis vint le tournant.

Liverpool a investi massivement : Florian Wirtz, Alexander Isak, Hugo Ekitiké et Milos Kerkez ont rejoint l'équipe. Des profils offensifs de haut niveau, mais pas nécessairement complémentaires. Dans le même temps, le club a perdu des éléments uniques : Trent Alexander-Arnold, un créateur qui définissait le système, ainsi que Darwin Núñez et Luis Díaz, deux profils apportant verticalité, chaos et menace directe. Conséquence : un simple changement d’effectif, mais une évolution structurelle dans la manière dont Liverpool attaque et occupe l’espace.

L’équipe n’a pas seulement évolué ; elle s’est transformée.

Cette mue s’est toutefois accompagnée d’une instabilité d’un nouveau genre.

Pour mesurer l’ampleur du changement, il faut donc dépasser les simples résultats et s’attacher aux fondamentaux : les occasions créées et celles concédées.

Liverpool face à la nouvelle Premier League

Avant d’analyser la création et la concession d’occasions par Liverpool, un facteur contextuel est essentiel.


La Premier League a rapidement évolué vers un style plus direct, axé sur le jeu individuel et les coups de pied arrêtés. Si les signes de cette évolution étaient déjà visibles, la rapidité et l’ampleur du changement cette saison ont été significatives. Le championnat est devenu plus axé sur les duels, les seconds ballons et la verticalité, réduisant ainsi l’importance d’un contrôle prolongé du ballon.

Liverpool a éprouvé des difficultés à s’adapter à ce nouvel environnement.

Le profil de Liverpool semble aujourd’hui mal adapté aux exigences du haut niveau. Les Reds peinent à imposer leur supériorité physique dans les moments clés, ne figurent pas parmi les formations les plus innovantes sur les coups de pied arrêtés et voient leur pressing de plus en plus facilement contourné par un jeu direct. Plutôt que d’affronter la structure du club de la Mersey, les adversaires la contournent.

Ce schéma s’est particulièrement illustré durant leur passage à vide d’octobre-novembre : leur unique victoire a été signée face à Aston Villa, formation davantage portée sur la construction par passes courtes. Les autres adversaires ont privilégié la verticalité et ont constamment perturbé la maîtrise des Reds.

Nul besoin toutefois de chercher un coupable : le club et son staff technique auraient pu anticiper ces évolutions et s’ajuster en conséquence. Liverpool n’est d’ailleurs pas la seule formation touchée : ce basculement ligue entier a pris plusieurs équipes à revers. Dans ce contexte, le parcours d’Arne Slot, formé à une culture footballistique davantage axée sur le placement et le contrôle, pourrait avoir contribué à ce léger retard à l’allumage.

Ce contexte posé, dirigeons-nous vers le terrain.

Comment Liverpool s'est-il réellement comporté, tant en attaque qu'en défense ?

En attaque

Cette saison, Liverpool a manqué d’étincelle, de rythme dans le dernier tiers et d’un instinct de tueur constant. Hugo Ekitiké a été le seul attaquant à vraiment répondre aux attentes, bien qu’il ne fût pas la recrue phare. L’attention s’est principalement portée sur Florian Wirtz et Alexander Isak, mais aucun des deux ne s’est pleinement imposé. L’un a eu du mal à s’exprimer dans ses zones de prédilection sans perturber la structure de l’équipe, tandis que l’autre a dû composer avec des blessures dans un dispositif offensif déjà instable.

D’un point de vue collectif, le secteur offensif de Liverpool n’a pas encore totalement adapté son jeu aux exigences du nouveau contexte de championnat, que ce soit sur le plan de l’intensité physique, du travail défensif ou des ajustements de position permanents.

Dans ce contexte, intéressons-nous à leur capacité à se créer des occasions.

Liverpool DBDream Databall

Carte des tirs hors penalty de Liverpool pour la saison 2025-2026 de Premier League.

Plusieurs tendances émergent.

Si le nombre total de tirs est élevé et la distance moyenne de frappe plutôt favorable, la densité d’occasions réellement dangereuses reste inférieure aux attentes. La cartographie des tentatives révèle une dispersion : trop de frappes proviennent de zones périphériques, au lieu des zones centrales à forte valeur ajoutée.

On observe également une dépendance marquée aux centres et aux coups de pied arrêtés, tendance caractéristique de la ligue, tandis qu’un nombre non négligeable de tentatives ambitieuses depuis l’extérieur de la surface diminue l’efficacité globale.

Dans l’ensemble, l’attaque demeure fonctionnelle et capable de maintenir une bonne position au classement, mais elle manque de tranchant dans la finition. La principale limite n’est pas la conclusion, mais le volume et la régularité des occasions de grande qualité.

En défense

les carences défensives se manifestent de manière plus flagrante.

Liverpool DBDream Databall

Carte des tirs concédés hors penalties par Liverpool lors de la saison 2025-2026 en Premier League

Le volume et la qualité de ces occasions sont deux sources d’inquiétude majeures : trop de tirs sont concédés depuis des zones proches et centrales, et l’xG par tir reflète le danger de ces situations.

Un problème clé réside dans la défense en transition : environ 40 % des occasions concédées proviennent de ces séquences où l’équipe perd le ballon et se retrouve exposée, un ratio nettement supérieur à celui des transitions offensives créées, signalant un déséquilibre flagrant.

Des schémas récurrents se dessinent : les occasions adverses proviennent souvent des ailes et des coups de pied arrêtés, en particulier les corners côté droit. Ces failles confirment ce que l’on observe à la télévision : le jeu direct et la lutte pour les seconds ballons déséquilibrent régulièrement la structure des Reds.

Enfin, le nombre de buts encaissés dépasse les attentes basées sur l’xG, écart qui suggère soit une variance statistique, soit des irrégularités dans les performances des gardiens – notamment des difficultés d’adaptation pour Giorgi Mamardashvili – mais aussi, plus probablement, des failles défensives structurelles.

Dans l’ensemble, les difficultés de Liverpool cette saison apparaissent surtout quand ils n’ont pas le ballon. La combinaison de faiblesses structurelles, d’une vulnérabilité en transition et d’une adaptation perfectible au style actuel du championnat les rend plus facilement exploitables.


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