ENTRETIEN - Rennes-Arsenal | Kaba Diawara : "Le Stade Rennais est en train de changer de dimension"

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Passé par Rennes et Arsenal à la fin des années 90, Kaba Diawara est persuadé que le club breton a toutes ses chances face aux Gunners.

Kaba Diawara (43 ans) fait partie des rares joueurs passés par le Stade Rennais et Arsenal. Resté six mois dans les deux clubs à la fin des années 90, l'ancien attaquant guinéen a accepté pour Goal de revenir sur ces deux expériences. Vingt ans après, ses anciens clubs vont s'affronter en huitième de finale aller de la Ligue Europa jeudi soir. Un événement historique pour le Stade Rennais, outsider d'une rencontre au sommet.

Vous avez joué pour Rennes et Arsenal à la fin des années 90. Quels souvenirs gardez-vous de ces deux clubs ?

Kaba Diawara : Je suis resté six mois à Rennes et six mois à Arsenal. Pour moi, ça a été deux très bonnes expériences que je garde précieusement en mémoire. Quand j'ai signé à Rennes, j'étais à l'armée, j'ai beaucoup appris là-bas. J'arrivais de Bordeaux où tout était rose, et là il fallait jouer le maintien. On savait que si on ne se maintenait pas, Pinault ne viendrait pas et le club allait certainement mourir. Guy David a dédramatisé tout ça. On a beaucoup travaillé sur l'aspect psychologique et j'ai marqué ce but dont on me parle encore. Aux Gunners, c'était plus difficile. J'arrivais après la Coupe du monde avec l'image d'un joueur en devenir. Il y avait des stars comme Anelka, Kanu, Bergkamp ou Overmars. C'était le grand saut pour moi, mais j'ai beaucoup appris aux côtés de grands joueurs. Avec le recul, je me rends compte qu'il y avait quelques similitudes entre Guy David, mon entraîneur à Rennes, et Arsène Wenger. Même s'ils n'ont pas eu la même carrière, ils mettaient beaucoup l'accent sur l'humain. Ils ont cette faculté à faire progresser leurs joueurs. Aujourd'hui, je passe mes diplômes d'entraîneur et je me dis que j'aurais dû prendre quelques notes parce que ce sont deux vrais professeurs.

Le 9 mai 1998, vous inscrivez donc ce but contre Toulouse qui permet le maintien de Rennes en D1. Est-ce le meilleur moment de votre aventure rennaise ?

Je dirais même que c'est peut-être le meilleur moment de ma carrière. Des buts qui ont cette importance, ça n'arrive pas tous les jours. Pendant 15 minutes, on était relégué en D2 parce que Guingamp menait à Cannes. Il y avait une ambiance de malade au stade, on entendait rien. Et maintenant, quand je reviens à Rennes, tout le monde me parle de ce but. Ça fait vraiment plaisir et ça me touche parce que je sais que ce but a été très important pour toute une ville voire même pour toute une région. Mon fils n'était pas né à cette époque-là et quand il m'a vu donner le coup d'envoi de Rennes-Bordeaux en 2016, il m'a demandé pourquoi. Aujourd'hui, le Stade Rennais est en train de changer de dimension et sans me la raconter je me dis qu'avec ce but j'ai contribué un petit peu à rendre ça possible.


"Sarr, Ben Arfa... À Rennes, il y a des artistes"


Quelles sont  les chances de Rennes face à Arsenal selon vous ?

Je suis convaincu que Rennes peut se qualifier car, pour moi, Arsenal n'est plus l'équipe qu'elle était il y a 20 ans. Même si ça reste une belle équipe, ce n'est plus le cador de Premier League. Le stade sera plein jeudi, il y a un énorme engouement dans toute la ville et ça doit pousser les joueurs à se surpasser. Ils ont déjà fait un exploit au tour précédent, c'est dans ce genre de match qu'on peut s'auto-évaluer. Il faudra l'aborder avec plaisir et je pense que c'est ce qu'ils vont faire.

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PS Kaba Diawara

On a le sentiment que quelque chose se passe à Rennes actuellement. Avez-vous aussi cette impression ?

Bien sûr. Je vois que le club est en train de changer. Le regard des supporters aussi. C'est la récompense des joueurs. Ils donnent du plaisir aux gens, ça virevolte, ça frappe au but. Il y a des artistes. C'est un ensemble de choses qui font qu'aujourd'hui le club évolue.

Y'a-t-il un joueur que vous appréciez plus que les autres dans cette équipe ?

J'aime bien Sarr. En plus, il est régulier dans ses performances. C'est le plus gros investissement du club ces dernières années, il est en train de faire une grosse saison. Il est jeune et peut encore progresser. Après, il y a aussi Ben Arfa. Même si on attend plus de lui à chaque fois, on sait qu'il peut se passer quelque chose à chaque ballon qu'il touche. Il va retrouver Unai Emery, le coach qui ne l'avait pas fait jouer au PSG. Ça ajoute un peu de dramaturgie et c'est ce qu'il faut en Coupe d'Europe où on attend un peu de folie.


"La famille Stephan doit avoir un secret"


Faudra-t-il un grand Ben Arfa pour sortir Arsenal ?

Pas forcément. Mais il devra être au niveau des autres au moins dans l'intensité et le travail défensif. Balle au pied, on connaît tous son talent. Si on l'a pris, c'est pour qu'il soit décisif dans ce genre de rendez-vous et je pense qu'il le sait. Hatem a de l'orgueil et pour lui, c'est le moment. Le coach l'a installé au cœur du jeu, il a la liberté nécessaire pour s'exprimer et ce serait bien qu'il nous sorte deux gros matches.

En tant que jeune entraîneur en devenir, quel regard avez-vous sur le travail réalisé par Julien Stephan ?

Pour l'anecdote, je l'ai vu tout petit quand il était à Bordeaux parce que son père était mon entraîneur. Je suis vraiment proche de Guillaume, son grand frère, que j'avais retrouvé au PSG quand il était encore joueur. La famille Stephan doit avoir un secret, ce n'est pas possible autrement. Je suis content pour lui, il doit "kiffer". Il sort pratiquement de sa formation, il a les diplômes, il prend l'équipe et ça gagne. Tant mieux. Ce qui lui arrive, c'est du bonheur.

Votre cœur balance un peu plus pour Rennes que pour Arsenal si je comprends bien.

Je dois reconnaître que je suis un peu plus pour l'équipe française, d'autant que c'est une première pour Rennes. Imaginez s'ils se qualifient.. Waouh ! On se prend vraiment à rêver pour le club, le coach et tous ces gens qui le méritent finalement.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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