News Résultats en direct
Amiens SC

ENTRETIEN - Jordan Lefort (Young Boys) : "C'est blessant..."

18:16 UTC+1 09/03/2020
Jordan Lefort Young Boys
EXCLU GOAL - Prêté à Berne cet hiver, le défenseur Jordan Lefort (26 ans) regrette que certains dirigeants amiénois n'aient pas pris de ses nouvelles.

En raison de la propagation du coronavirus, tous les matches de Super League (D1) ont été suspendus en Suisse jusqu'au 23 mars. Une décision que Jordan Lefort subit de plein fouet avec les Young Boys de Berne, deuxième du championnat à la différence de buts. Prêté avec option d'achat par Amiens cet hiver, le défenseur de 26 ans s'est exprimé pour Goal sur ce sujet d'actualité. L'occasion d'évoquer sa nouvelle aventure et la lutte d'Amiens pour le maintien en Ligue 1. Lefort ne cache pas qu'il aurait aimé plus de soutien de la part des dirigeants du club picard, qui n'ont pas pris de ses nouvelles depuis sa signature.

Vous avez quitté Amiens cet hiver après plus de 9 ans au club, pourquoi ce choix de partir en cours de saison ?

Jordan Lefort : Le challenge que me proposaient les Young Boys était difficilement refusable. C'est quand même un club qui joue l'Europe et les premières places dans son championnat. En plus, je n'étais pas forcément le choix n°1 du coach à Amiens. Je devais déjà signer aux Young Boys l'été dernier. Il y avait des contacts. Finalement, les discussions n'avaient pas abouti. Il a fallu attendre six mois pour que ça se concrétise, et maintenant j'y suis.

C'est à la hauteur de vos espérances même si ce n'est que le championnat suisse, entre guillemets ?

Entre guillemets, oui. Parce que j'ai été vraiment surpris par le niveau d'intensité du championnat suisse. La semaine dernière, contre Saint-Gaal qui est premier ex-aequo avec nous, il y avait une ambiance comme j'en ai rarement vue en Ligue 1. Le stade était complètement rempli, il y avait les tifos. C'était une ambiance de fou ! Je ne dis pas que c'est comme ça pour tous les matches, mais contre Sion chez nous c'était costaud aussi. On ne va pas se mentir, ce n'est pas le championnat le plus regardé, mais le niveau est quand même bon ici. Il y a un vrai projet de jeu et de bonnes équipes.

C'était difficile de quitter Amiens en pleine lutte pour le maintien ?

Ça peut paraître compliqué. Mais dans le foot il faut aussi savoir penser à soi. J'ai fait quasiment dix ans dans le même club. C'était le moment pour moi de voir autre chose. J'ai beaucoup donné pour le club, du National jusqu'à la Ligue 1. J'avais fait mon temps à Amiens et aujourd'hui j'ai la possibilité de jouer dans une équipe qui lutte pour le titre et qui peut se qualifier en Ligue des champions ou en Europa League. C'est un projet excitant.

"J'étais un petit peu l'enfant du club et je n'ai rien reçu..."

Avez-vous conservé des liens avec le club d'Amiens ?

Oui et non. Je suis parti en très bons termes avec le staff notamment. Luka Elsner, le coach, m'envoie des messages de temps en temps. Je suis toujours en contact avec beaucoup de joueurs bien sûr. La seule chose qui m'a déçu, c'est de n'avoir reçu aucun message de la part des dirigeants pour me souhaiter la bonne aventure. Je l'ai au travers de la gorge. J'aurais aimé un petit mot, surtout que je suis prêté et que j'appartiens toujours à Amiens. J'ai tout connu là-bas ! Mais maintenant, c'est un petit peu du business. C'est le football, c'est comme ça.

C'est quelque chose qui vous a blessé en tout cas.

C'est blessant oui. Parce que des joueurs qui font presque dix ans dans un club c'est super rare. J'étais le plus ancien, un petit peu l'enfant du club et je n'ai pas eu le droit à ces petites attentions. Mais c'est comme ça, encore une fois, et c'est ce que je regrette un petit peu dans le football d'aujourd'hui.


Jordan Lefort se verrait bien rester à Berne la saison prochaine.

Vous êtes inquiet pour l'avenir d'Amiens, qui est 19e de Ligue 1 à quatre points du barragiste ?

Je suis très attaché à ce club, à ses supporters, à la ville, et ça me fait chier de les voir dans cette position. Il y a un staff et un coach qui sont super compétents. J'ai adoré travailler avec Luka Elsner même s'il ne m'a pas toujours fait jouer. C'est un excellent coach, sûrement l'un des meilleurs qu'Amiens ait eu jusqu'à maintenant. Je suis dégoûté pour lui, pour mes potes, pour le staff. Ils ont tout fait pour que ça marche et je mentirai si je disais que je ne suis pas inquiet. Heureusement, ce n'est pas fini. J'espère qu'ils vont s'en sortir. Et avec Amiens, on le sait, c'est toujours la bataille. Ils ne lâcheront rien jusqu'au dernier match.

Aujourd'hui, vous suivez tout ça de votre canapé puisque le championnat est à l'arrêt en Suisse à cause du coronavirus. Comment vous vivez cette situation ?

Ici, c'est un petit pays. Les petits clubs ne peuvent pas forcément se permettre d'organiser des huis clos, sachant que ça touche à leur revenu principal. Ils ont pris cette décision, et je pense que c'est une bonne chose. Il ne faudrait pas que ça se propage même si pour nous c'est toujours embêtant de ne pas pouvoir jouer le week-end.

"Dans le vestiaire, on se donne le poing, on ne se sert plus trop la main"

Vous avez changé certaines habitudes dans votre quotidien ?

Dans le vestiaire, par exemple, on ne se sert plus trop la main. On se donne le poing pour qu'il n'y ait pas de contact. On se lave souvent les mains. Un docteur est aussi passé voir le groupe pour nous donner une fiche sur laquelle il y avait différents points à suivre. Il faut s'adapter.

Comment le club a-t-il organisé la semaine ?

On a fait une semaine classique, comme si on allait jouer le week-end. Vendredi, on a affronté une D2 suisse à huis clos en amical et on devrait suivre le même type de planning jusqu'à la reprise du championnat.

Vous vous attendiez à une telle décision ?

Il faut savoir qu'à Berne il peut y avoir 25 à 30 000 personnes dans le stade. On pouvait s'attendre à un huis clos ou une restriction au niveau des supporters. Finalement, ça a été plus radical. On fait avec et on rattrapera tout ça en jouant tous les trois jours.

Ce serait un vrai rythme d'équipe européenne en avant-première pour vous.

C'est à peu près ça, et ce n'est pas plus mal parce qu'honnêtement on préfère jouer des matches que s'entraîner. La compétition, on vit pour ça.

Vous aimeriez rester aux Young Boys à l'issue de ce prêt ?

L'idée c'est de jouer des matches, de gagner un titre et peut-être une coupe parce qu'on est toujours qualifiés en Coupe de Suisse. Rester ici, ça me plairait vraiment, mais le foot est fait de tellement de choses qu'on ne peut pas savoir à l'avance. Je ne me prends pas la tête, je travaille pour être le plus performant possible et on verra bien.

Propos recueillis par Benjamin Quarez